Machiavel conseille au prince tout en lui indiquant comment s’en servir un certain nombre de caractères qu’il appelle essentiels. Tenant compte de la situation politique de l’heure dans notre pays, nous en épinglons trois ci-après.

Machiavel conseille au prince tout en lui indiquant comment s'en servir un certain nombre de caractères qu'il appelle essentiels. Tenant compte de la situation politique de l'heure dans notre pays, nous en épinglons les trois ci-après. D'abord, l'habileté qui postule, chez le prince, une création continuelle, une tension sans relâche vers le but.
Ensuite, la simulation et enfin, la dissimulation. En vertu de ces deux caractères, le prince doit, dit Machiavel, être un fin connaisseur de l'occasion, un collaborateur avisé de la Providence, mais aussi un corrupteur audacieux de la Fortune. Kabila peut ne pas être machiavéliste- à supposer qu'il ait existé à ce jour dans ce monde un chef semblable à lui qui ne l'ait pas été- les moments actuels sont tels que, sans l'être et peut-être même sans aimer Machiavel, il est obligé de le fréquenter et de l'écouter. Rien que par intérêt.
En effet, au lendemain de la démission de Antoine Gizenga, le président Kabila doit comprendre que rien ne peut plus être comme avant : 2011, ce n'est plus demain, c'est déjà aujourd'hui. A cet égard, il saute aux yeux que, tout au long de la période déjà écoulée du présent quinquennat, la majorité présidentielle n'a fait que labourer pour l'opposition. Ce qui revient à dire que si, aujourd'hui, le peuple congolais était appelé aux urnes pour renouveler nos institutions, celle-ci battrait à plate couture cette majorité.
Ce qui revient à dire encore que le président Kabila doit avoir le courage de reconnaître que, pour n'avoir pas été proactifs, stratèges, imaginatifs, organisés et surtout disciplinés et loyaux, les siens lui ont rendu un très mauvais service. Il lui faut donc impérativement et rapidement remettre les pendules à l'heure.
Nous entendons dire que dans son choix du nouveau Premier ministre, le Président de la République est tenu à se conformer aux accords antérieurs. Effectivement, l'idéal serait absolument celui-là si, toutefois, ceux qui brandissent cette exigence sont tout à fait sûrs que leur organisation politique dispose réellement de l'homme du moment dont Kabila a besoin. Par rapport naturellement à la situation et aux enjeux de l'heure. Et que leur démarche est vraiment marquée au coin de l'intérêt de la coalition et plus encore de la nation et non à celui des intérêts personnels ou partisans.
Remarquons que depuis que la partitocratie existe comme système de gouvernement, nulle part tous les partis de la coalition ont disposé, tous à la fois et au même moment, de l'homme du moment aussi bien à la tête du gouvernement qu'à celle des postes stratégiques. En effet, cet homme rare, c'est un fait, il faut savoir le chercher n'importe où au sein de la coalition, très souvent lampe à la main même en plein midi. Voilà pourquoi, dans ce système de gouvernement et dans la situation qui est la nôtre en ce moment, chaque organisation politique, au risque de paraître puérile et réactionnaire, doit mettre de l'eau dans son vin.
Pour, répétons-nous, l'intérêt de la nation et de la coalition. Voilà pourquoi aussi, au nom de la raison d'Etat, il est impérativement demandé au président Kabila de ne viser que le résultat. Car, comme dit Machiavel, pour arriver à ce résultat, il n'est pas, pour le prince, de moyens qui ne soient considérés comme honorables.
Pour terminer par où nous avons commencé, nous notons que nous sommes à l'heure fatidique où le président Kabila est seul dans son destin. Oui à l'heure où, comme dit encore Machiavel, il doit s'appliquer à collaborer avec la Providence et éventuellement à corrompre la Fortune. Car, son analyse froide- si elle a été réellement froide- de la situation doit l'avoir convaincu finalement que, très souvent, les suggestions et les avis des entourages et des thuriféraires ne sont pas exempts de petits calculs mesquins. Surtout en des moments comme ceux-ci. Surtout aussi lorsqu'il est, de temps en temps, prouvé que la plupart de ces entourages et de ces thuriféraires, sur sept jours de la semaine, ils travaillent cinq jours pour eux-mêmes.
Un jour et demi pour leurs amis et leurs partenaires. Il leur reste une demi-journée pour les loisirs et à défaut pour le chef. Et même en ce moment-là, c'est toujours pour eux-mêmes qu'ils travaillent : c'est le gâchis congolais qui l'atteste.
Xavier Mirindi Kiriza/L’Observateur
Last edited: 01/10/2008 15:08:21