Sentiment de déception et de révolte de l’Ong MSF active à l’Est de la RDC au constat de ce qu’elle considère comme de la passivité coupable de la part de la Monuc ainsi accusée de grave et scandaleux manque de protection des populations victimes de la guerre.

L'Organisation non gouvernementale " Médecins sans frontières ", Msf en sigle, n'est pas du tout contente. Elle est même indignée et révoltée, dit-on. En effet, par rapport à la situation humanitaire consécutive à celle de guerre dans l'Est de notre pays, cette Ong internationale juge insuffisante et même nulle et déplorable l'action de la Communauté internationale. Plus précisément, elle accuse la Monuc de ne pas jouer son rôle de protéger la population, qui est sa mission première en RDC.
Comme chacun de nous le sait, cette situation de guerre dans les deux Kivu et plus particulièrement au Nord-Kivu jette sur les routes, chaque jour, des dizaines de milliers de gens. A entendre la description que ces derniers font de leur infortune, on se demande si l'enfer ne s'est pas déplacé dans cette partie de notre pays. Comme chacun de nous le sait aussi, la Monuc ne rate jamais une occasion pour dire et répéter à tous ceux qui veulent l'entendre qu'elle est en RDC pour protéger les populations et pour travailler à l'avènement de la paix. A cet égard, nous nous demandons, à la suite de Msf et de maints autres observateurs, si, à cet égard et plus particulièrement dans les deux Kivu, la Monuc n'a pas fait chou blanc sur les deux fronts.
Il y a plusieurs raisons à cette déroute. La première raison est que, à la décharge de la Monuc, la situation dans ces deux provinces n'empêche pas, on dirait, de dormir certaines puissances au Conseil de sécurité. Leur double langage l'atteste. En effet, en public, ces puissances promettent la foudre aux trublions de la désolation et de la mort. Ceux qui côtoient leurs représentants disent entendre en privé un autre discours, totalement différent du premier. De là à conclure que lesdites puissances ne manqueraient pas de choses à cacher dans ce qui se passe dans l'Est de la RDC, il n'y a qu'un pas qu'ils n'ont aucune peine à franchir.
Toujours à la décharge de la Monuc, il faut signaler et déplorer la bureaucratie des Nations unies. Or, nous le savons tous, partout où élit domicile cette divinité, la tentation a toujours été grande chez les acteurs de constamment remettre à demain ce qu'ils devraient faire aujourd'hui. La conséquence est que lorsqu'intervient la décision ou l'action tant attendue, elle trouve très souvent sur le terrain une autre situation sur laquelle elle n'a plus tellement d'effet. Telle est la seconde raison. Ainsi, nous comprenons que la situation que tous les hommes épris de paix et de justice fustigent dans l'Est de notre pays eût déjà connu certainement une autre évolution si la Communauté internationale et avec elle la Monuc avaient arrêté net le phénomène Nkunda en 2004, après sa diabolique aventure à Bukavu, en bouchant naturellement tous les cours d'eau du dedans et du dehors qui lui apportent du limon.
La troisième raison découle des deux premières. Décidément, la Communauté internationale se plait bien à éteindre les flammes au lieu d'étendre le feu. En effet, ainsi que nous avons eu à l'écrire dans ces mêmes colonnes, il faut être véritablement un initié pour comprendre et accepter que des moyens aussi colossaux soient affectés à la Monuc uniquement pour éteindre les flammes. Et curieusement, même ces flammes, elle n'arrive pas ou plus à les éteindre comme le constatent avec nous Msf et la terre entière. Nous avons écrit aussi, à la même occasion, qu'il s'agit là d'un gaspillage inacceptable qui confine même au crime dans un monde où la grande majorité des nations et des peuples croupissent dans une misère innommable tout aussi inacceptable.
A cet égard, seuls les initiés savent sur quel front se mène présentement le combat contre la pauvreté dans le cadre des objectifs du millénaire pour le développement. Lesquels sont, soit dit en passant, un programme des Nations unies. Aux dernières nouvelles, ce combat marque les pas, faute de moyens, dit-on. Mais, pour financer des missions d'extinction de flammes, l'argent ne manque pas ou ne tarde pas beaucoup à être trouvé. Etrange! Pour terminer, nous continuerons à admettre qu'il suffit pour la communauté internationale, de dire ceci : que la paix soit dans l'Est de la RDC et automatiquement elle sera. En effet, cette dernière connaît parfaitement ceux qui tirent les ficelles et ceux qui arment les trublions. Pour elle, les uns et les autres sont tout sauf des foudres de guerre. Nous dirions même qu'ils sont des enfants de la maison. Plaise au ciel qu'on nous contredise.
(DN/Th/GW/Yes)Xavier Mirindi Kiriza/L’Observateur
Last edited: 09/10/2008 17:08:13