Le Congo-Kinshasa n’est-il pas finalement, aux yeux de ses ennemis, trop grand et trop riche, mettait récemment en garde le Premier ministre Antoine Gizenga dans son message à la nation à l’occasion de sa démission, au point de justifier un plan de balkanisation ?

Enfin, les agents de ce plan sont-ils toujours à chercher chez nos ennemis ou devons-nous nous armer du courage nécessaire pour inspecter nos propres rangs ? Que Kagamé et Nkunda montent au créneau au même moment et se répandent dans les médias les plus porteurs n’est sans doute pas innocent. Que le premier affirme que le Second est surarmé n’est pas destiné à amuser la galerie.
Que le général dissident exige des négociations directes et transforme son organisation en mouvement de libération au moment où, dans certains cercles, on fêtait déjà sa mort n’est pas le fait de la folie. Il faut, rapidement, identifier les raisons de l’arrogance de l’un et les soutiens de l’autre pour tenter de comprendre ce qui, dans la conjoncture actuelle, explique cette poussée de fièvre ainsi que le changement de stratégie que leurs déclarations respectives suggèrent.
Face à cette guerre de l’opinion, la communication, côté congolais, a aligné tellement des maladresses et étalé tant de faiblesses depuis les négociations secrètes de Kigali que Kinshasa a aujourd’hui bien difficile à se prévaloir de ses propres turpitudes. Il faut du reste reconnaître que le contexte est loin d’être favorable en ce moment avec un état d’esprit qui tend à flotter dans les Kivus, où des pans entiers de l’opinion avouent leur lassitude, déclarent leur colère et leur déception tout en posant des questions qui dérangent.
L’ONU pour toujours
Certes, le Rwanda n’est pas innocent dans tous ces événements qui se déchaînent. Certes, Kigali soutient Nkunda. Mais le protocole de Nairobi, avec son lot de contraintes qui pèsent lourdement sur la RDC, ce n’est le fait ni de l’un ni de l’autre. La task force à mettre en place, les consulats à ouvrir, les observateurs à déployer se situent au-delà de ce que l’un et l’autre sont en mesure de réclamer et d’obtenir. C’est dire combien est grande la responsabilité des pays hier membres du Comité international d’accompagnement de la transition, aujourd’hui principaux acteurs au sein de la facilitation internationale, mais aussi du Conseil de sécurité de l’ONU et de la mission onusienne en RDC tant ce ne sont pas les moyens qui leur font défaut pour réserver une sorte de solution finale au CNDP et relancer définitivement le processus démocratique. En d’autres termes, l’agenda, dans cette région troublée et endeuillée de l’Est de la RDC, n’est pas le même pour tout le monde face aux enjeux stratégiques, aux intérêts politiques et économiques dans une sous-région où il y a à la fois le Soudan et la Somalie et où, en passant au statut de ventre mou, elle semble se destiner à devenir une zone de repli pour terroristes.

Il y a, enfin, un contexte international qui bouge et qui change. La Belgique, qui détient au plan international l’expertise sur les questions congolaises, se déchire chaque jour un peu plus entre Flamands et Wallons, au point qu’il n’est pas évident qu’elle parle dans les prochains jours d’une même voix sur la RDC. En France, Sarkozy n’est pas Chirac. Aussi les observateurs n’excluent-ils pas que pour donner des gages à ses principaux pourfendeurs, l’hôte de l’Elysée se sent à l’un ou l’autre moment dans l’obligation de renoncer à la Françafrique au nom de la politique de rupture.
Dans le même ordre d’idées, le flottement actuel aux Etats-Unis, en raison de la campagne électorale présidentielle, n’est pas de nature à rassurer, dans la mesure où les autorités américaines paraissent quelque peu déconcentrées, s’abstenant du coup de prendre trop d’initiatives en politique étrangère, en attendant la prochaine administration. Il en est de même de ce qui vient de se passer en Afrique du sud, où le médiateur en titre dans le dossier congolais, Thabo Mbeki, a dû rendre le tablier sous la poussée de l’aile gauche de l’ANC. Autant dire que dans cette combinaison des éléments à la fois flottants et hostiles, le dossier RDC risque d’enregistrer, dans les jours à venir, de sérieux coups de barre.
En attendant, l’effet paradoxal des derniers développements intervenus sur le terrain, c’est que, à la demande du représentant du secrétaire général de l’ONU, à la suite de l’activisme du CNDP, des menaces du Rwanda et de la montée de la tension dans l’Ituri, ce sont les effectifs de la Monuc qui risquent d’être augmentés par le Conseil de sécurité. Avec combien d’hommes et pour combien de temps. Difficile à dire. Mais une chose est sûre: une plus grande présence de la communauté internationale, en plus de constituer une sorte de pied de nez à ceux qui insultaient encore récemment la Monuc ne fera que confirmer les défaillances du leadership national à traiter efficacement la crise des Kivu et le recul de la souveraineté de la RDC sur certains pans de son territoire.
(SL/Th/GW/Yes)Kenge Mukengeshayi/Le Phare
Last edited: 06/10/2008 18:08:40