Regardons les choses en face : où va le Congo ? Depuis une quinzaine d’années, notre pays n’est plus ce qu’il fut. Menacée dans son unité dupée dans son projet démocratique, pillée comme jamais pays ne l’a été, y compris par ses propres enfants, la RDC n’a ni les ressources morales nécessaires pour forcer son destin.

Les derniers événements de l’Est apportent, une fois de plus, la terrible illustration de l’effondrement du mythe congolais, d’un rêve qui se voulait de grandeur, de prospérité et de puissance. La guerre a en effet repris avec son lot de souffrances et de misère. Certes, le temps n’est plus à la conquête du pouvoir par les armes. Mais le pays est toujours aussi humilié, aussi diminué tant par ses propres fils incapables d’en assumer les charges, que par ses voisins qui l’ont transformé en champs clos de leurs rivalités internes et en gâteau de pique-nique pour tous les rapaces du monde entier.
Démission
Reste, évidemment, la question de fond. Face à la guerre, face à l’humiliation et aux défis, quelle a été notre réponse au plan tant individuel que collectif ? Les Congolais continuent de se disputer les reliefs d’un festin qui n’est pas le leur et à se battre pour le pouvoir pendant que leur pays, lui, fout le camp.
C’est vrai que ; même s’il a une part incontestable dans le drame congolais, l’alibi de l’ennemi extérieur, de l’arrogance du Rwanda, de la toute puissance, vraie ou supposée, de Laurent Nkunda, ou encore de l’abandon de notre pays par la Communauté internationale n’explique pas tous nos déboires. La vérité est qu’une fois de plus le leadership congolais a dramatiquement failli.
Le Chef de l’Etat s’est récemment investi dans un forcing volontariste pour tenter de réanimer un programme Amani en coma profond. Six jours durant, début septembre, Joseph Kabila a sillonné le Nord-Kivu, reçu et consulté tout ce qui compte dans la crise des Kivu avec, au bout, un plan de désengagement présenté par la Mission de l’Onu en RD Congo. Mais en dépit de cet appui, certes du bout des lèvres, de la mission onusienne, Nkunda et le CNDP n’ont toujours pas relâché la pression. Bien au contraire, passant à l’étape supérieure, ils ont exigé des négociations directes avec le gouvernement et coup de théâtre, ils en sont désormais à la transformation de leur organisation en mouvement de libération. La prime à la belligérance instituée par l’Accord global et inclusif a décidément fait des émules et nul ne se plaindra que dans un pays où, depuis une quinzaine d’années, le pouvoir se trouve au bout du fusil, les mêmes effets proviennent des mêmes causes.
Volonté d’en découdre ou aveu d’obsolescence d’un système qui ne permet pas aux collaborateurs de prendre des initiatives, Joseph Kabila, à son corps défendant, a cru de son devoir de faire face en répondant à l’interview du Rwandais Paul Kagamé au quotidien bruxellois Le Soir. Question alors: où est passée l’AMP et à quoi sert-elle ? Où est passée la coalition majoritaire, apparemment intéressée seulement par la démission d’Antoine Gizenga et sa succession, comme si cela avait un sens de se battre pour le pouvoir dans un pays en passe de devenir une tragique fiction ? Les observateurs n’ont pas oublié l’aberration surréaliste d’un HCR-PT proclamant le partage équitable et équilibré du pouvoir à Kinshasa alors que l’AFDL toquait déjà aux portes de la capitale.

Par contre, en France, le Premier Ministre Fillon et le secrétaire général de l’UMP Patrick Devedjan auraient puissamment relayé le Président de la République dans sa croisade, tandis que ce dernier, de son côté, aurait entrepris de consulter les leaders de l’opposition, convaincu que le pays n’est pas le patrimoine privé de la majorité. Même chez nous, malgré tout ce qui a été dit sur lui, le régime Mobutu aurait d’abord songé à susciter un semblant d’union nationale.
Toutes les structures et branches spécialisées du pouvoir se seraient emparées du thème pour réussir une gigantesque mobilisation à travers le pays, tandis que le Président de la République aurait “ improvisé ” un meeting populaire pour expliquer à la nation la gravité des enjeux.
C’est malheureusement tout le contraire aujourd’hui et Joseph Kabila paraît bien seul sinon fragilisé dans l’immense silence de la classe politique congolaise. Comme si le régime ne mobilisait pas. Comme s’il ne voulait pas mobiliser. Comme s’il avait peur de communiquer, d’expliquer et de se justifier, sûr de la réponse que le pays profond risque de réserver à son appel.
Ce n’est évidemment ni la première ni la dernière fois que le régime congolais se fourvoierait de manière aussi lamentable. On se souvient, par exemple, de la confusion et de la gène qui avaient entouré les déclarations de Karel De Gucht lors de son dernier séjour à Kinshasa. Le Président de la République avait dû encore monter seul au créneau et il a fallu, ou presque, tirer du lit certains collaborateurs et leur mettre dans la tête que leur boulot était aussi de “ préserver ” le chef.
Où sont passés alors les principaux lieutenants de Joseph Kabiba Kabange, ceux qui tirent notoriété, avantages, puissance, gloire, pouvoir et argent du fait d’être à ses côtés ? Le Chef de l’Etat cherche-t-il à savoir à quoi tient cette indifférence des Congolais comme si les malheurs du régime ne les concernaient pas, comme s’ils refusaient de mourir pour leur propre pays, comme si la fracture Est-Ouest était déjà assumée par certains parmi eux?
Au-delà de Nkunda
Il y a plus : Nkunda n’est pas seul et les épaules de Paul Kagame sont bien peu solides pour soutenir, dans la durée, le coût d’une guerre, même contre un colosse aux pieds d’argile, en République Démocratique du Congo. La question qu’il faut alors se poser est celle de savoir si la RDC elle-même, par ses propres faiblesses, ne constitue pas la principale force du CNDP. On se souvient encore de ces nombreuses armées régulièrement abandonnées sur le champ de bataille, permettant du coup à Paul Kagamé d’ironiser sur la provenance des armes sophistiquées que détiendrait le leader du CNDP. La RDC a-t-elle tout mis en oeuvre pour se défaire de ces encombrants éléments Fdlr qui donnent cette justification morale aux aventures rwandaises dans notre pays? A-t-elle favorisé le retour des réfugiés pour couper l’herbe sous les pieds du CNDP?
(SL/Th/GW/Yes)Kenge Mukengeshayi/Le Phare
Last edited: 06/10/2008 18:03:23