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Bonjour | 21/11/2008 4:17 | English Make DC Home page | RSS feed

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Regardons les choses en face : où va le Congo ? Depuis une quinzaine d’années, notre pays n’est plus ce qu’il fut. Menacée dans son unité dupée dans son projet démocratique, pillée comme jamais pays ne l’a été, y compris par ses propres enfants, la RDC n’a ni les ressources morales nécessaires pour forcer son destin. Les derniers événe­ments de l’Est apportent, une fois de plus, la terrible illustration de l’effondre­ment du mythe congolais, d’un rêve qui se voulait de grandeur, de prospérité et de puissance. La guerre a en effet repris avec son lot de souffrances et de mi­sère. Certes, le temps n’est plus à la conquête du pou­voir par les armes. Mais le pays est toujours aussi hu­milié, aussi diminué tant par ses propres fils incapables d’en assumer les charges, que par ses voisins qui l’ont transformé en champs clos de leurs rivalités internes et en gâteau de pique-nique pour tous les rapaces du monde entier.

Démission

Reste, évidemment, la question de fond. Face à la guerre, face à l’humilia­tion et aux défis, quelle a été notre réponse au plan tant individuel que collectif ? Les Congolais continuent de se disputer les reliefs d’un festin qui n’est pas le leur et à se battre pour le pouvoir pendant que leur pays, lui, fout le camp.

C’est vrai que ; même s’il a une part incontestable dans le drame congolais, l’alibi de l’ennemi extérieur, de l’arro­gance du Rwanda, de la tou­te puissance, vraie ou sup­posée, de Laurent Nkunda, ou encore de l’abandon de notre pays par la Commu­nauté internationale n’expli­que pas tous nos déboires. La vérité est qu’une fois de plus le leadership congolais a dramatiquement failli.

Le Chef de l’Etat s’est récemment investi dans un forcing volontariste pour tenter de réanimer un programme Amani en coma profond. Six jours durant, début septembre, Joseph Kabila a sillonné le Nord­-Kivu, reçu et consulté tout ce qui compte dans la crise des Kivu avec, au bout, un plan de désengagement présenté par la Mission de l’Onu en RD Congo. Mais en dépit de cet appui, certes du bout des lèvres, de la mis­sion onusienne, Nkunda et le CNDP n’ont toujours pas relâché la pression. Bien au contraire, passant à l’étape supérieure, ils ont exigé des négociations directes avec le gouvernement et coup de théâtre, ils en sont désor­mais à la transformation de leur organisation en mouve­ment de libération. La prime à la belligérance instituée par l’Accord global et in­clusif a décidément fait des émules et nul ne se plain­dra que dans un pays où, depuis une quinzaine d’an­nées, le pouvoir se trouve au bout du fusil, les mêmes effets proviennent des mê­mes causes.

Volonté d’en découdre ou aveu d’obsoles­cence d’un système qui ne permet pas aux collabora­teurs de prendre des initia­tives, Joseph Kabila, à son corps défendant, a cru de son devoir de faire face en répondant à l’interview du Rwandais Paul Kagamé au quotidien bruxellois Le Soir. Question alors: où est pas­sée l’AMP et à quoi sert-elle ? Où est passée la coalition majoritaire, apparemment intéressée seulement par la démission d’Antoine Gi­zenga et sa succession, comme si cela avait un sens de se battre pour le pouvoir dans un pays en passe de devenir une tragique fiction ? Les observateurs n’ont pas oublié l’aberration sur­réaliste d’un HCR-PT proclamant le partage équitable et équilibré du pouvoir à Kinshasa alors que l’AFDL toquait déjà aux portes de la capitale.

Par contre, en France, le Premier Ministre Fillon et le secrétaire géné­ral de l’UMP Patrick Deve­djan auraient puissamment relayé le Président de la République dans sa croi­sade, tandis que ce dernier, de son côté, aurait entrepris de consulter les leaders de l’opposition, convaincu que le pays n’est pas le patri­moine privé de la majorité. Même chez nous, malgré tout ce qui a été dit sur lui, le régime Mobutu aurait d’abord songé à susciter un semblant d’union natio­nale.

Toutes les structures et branches spécialisées du pouvoir se seraient empa­rées du thème pour réussir une gigantesque mobilisa­tion à travers le pays, tandis que le Président de la Ré­publique aurait “ improvisé ” un meeting populaire pour expliquer à la nation la gra­vité des enjeux.

C’est malheureu­sement tout le contraire aujourd’hui et Joseph Kabila paraît bien seul sinon fragilisé dans l’immense silence de la classe politi­que congolaise. Comme si le régime ne mobilisait pas. Comme s’il ne voulait pas mobiliser. Comme s’il avait peur de communiquer, d’ex­pliquer et de se justifier, sûr de la réponse que le pays profond risque de réserver à son appel.

Ce n’est évidem­ment ni la première ni la dernière fois que le régime congolais se fourvoierait de manière aussi lamentable. On se souvient, par exemp­le, de la confusion et de la gène qui avaient entouré les déclarations de Karel De Gucht lors de son der­nier séjour à Kinshasa. Le Président de la République avait dû encore monter seul au créneau et il a fallu, ou presque, tirer du lit certains collaborateurs et leur mettre dans la tête que leur boulot était aussi de “ préserver ” le chef.

Où sont passés alors les principaux lieute­nants de Joseph Kabiba Ka­bange, ceux qui tirent noto­riété, avantages, puissance, gloire, pouvoir et argent du fait d’être à ses côtés ? Le Chef de l’Etat cherche-t-il à savoir à quoi tient cette in­différence des Congolais comme si les malheurs du régime ne les concernaient pas, comme s’ils refusaient de mourir pour leur propre pays, comme si la fracture Est-Ouest était déjà as­sumée par certains parmi eux?

Au-delà de Nkunda

Il y a plus : Nkunda n’est pas seul et les épaules de Paul Kagame sont bien peu solides pour soutenir, dans la durée, le coût d’une guerre, même contre un co­losse aux pieds d’argile, en République Démocratique du Congo. La question qu’il faut alors se poser est celle de savoir si la RDC elle-même, par ses propres faiblesses, ne constitue pas la principale force du CNDP. On se souvient encore de ces nombreuses armées réguliè­rement abandonnées sur le champ de bataille, permet­tant du coup à Paul Kagamé d’ironiser sur la provenance des armes sophistiquées que détiendrait le leader du CNDP. La RDC a-t-elle tout mis en oeuvre pour se défaire de ces encombrants éléments Fdlr qui donnent cette justification morale aux aventures rwandaises dans notre pays?  A-t-elle favorisé le retour des ré­fugiés pour couper l’herbe sous les pieds du CNDP?

(SL/Th/GW/Yes)

Kenge Mukengeshayi/Le Phare

Last edited: 06/10/2008 18:03:23

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