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Goma à deux doigts d’une explosion !

Kinshasa, 30/09/2008 / Politique
La cité du Nord-Kivu est victime du « mal hollandais » redouté par les économistes. Alors que la guerre continue, la ville est à la merci de la moindre étincelle. Pour Baudouin Michel, maître de conférence à la Faculté univer­sitaire des sciences agronomi­ques de Gembloux, où il est atta­ché à l’unité Economie et Déve­loppement rural, il n’y a pas de doute la ville de Goma, chef-lieu de la province congolaise du Nord-Kivu, est un cas de « dutch disease » ou mal hollandais.

La Monuc et les humanitaires

Les économistes appellent ainsi les cas d’hyperinflation sans développement, créés par un brusque afflux d’argent, en ré­férence à la situation des Pays-­Bas après la découverte de gaz, dans les années 60. Le brusque afflux d’argent avait renchéri le gulden, rendant les autres expor­tations hollandaises trop chères. On appelle couramment « dutch disease »  les conséquences né­gatives sur l’économie d’un pays de la découverte de pétrole.

« A Goma, c’est la présence de la Monuc (Mission de l’Onu au Congo), renforcée depuis le printemps dernier par les cas­ques bleus déplacés de Kisan­gani, et celle des ONG huma­nitaires qui a amené un afflux soudain d’argent », explique le Pr. Michel. Cela a joué surtout pour les loyers car, au Nord-Kivu, le personnel onusien et humani­taire est logé dans des villas et non, comme au Darfour, sous tente ou dans des conteneurs.

La même maison 3 chambres/ salle de bain/salon, qui se loue 300 à 500 dollars par mois à Gisenyi (la ville voisine, juste de l’autre côté de la frontière rwan­daise) atteint, du coup, 3000 à 5000 dollars à Goma. « Tous les prix suivent. Le sac de 100 kg de haricots qui en cette pé­riode de fin de récolte devrait être à 15 ou 20 dollars, atteints 40 à 60 dollars. Mais les sa­laires ne bougent pas », souli­gne le professeur.

En effet, si les salaires des travailleurs du café, par exem­ple, augmentaient suffisamment, « de coût de production du café du Kivu serait bientôt supé­rieur aux coûts, mondiaux. Le « dutch disease, » « détruit l’éco­nomie durable d’une région », ajoute Baudouin Michel.

Goma avait déjà connu un afflux comparable en 1994-96, avec l’arrivée de 1 à 2 millions de réfugiés rwandais, après le génocide. « Mais le PAM (Programme alimentaire mondial une agence de l’Onu) avait alors un programme pour éviter une trop forte hausse des prix: il jetait sur le marché des haricots importés quand le prix montait trop. Aujourd’hui, il n’y a pas de pro­gramme d’accompagnement pour corriger les effets pervers de l’afflux de millions de dollars sans création de richesse. En 1994-96, il y avait encore une ONG qui poursuivait des pro­grammes de développement agricole. Aujourd’hui, les ONG présents s’occupent essentiel­lement d’urgence, pas ou peu de développement », détaille Bau­douin Michel.

Tension Sécuritaire

Au « dutch disease » dé­noncé par le professeur de Gembloux, il faut ajouter l’insé­curité dans les campagnes, en­core accrues avec la reprise de la guerre le 28 août. Selon un rap­port du 26 septembre du Pole Insitute de Goma, « il ne pourra pas y avoir de récoltes ». Or, depuis un an, sont arrivés quel­que 30 000 soldats (chiffre cité par le gouverneur de la province, Julien Paluku) envoyés par Kinshasa pour réduire la rébellion de Laurent Nkunda, et qui doivent se nourrir. Au total, les aliments de base sont trois à quatre fois plus chères et la situation devient clairement intenable pour la po­pulation.

Septembre-octobre, à cause de la rentrée scolaire -grosse dépense pour les budgets familiaux - et novembre-janvier, à cause des fêtes de fin d’année, sont toujours des périodes de forte  tension sociale dans un Congo appauvri jusqu’à l’ab­surde. Les pillages de 1991 n’avaient-ils pas eu lieu en sep­tembre ? Et ceux de 1993 en jan­vier ?

Sous Kabila père et fils, ces tensions saisonnières sont désamorcées, à Kinshasa, par l’importation d’aliments vendus à prix subventionnés. Rien de tel à Goma. Certains observateurs n’écartent donc pas le risque d’explosion sociale dans les se­maines qui viennent si un incident particulièrement porteur d’émo­tion venait à mettre le feu aux poudres. Or, la guerre et 100.000 déplacés offrent de nombreuses occasions d’étincelles.

(Milor/PKF)

Marie-France/Le Potentiel

Last edited: 30/09/2008 15:40:50

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