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Bonjour | 18/03/2010 8:08 | English Make DC Home page | RSS feed

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Après avoir déjoué plusieurs pronostics, qui le donnaient partant toutes les trois semaines, le patriarche Antoine Gizenga a tiré sa révérence après six cents jours à la tête du premier gouvernement de la restauration de la République, que d’aucuns qualifie de troisième. Je ne céderai pas à la tentation du bilan, ni surtout à celle de la comparaison, qui pourtant me tenaillent l’esprit. Il y a des exercices qui, pour être menés sérieusement et objectivement, exigent un certain recul.

Et pourtant, comment ne pas admirer l’histoire et à la démocratie qui, par l’ironie les caractérisant parfois, jouent des tours aux nations ou corrigent les faits suivant une logique indécelable.

En effet, l’histoire et surtout la démocratie ont voulu que l’homme qui fut, avec Patrice Lumumba, écarté illégitimement du pouvoir en 1961 revienne en 2006 par la voie des urnes.
 
Ce fait, en lui-même, constitue une victoire extraordinaire pour la République, c’est également une leçon.

La vie politique du désormais ancien Premier ministre restera dans les annales comme un exemple de constance, de cohérence, de persévérance et de fidélité à une idée;-celle du refus de trahir son pays, malgré les brimades et les privations les plus inhumaines, en résistant aux tentations de la facilité et de la corruption.

Je n’attendrai donc pas de me trouver devant le cercueil d’Antoine Gizenga pour lui rendre hommage. Que les âmes sensibles me pardonnent.

Ceci étant, l’urgence qui s’impose à nous aujourd’hui concerne l’avenir. Une fois de plus, notre grand Congo se trouve à une sorte de tournant. Les décisions qui seront prises ses cinq ou dix prochains jours détermineront pour longtemps l’avenir de ce pays en tant que nation ainsi que le sort de son peuple. N’attendons pas que le feu embrase toute la case pour battre le tam-tam, faire appel à toutes les forces, fédérer toutes les intelligences disponibles pour sauver la patrie. S’il n’y a pas encore véritablement péril en la demeure, on s’en approche dangereusement. Comme à la veille de ce que l’histoire a retenu comme la Conférence de Sun City, les élites congolaises sont appelées à faire montre de courage, de dépassement, d’abnégation et d’imagination. Cette fois n’attendons pas d’avoir 3 000.000 de morts sur nos consciences ... indifférentes !

Les présidents de deux chambres ont tiré la sonnette d’alarme lors de la récente rentrée parlementaire. Personne n’ignore donc l’état de la nation. A mon modeste niveau, parmi tout ce qui a été relevé, j’identifie cinq problèmes majeurs qui s’ils ne trouvent pas de solutions dans les meilleurs délais pourraient entraîner le pays dans des situations réellement dramatiques: - la guerre économique que nous impose les institutions de Bretton Woods, - la crise alimentaire mondiale, - les signes avant-coureurs que montre la décentralisation telle qu’enclenchée, - la situation de notre appareil judiciaire. La guerre à l’Est constitue une gangrène à guérir absolument avant qu’elle ne se métastase inéluctablement. Dans cette tragédie, l’ex-Général Nkunda n’est qu’un sous-traitant. Même le Rwanda vers qui nous pointons le doigt à juste titre d’ailleurs, n’est qu’un pion intéressé. Les véritables puissances inspiratrices et gérantes du projet de démembrement de notre pays se trouvent ailleurs. Nous devons savoir aller les trouver, sans pour autant négliger les causes internes et régionales de la question.

Sous les apparences des pourparlers classiques, certaines forces financières occidentales nous imposent, aux travers des institutions de Bretton Woods, une véritable guerre économique, qui n’est d’ailleurs pas sans lien avec la guerre de l’Est. L’attitude des institutions de Bretton Woods, de refus d’annuler la dette immorale qui pèse injustement sur nos budgets et d’acharnement à décourager les entreprises chinoises désireuses de travailler avec nous, retarde énormément le démarrage des cinq chantiers pour la reconstruction de la République. Les agissements du FMI risquent même de compromettre ce programme, pourtant indispensable.

La crise alimentaire mondiale annoncée à grand renfort de publicité et de conférences internationales n’est pas une chimère, mais bien une réalité qui risque de durer avec les conséquences dramatiques que chacun peut imaginer. Nous n’échapperons pas aux conséquences de cette menace avec des plans agricoles, aussi savants soient-ils mais isolés des autres conditions de l’enrichissement de la nation. Or prendre en compte ces éléments exige la paix et énormément des moyens.

La décentralisation tant recherchée par l’immense majorité de ce pays a montré de graves dérives dès le début de son application. Les élites parlementaires et d’autres ont mis le doigt sur ce danger. Il est donc inutile d’épiloguer davantage, mais impératif d’apporter les correctifs essentiels au raffermissement de la cohésion nationale. Dans ce domaine, il ne suffit pas de couper une ou deux têtes, mais d’éradiquer le mal en extirpant ses racines.

Une des conditions essentielles, non seulement du progrès économique, mais de l’établissement d’une société de confiance base de tout développement harmonieux est l’instauration de la sécurité judiciaire. Elle permet aux investisseurs d’agir dans une certaine prévisibilité, indispensable à la marche des affaires et au peuple de se sentir en terre de civilisation, non dans la jungle où régnerait la loi du plus fort. Sur ces cinq points résumés ici, il n’y a pas de divergences insurmontables parmi les élites politiques de notre pays. N’y a-t-il pas là une base suffisante pour, sans renoncer à nos croyances respectives, taire momentanément nos divergences et autour du président de la République établir un programme de gouvernement et constituer un gouvernement de large union nationale et de salut public. Il faut créer un choc positif !

La situation du pays est suffisamment préoccupante pour exiger une prise de conscience forte, et une détermination sans faille, si nous voulons sauver notre pays.

La RD Congo ne mérite-t-il pas quelques sacrifices ? Les épreuves du moment imposent que tous, nous tirions dans le même sens, les circonstances demandent un large consensus. Il est périlleux de mener une guerre dans la division, or nous faisons face à plusieurs fronts. Ne me faites pas dire que la majorité actuelle serait incapable de résoudre l’équation, mais il existe dans l’histoire des peuples,  des moments charnières où les élites doivent savoir s’unir pour réduire les coûts de la gouvernance. Et, ici, ces fameux coûts ne s’expriment pas en millions de dollars, mais en millions d’êtres de chair et d’esprit, généralement... des innocents.

(Ern./PKF)

Jean-Pierre Kambila Kankwende/Le Potentiel

Last edited: 30/09/2008 15:32:07

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