Tous ceux qui ont accédé aux fonctions de chef du gouvernement dans ce pays, quels que soient les régimes, y parvenaient pour des raisons politiques dans des circonstances particulières profitables à l’homme fort du régime soucieux de raffermir son pouvoir et d’accroître sa crédibilité apparente, sans que cela contribue d’une manière quelconque à l’avancement de leur région géographique.

La présence d’aucun parmi les chefs du gouvernement n’a en rien influé sur le développement de sa province. Il n’est pas raisonnable d’inclure dans les critères de choix du Premier ministre l’appartenance à l’aire géographique soi-disant pour équilibrer “ le clivage politique régional ”. Il en est de même pour les ministres et les mandataires publics. On prétend qu’on les recrute en se basant sur le souci de l’équilibre régional.
On peut compter sur les doigts de la main ceux des ministres et des P.D.G. qui aient vraiment songé à faire quelques réalisations profitables à la population chez eux, nommés en fonction de l’équilibre régional. L’équilibre régional et les critères objectifs sont des prétextes spéciaux. Le mode de recrutement ministériel et de nomination dans les entreprises publiques est purement machiavélique et sentimental. C’est la ruse et le clientélisme.
Quant au concept de technocrate, il est aussi tout à fait discutable, bien qu’il soit valable et concret sous d’autres cieux. N’est-il pas chez nous un cliché emphatique qui redevient en vogue à l’occasion du recrutement politique ? Ce pays ne souffre pas d’une pénurie de technocrates dont toutes les sphères officielles sont peuplées.
On en trouve nombreux et de toutes les espèces au Parlement, au Gouvernement, dans les entreprises publiques, dans les cours et tribunaux. Ils sont les détenteurs de divers parchemins, de beaux parleurs, des stratèges en chambre. Mais le déclin dans lequel le pays sombre contraste avec la présence sur le terrain de tous ces mandarins.

Cupides et enclins à l’embourgeoisement, ils n’ont pas horreur des tares sociales dans lesquelles ils se complaisent et qu’ils contribuent à répandre dans le système. Ils sont loin d’être tenus pour des modèles de vertus morales et spirituelles susceptibles de conduire à la régénération d’une société condamnée à se désintégrer. Ce déclin de la société procède de la perversion des models humains considérés comme les élites.
L’oiseau rare dont on est à la recherche pour remplacer Antoine Gizenga ne peut venir d’un univers autre que celui de ces technocrates. Il devrait être le produit du système et sortit du système, jamais d’ailleurs.
Le système est régi par un cartel politique majoritaire qui est le dépositaire de pouvoir pour toute cette législature. C’est l’Alliance pour la majorité présidentielle (AMP). Qu’il réunisse en lui toutes les qualités requises de technocrate éprouvé, le successeur d’Antoine Gizenga ne saurait se transformer en thaumaturge pour opérer des prodiges.
Il se heurtera à des interférences des forces obscures pratiquement omnipotentes habituées à tirer les ficelles. Son prédécesseur laisse une foule de problèmes inextricables dont il n’était pas nécessairement responsable, liés aux revendications des couches socio-professionnelles, à l’insécurité et au péril qui plane sur l’intégral territoriale à cause des affrontement entre les troupes loyalistes des FARDC et les éléments insurgés du CNDP de Laurent Nkunda.
La résolution de toutes ces équations n’a rien de commun avec l’étoffe de technocrate et d’équilibre du clivage régional. Leur résolution gît dans le système lui-même.
(SL/Th/GW/Yes)Jean N’Saka wa N’Saka/Le Phare
Last edited: 11/10/2008 13:43:29