L’expérience poétique que nous livre le nouveau Masegabio est l’expression de la maturation ; à la fois un geste épique de mobilisation des consciences devant les nouveaux enjeux d’une mondialisation.
L’Autre ? C’est le colonisateur, l’ancien et le nouveau l’esclavagiste des siècles de honte (pourtant précurseurs et garants des « Lumières ! ) a pris tour à tour les défroques du « coopérant », puis du « partenaire » tiers-mondiste, puis enfin du « mondialiste » tout court.
Les poèmes se dressent alors comme des proférations exorcisantes pour à la fois dénoncer le malentendu fatal de l’Autre, mais aussi la compromission de nous-mêmes et au bout de la dénonciation le discours poétique se change en sarcasme, se charge de sarcasmes« Et vous griots, vous ménestrels des estampes d’antan, exaltez la gloire des talus, la saveur des gombos et des scolopendres ! Nos estomacs de pythons s’en gavaient.
« Et que dire si non qu’il nous était servitude d’avaler toutes entières avant l’aube, les jeunes antilopes de ta sagesse occidentale apprise dragée haute... ! Marchand de camelotes, de logiques et de sciences, a quel fuseau horaire t-arc-bouter ? Voici que la foi change de rose des vents. Ton bord euro nordique ne te sauvera plus, Ha !ha! »
J’ai dit au départ que, l’expérience poétique que nous livre le nouveau Masegabio est l’expression de la maturation ; à la fois un geste épique de mobilisation des consciences devant les nouveaux enjeux d’une mondialisation qui n’est qu’ « engagement » dans des prisons et des formules d’or, et un geste politique de dénonciation, de revendication de la parole usurpée certes, mais aussi de réclamation d’un partenariat égalitaire et responsable. Et donc d’ouverture.
Oui, « Fais-moi passer le lac des caïmans » est une exhortation poétique et politique : revendication du droit à l’historicité, du droit à l’existence dans la dignité et dans le concert des peuples.
C’est d’ailleurs pourquoi, signe fort, le texte est dédié au « prophète de Katako Kombe » (c’est-à-dire Patrice Emery Lumumba) et au « thaumaturge de Nkamba » (c’est-à-dire Simon Kimbangu), considérés par la plupart des Congolais comme les figures emblématiques de la lutte héroïque anti-colonialiste et anti-impérialiste.
Etonnant Masegabio lui qui, il y a déjà une trentaine d’années, pendant les années chaudes des échauffourées entre « écoles » d’écrivains congolais, était constamment taxé de meneur des cohortes « puristes », grammairiens soi-disant inquisiteurs écumant les terres imprenables et parnassiennes en albatros soi-disant arrogants et inaccessibles, surprend dans cet opuscule par un propos tour à tour d’implication « homodiégétique », où le « Je » est constamment et intimement sollicité et de distanciation translucide autant que d’ « impertinence du discours » la manière de griots refaiseurs de mémoire mais néanmoins persifleurs.
Il surprend aussi par une syntaxe parfois témérairement désarticulée, illustration symbolique du drame et du socio-drame qu’endurent le poète et le citoyen (le « Je » et le « Nous »).
« J’ai décidé, écrit l’auteur dans son prélude, d’appeler les choses par leur nom. Quitte aux lecteurs de leur coller eux-mêmes des icônes moins battues par l’âge ainsi que par les intempéries d’une coopération en mal de repères ».
Qui a dit que l’acte poétique était une fuite en avant, et même une sorte d’exutoire sinon d’autocensure schizophrénique par rapport à l’engagement politique ? Tout au long de sa carrière apparemment bipolaire, Masegabio est resté fidèle à lui-même, tentant de démontrer que politique et poétique pouvaient avoir des destins liés : poétique de la politique, c’est-à-dire utopie généreuse du « ministère » au service des autres et quête de leadership au service de la sagesse.
Politique de la poétique, c’est-à-dire quête pathétique de l’excellence, implication du Beau, de Vrai, du bien dans la gestion de la « res publica »...
N’est-ce pas Dostolevsky qui disait que « seule la beauté transformera le monde ».
(Milor/PKF)
Lye M.yoka/Le Potentiel
Last edited: 01/10/2008 18:25:58