Les Congolais devraient apprendre à lire entre les lignes avant d’applaudir certaines déclarations des diplomates occidentaux.

La dernière déclaration de guerre de Laurent Nkundabatware aux institutions établies en République démocratique du Congo ne cesse de recueillir des condamnations. Après les Nations unies dont une mission de paix opère dans ce pays, les Banyamulenge sociologiquement apparentés à Nkundabatware et plusieurs autres entités politicosociales, le tour est revenu mardi à Bruxelles. Il est vrai que la position de l’Union européenne (Ue) face à cette déclaration de Nkundabatware avait été déjà donnée à travers un communiqué de sa délégation à Kinshasa. Pour enfoncer le clou, le secrétaire général de l’Ue a émis ses inquiétudes mardi à Bruxelles. Javier Solana, par ailleurs considéré comme le diplomate en chef de l’Ue, s’est dit « inquiet » par la déclaration du leader du Cndp. Quant au climat actuel dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, le représentant de la politique européenne en matière de sécurité « suit avec une grande préoccupation l’évolution de la situation politique, militaire et humanitaire ».
La veille, c’était Washington qui emboîtait le pas à son représentant dans l’Est de la Rdc. Le porte-parole adjoint du Département d’Etat, Robert Wood a également semblé condamner Nkundabatware avec une finesse qui ne permet pas à certaines personnes de saisir le fond de sa pensée. Pour lui, « (…) la cause fondamentale de l’instabilité dans la région, (est la présence des) ex-Forces armées du Rwanda (ex-Far), les milices Interahamwe et les forces démocratiques pour la libération du Rwanda (Fdlr) ». Le diplomate américain va jusqu’à affirmer que « le conflit entre le Cndp et les Forces armées de la Rdc ne fait que détourner l’attention de la nécessité de régler le problème (…) » que représentent ces rebelles rwandais. Et quand on met les deux belligérants sur la balance, une certaine opinion trouve que Laurent Nkundabatware semble plus déterminé à en découdre avec ces Rwandais par rapport à Kinshasa. Plus, lorsque le commun des Congolais met au-devant le programme Amani créé en janvier 2008, Robert Wood remonte plus dans le temps et brandit aussi « (…) le communiqué de Nairobi (…) » de novembre 2007. Quoique l’un ne dénie l’autre, les deux actes sont cependant « (…) le seul cadre authentique et viable pour apporter la stabilité à l’Est du Congo », dit-il. Et lorsque Washington appelle les différents signataires de ces actes à « (…) respecter leurs engagements et les appliquer sans plus tarder, certains compatriotes tirés de leur sommeil sont surpris de constater le retard pris par rapport au calendrier du communiqué de Nairobi.
Pendant ce temps, l’un des signataires, le Rwanda continue à accuser son voisin de l’Ouest de mollesse dans la gestion de la question de ces rebelles rwandais qui évoluent malheureusement sur le sol congolais. Face à toutes ces accusations, quelle est la réaction de la diplomatie congolaise ? Cède-t-elle le flanc pour recevoir passivement des coups ? Non. Elle agit à sa manière. Mais, il serait opportun de la booster davantage. Avec plus de vigueur pour rendre coup pour coup et se faire mieux et bien entendre au monde. Sinon, les condamnations apparemment portées contre Nkundabatware et qui masquent en soi d’autres cibles, seront toujours consommées. Le gouvernement congolais serait probablement plus accusé par ces observateurs acteurs politiques dans les Grands lacs et à travers le monde d’ailleurs. En accusant Nkundabatware, on accuse quelqu’un d’autre comme on l’a fait pendant longtemps à l’endroit des agresseurs du Congo en 1998. Les Congolais devraient apprendre à lire entre les lignes avant d’applaudir certaines déclarations des diplomates.
(Ern./PKF)
P.M.L/L’Avenir
Last edited: 08/10/2008 17:42:50