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Constat amer de la résurgence d’hostilités en Ituri où réapparaît un nouveau groupe armé pendant que dans les Kivu la dissidence du seigneur de guerre rwandophone Nkunda soutenu par le pouvoir à Kigali ne cache plus ses visées de poursuite de la déstabilisation de la RDC. Reprise des combats en Ituri, dans la province Orientale. Les milices ont repris du poil de la bête pendant que les rebelles ougandais font subir un nouveau drame aux populations congolaises. La lecture des signes de temps est catégorique : on se retrouve dans la même situation qu’au Kivu. Même style de combats, peut-être les mêmes acteurs et les mêmes causes qui produisent les mêmes effets. De nombreux observateurs l’affirment déjà : Kivu et Ituri ; c’est la même guerre d’usure.

La situation sécuritaire dans l’Est du pays, vue sous le seul prisme du Nord-Kivu, doit interpeller le gouvernement sur le drame que font subir les rebelles ougandais aux populations de la province Orientale. « Plus de 25.000 enfants ont été kidnappés depuis 20 ans par la LRA », selon l’Unicef.

Pensant constituer une disposition de sécurisation de son entité administrative, le chef de la cité de Djâbir (territoire de Faradje, district du Haut Uélé) a décidé d’un couvre-feu à partir de lundi 29 septembre 2008. En attendant l’intervention des FARDC soutenues, au plan de la logistique, par la MONUC ne disposant que 400 hommes dans la région.

De l’autre côté, les milices congolaises, précisément le Front de résistance patriotique de l’Ituri, FRPI, ont repris du poil de la bête. En l’espace d’une semaine, elles ont lancé des attaques contre les positions des FARDC, prenant le contrôle de plusieurs localités. Notamment Tchey et Quinz, obligeant les populations locales à se déplacer, en fuyant en direction de Bunia.

Comment expliquer subitement ce regain de violences alors que le calme était revenu en Ituri ? Pour preuve, il y a eu même des suggestions pour une opération Artémis II au Kivu après le « succès de la Conférence pour la pacification de l’Ituri ». Serait-ce une réponse à toutes les déclarations de Kinshasa pour démontrer que le gouvernement n’a pas encore le contrôle de toute la situation, tant au Kivu qu’en Ituri ?

Mêmes causes, mêmes Effets

On avait vite fait de classer le dossier de l’Ituri, content de premiers résultats qui ont suivi l’Opération Artémis et la Conférence de pacification de l’Ituri qui a inspiré la Conférence de Goma. Erreur. Le temps vient de donner raison à certains sceptiques.

En effet, la reprise des combats confirme en quelque sorte l’échec du processus de réintégration des FARDC. Il est vrai que les milices ont rendu des armes, que les «seigneurs de guerre» ont été arrêtés et d’autres sont incarcérés à la Cour pénale internationale de la Haye, CPI. Allusion faite à Thomas Lubanga, Gatanga et Ngudjolo. Mais on a oublié les résidus, en les abandonnant à leur triste sort. Ils ont donc vite fait de reprendre les armes pour contrôler les zones qu’ils occupaient, zones très riches en minerais. Exactement comme cela se passe au Nord Kivu où les groupes armés résistent au processus de brassage pour maintenir le contrôle des zones qu’ils administrent et tirer des profits substantiels en vue de soutenir des économies de guerre.

Cette reprise des combats consacre aussi l’échec de la Conférence pour la pacification de l’Ituri. Elle remet sur le tapis les rivalités inter-ethniques hema-lendu.

Par ailleurs, la présence des rebelles ougandais de la LRA, s’explique pour les mêmes causes, à l’instar des FDLR au Kivu. Ces rebelles ougandais sont signalés dans la localité de Djâbir, dans le district de Haut Uéle, suscitant « une grande inquiétude » au sein de la population locale. « Cette crainte est alimentée par de mauvais souvenirs des exactions des rebelles de LRA au cours de leur passage de cette région en direction de Dungu en début de l’année 2007. Ils se souviennent notamment de pillage des biens, des incendies des maisons et des enlèvements des civils », a expliqué un Abbé de la paroisse catholique d’Aba cité hier jeudi par radiookapi.net.

A la suite des attaques des éléments de la LRA (Armée de résistance du seigneur), qui ont bloqué les voies d’accès, « environ 1.200 Congolais ont traversé la frontière à pied et se sont réfugiés au sud du Soudan », a signalé mardi le HCR.

«Il y a eu des attaques sur plusieurs villages autour de Dungu, où il n’y a pas de forces de l’ordre et de sécurité. Des attaques brutales, enlèvements d’enfants, tueries. Nous ne pouvons que condamner plusieurs fois ces attaques. Vous savez que nous avons très peu de monde en ce moment », a reconnu dimanche 28 septembre dernier Alan Doss, représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC.

Le pire serait d’assister à une interconnexion des deux guerres. En effet, Bosco Ntangada, actuellement chef d’Etat major de la branche armée du CNDP-Nkunda vient de l’Ituri. Il dirigeait les mêmes milices avant de rejoindre le Kivu. Il ne serait pas faux de relever que ce qui se passe maintenant en Ituri ait des liens avec les combats au Kivu, dirigés par les mêmes acteurs.

Car, outre les minerais, notamment l’or, il y a également le pétrole. Ce pétrole qui soulève des discussions houleuses entre la République démocratique du Congo et l’Ouganda. A ce sujet, Kinshasa et Kampala ont tenu plusieurs rencontres tant à Ngurdoto, à Arusha et à Dar -es-Salaam pour un terrain d’entente. Des accents particuliers ont été mis sur des points sécuritaires de manière à permettre rapidement l’exploitation du pétrole du Lac Albert. Mais apparemment, point d’avancées significatives au moment où l’Ouganda fait «du pétrole du Lac Albert une question de vie ou de mort».

C’est donc la même guerre d’usure sur fond de « guerre économique » pour fragiliser le pouvoir de Kinshasa. Les instances nationales congolaises en sont-elles conscientes ?

La responsabilité des institutions nationales

Dans cette nouvelle phase du rétablissement de l’autorité de l’Etat sur l’ensemble du territoire national, les brigades brassées et intégrées, dotées d’une logistique appropriée, doivent être mises à contribution. Mais une fois de plus, il ne s’agit point des cas isolés. C’est la même guerre d’usure, insisterions-nous, qui se déroule simultanément au Kivu et en Ituri. D’où sont venues ces armes lourdes maintenant à la disposition des milices congolaises ?

Il revient à toutes les institutions nationales de s’approprier cette situation et de lever des options déterminantes pour neutraliser aussi bien les rebelles rwandais qu’ougandais, de désarmer les groupes armés ou milices congolais, et enfin d’accélérer le processus des réformes au sein de l’armée, de la Police et des services de renseignements. L’heure est grave. Il faut agir vite et bien.

(Milor/PKF)

Le Potentiel

Last edited: 04/10/2008 14:18:48

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