Douze jours après la démission aussitôt constatée du Premier ministre, un sentiment d’impatience gagne non seulement les milieux politiques où les ambitions se sont vite relancées pour la course au poste convoité à la tête de l’exécutif mais aussi dans le large public qui constate que la gestion du pays encourt un dangereux blocage.

La démission depuis plus d’une semaine, du Premier ministre Antoine Gizenga entraîne des retombées négatives sur la marche du pays. Et le Chef de l’Etat Joseph Kabila est invité à faire vite, alors vite, pour décanter la situation en nommant le formateur devant constituer le nouvel exécutif congolais.
Sous d’autres cieux, c’est avant même qu’on amorce les tractations de sorte qu’entre le moment où le Premier ministre démissionne et celui où son successeur est connu, il ne s’écoule pas beaucoup de temps. C’est le cas avec la France. Car, sur le terrain, le pays est paralysé. Rien ne marche face à un gouvernement réputé démissionnaire. Les ministres sortants n’ont plus le cœur à l’ouvrage, les différents partenaires attendent le prochain gouvernement.
Aucune mesure importante ne peut être prise alors qu’il y a des dossiers urgents qui attendent d’être résolus. Le dossier des enseignants reste pendant, la grogne persiste au niveau de l’administration publique, dans le chef des fonctionnaires et agents de l’administration publique. Au même moment, à l’Est de la Rdc, Laurent Nkunda menace désormais de conquérir toute l’étendue du territoire national de la Rdc.
Pire encore, au niveau du Parlement, les lois sont bloquées dans les tiroirs, pas seulement faute des membres du gouvernement sensés les défendre – cela n’est qu’une version officielle – mais aussi parce que bien de députés et sénateurs suivent de près les tractations sur la nomination du nouveau formateur en espérant siéger au sein du futur gouvernement. Pour une session essentiellement budgétaire, le budget pour l’exercice 2009, qui en fait devrait être déposé au Parlement au plus tard dans les 15 jours qui suivent la session de septembre, n’a pas encore été déposé.
D’où, la pluie de plusieurs interrogations ! A quand la nomination du nouveau Premier ministre ? Et, même s’il est nommé, quand sera-t-il prêt avec la loi financière ? A ce rythme, la session budgétaire de septembre risque de se clôturer sans que le projet du budget ne soit déposé au Parlement. Voilà qui amène certains observateurs à s’interroger. Etait-ce le moment indiqué pour le Premier ministre Gizenga de démissionner ?
Pendant ce temps, l’argent ayant horreur de ce genre de perturbations, le Franc congolais commence à connaître un léger flottement par rapport à la devise étrangère. La Rdc risque de recourir, au 1er janvier 2009 comme par le passé, aux crédits provisoires. Auquel cas, le gouvernement qui sera mis en place devra avoir le temps de le préparer.
Plus le président de la République tarde avec la nomination du nouveau Premier ministre, plus la situation va de mal en pis. Ce qui pousse les observateurs à inviter Joseph Kabila à agir vite pour sauver le pays. Car face à cette situation, même les investisseurs qui avaient fait confiance à la Rdc risquent de se décourager et de baisser les bras.
Pour un suspense, la Rdc prend de gros risques en plantant le décor d’une terre brûlée. En rapport avec le Premier ministre, il nous revient que personne n’entend remettre en cause l’accord Amp-palu. Si tel est le cas, la désignation du Premier ministre ne devrait donc pas poser problème. D’autant que le Palu a déjà réglé l’après Gizenga.
Premier ministre, c’est qui ?
Au moment où nous menons cette petite réflexion, le nom du Premier ministre n'est pas encore connu. Il le sera peut être au courant de cette semaine qui commence. Il ne pourra, pour le bien du pays, en être autrement. Nous connaissons une situation qui n'autorise pas que le pays reste longtemps sans gouvernement. A force d'attendre, des ambitions, même parmi les plus loufoques, se donnent droit de cité. C'est un peu tout le monde qui se croit, la crise aidant, capable de succéder à Gizenga. On dirait même que cette fonction ne fait plus peur à personne. C'est pourquoi, il nous faut tirer la sonnette d'alarme en disant clairement aux uns et aux autres que ne devient pas Premier ministre quiconque le veut.
Aujourd'hui, même de braves tireurs de vin de palme se croient à même de tenter leur chance. Qu'importe. Ne laissons à personne le soin de galvauder la fonction de Premier ministre. On ne le devient pas non plus, sans relief personnel particulier, parce qu'on est détenteur d'une carte d'un parti politique. D'où la question que d'aucuns se posent depuis que Gizenga a jeté le tablier : " C'est qui ce Premier ministre que toute la République attend avec anxiété ? Nous voulons simplement qu'il ait le profil conforme à ce que la République attend de lui.
Il doit être un homme des contacts et des dossiers. Il doit surtout savoir parler aux gens du Kivu. Pourquoi aux gens du Kivu ? Parce que c'est là que se posent les problèmes les plus sérieux auxquels ce pays n'a jamais fait face depuis 1965. C'est au Kivu que se joue l'unité du pays. C'est là aussi que se jouent toutes les élections importantes. Qui a conquis l'Est est pratiquement assuré d'avoir tout le pays. Il suffit de se rappeler Lumumba, Kabila père et fils,… Ils doivent tous d'avoir réussi parce qu'ils avaient été acceptés et massivement votés à l'Est, pour ce qui est de Lumumba et de Kabila fils. Ce dernier qui doit donner au pays un premier ministre, sait que s'il jette son dévolu sur quelqu'un qui aura des problèmes à faire passer son message à l'Est, c'est comme s'il décidait à se compliquer la vie à lui-même.
Il y a l'économie que le Premier ministre doit remettre sur les rails. Et il y a en plus cette grogne sociale qui ne veut plus entendre parler des promesses. Il y a enfin ces échéances électorales qui viennent dans moins de trois ans. Kabila doit impérativement s'assurer que le Premier ministre se jettera corps et âme pour lui dans la bataille électorale pour la conquête d'un deuxième mandat présidentiel. Les temps ne se prêtent pas aux jeux de hasard. Il faut de la réflexion froide pour donner au pays un vrai Premier ministre, dans le rôle de fusible central pour protéger le chef de toutes les flèches qui lui viennent de partout. Le Premier ministre doit être un homme engagé de manière sans équivoque aux côtés du chef de l'Etat.
Il est temps de tourner la page du mythe Est-Ouest. Depuis 1960, la République n'a jamais connu de fracture Est-Ouest. Il faut donc cesser de l'invoquer parce qu'il ne sert que de rampe de positionnement politique pour les compagnons de la 25ème heure. Pour nous et pour tout le pays, il urge que Kabila nomme rapidement un Premier ministre. Les affaires de l'Etat n'attendent jamais. Et lorsqu'elles attendent longtemps, cela peut déboucher sur des catastrophes politiques. Qui a besoin de ça aujourd'hui ? Pas Kabila, je suis sûr.
(DN/Th/GW/Yes)MMC/FDA/L’Observateur
Last edited: 07/10/2008 16:08:10