Les problèmes auxquels est confrontée la RDC sont colossaux sur tous les plans, tant politico-militaires, sociaux et de diplomatie. Il s’agit là de trois principaux fronts sur lesquels le nouveau gouvernement va devoir s’engager avec tact pour sauver le bateau in extremis.

Plus de secret d’Etat. La situation demeure instable à l’Est de la RDC sur les plans tant sécuritaire qu’humanitaire. En cause: les récents affrontements violents entre les FARDC et divers groupes armés dont, en particulier, les hommes de Nkunda. Que le chef de l’Etat en appelle, enfin, à la mobilisation générale de ses concitoyens, il n’y a pas meilleur indicateur de la gravité de la conjoncture. Il va sans dire que le gouvernement, plus que les gouvernés, doit répondre à un triple défi - politique, militaire et diplomatique – afin de satisfaire les attentes de la base. Des voisins immédiats et des partenaires lointains.
Les violents affrontements armés de ces derniers jours entre l’armée régulière et les rebelles de Laurent Nkunda, dans la province du Nord-Kivu, ont décidé la Présidence de la République à sortir de sa réserve observée depuis la reprise des hostilités le 28 août dernier. En exhortant les Congolais, toutes tendances politiques confondues, à faire un front commun contre l’adversité, Joseph Kabila s’est mis en devoir d’admettre la gravité de la situation. Le problème, car il y a un problème, est que la République doit dépasser le stade de la rhétorique pour des solutions pragmatiques aux défis du moment.
Ces défis, du point de vue de la rédaction du Potentiel, sont de trois ordres : défis politiques, défis militaires, défis diplomatiques. Pour autant que l’on sache, le traitement des uns et des autres n’est pas nécessairement lié à un certain ordre hiérarchique d’exécution. Il y a urgence de rétablir la sécurité à l’Est, de donner aux citoyens des opportunités de se réaliser après des décennies de guerre. Toutes les démarches peuvent êtres entrepris concomitamment.
Rechercher des solutions appropriées
Sur le front politique, le gouvernement ainsi que d’autres institutions habilitées doivent, toutes affaires cessantes, s’investir dans la recherche des solutions appropriées aux questions qui seraient restées pendantes à l’issue de la Conférence pour la paix et le développement du Nord-Kivu et du Sud-Kivu (Goma, janvier 2008).
Sans compromission ni tabou, ces institutions devraient, à l’heure qu’il est, s’interroger sur les obstacles éventuels à la mise en œuvre du Programme Amani. Celui-ci, pour rappel, a été élaboré à la suite de la signature de l’Acte d’engagement par le gouvernement et les groupes rebelles de deux Kivu, avec l’ambition de mettre définitivement un terme aux activités déstabilisatrices dans les deux provinces.
Aussi paraît-il indiqué qu’en dehors de tout extrémisme, les institutions nationales déploient un trésor d’imagination aux fins de résoudre des problèmes résiduels qui sont à la base de la méfiance continue entre les antagonismes en présence.
Il serait d’ailleurs irresponsable de continuer à compter sur la communauté internationale pour ce faire, alors que les Congolais ont, naturellement, des ressources pour dialoguer entre eux. Comme l’ont d’ailleurs démontré d’autres peuples d’Afrique, divisés par certains facteurs.
Le gouvernement, c’est connu, fait face à des défis militaires. Cette étape nécessite des décideurs davantage de lucidité. Tous les observateurs connaissent les atouts et les lacunes des Forces armées de la RDC en temps d’hostilités. Comme c’est le cas, actuellement, face aux tensions récurrentes en province Orientale, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu. Accélérer les réformes dans ce domaine tout en améliorant les conditions sociales du soldat, demeure une priorité.
Sortir de la psychose d’autodestruction
Pourquoi la hiérarchie, tant politique que militaire, ne prend-elle pas son courage à deux mains pour d’abord consolider le noyau de l’armée nationale existante, au lieu de l’exposer ? Une telle préparation ne serait-elle pas à même d’épargner la RDC de l’ignominie face, notamment, à une poignée des rebelles ougandais de la LRA ou rwandais des FDLR, ainsi que des éleveurs Mbororo ?
Certes, personne ne nie que la meilleure formation militaire soit justement celle qui s’acquiert au front. Mais, encore faut-il réunir certains préalables – techniques, matériels, psychologiques – pour motiver les jeunes recrues à affronter l’ennemi.
Que dire des défis diplomatiques, sinon que la RDC souffre d’un déficit chronique en cette matière. Plus d’un chroniqueur l’a déjà relevé. Il s’agit d’un problème éminemment structurel et organisationnel. La conséquence de ce gap est que les plaintes de la RDC sont moins audibles sur la scène internationale. Ramené à la taille d’un nain, le pays ne développe que le discours de la victimisation. Il voit partout des jaloux, des envieux. Sans réagir.
Il est temps que la RDC sorte de cette psychose d’autodestruction. Pour y parvenir, les décideurs doivent commencer par avoir une volonté nette de sortir du trou noir, de savoir ce qu’ils veulent et d’imaginer comment réaliser leur vision.
Ces obstacles franchis, nul doute que la RDC se rapprocherait de tous ses voisins, dans un type de rapports de confiance et de coopération. Nul doute, aussi, que la communauté internationale soutiendrait cette ouverture, à laquelle elle convie le gouvernement depuis longtemps. Cette fois, le drame multiforme de l’Est peut-il devenir le catalyseur d’une réelle catharsis collective ? Au gouvernement de répondre. Les travaux d’Hercule l’attendent.
(DN/Th/GW/Yes)Le Potentiel
Last edited: 11/10/2008 14:14:19