Le Chef de l’Etat, Jose­ph Kabila, a finalement répondu, le week-end, à la lettre de démission lui remise en mains propres, le jeudi 25 septembre 2008 au matin, par le Premier Minis­tre Antoine Gizenga. Natu­rellement, a-t-on appris, le Président de la République ne pouvait qu’entériner une décision fondée sur des rai­sons majeures liées à l’âgé et à la santé du démission­naire.

Alors que la guerre de succession est largement ouverte et que les noms des candidats à la succes­sion noircissent chaque jour les procès-verbaux des rap­porteurs des réunions politi­ques, des sources proches de l’Alliance de la Majorité Présidentielle (AMP) font état de l’intention bien ar­rêtée du patriarche du Palu de garder un contact étroit avec la Primature, en y plaçant un de ses dauphins politiques et biologiques, en la personne d’Adolphe Muzito, ci-devant ministre sortant du Budget. Dans l’entende­ment d’Antoine Gizenga, les accords de partenariat con­clus entre son parti et l’AMP tiendraient toujours la route. En conséquence, le Palu devrait conserver son droit à la désignation du futur for­mateur du gouvernement. Aussi, dans la droite ligne de cet arrangement particulier, se croit-il en droit de se faire remplacer au poste par Adolphe Muzito.

Montée de tension au sein de l’AMP

Dès que les inten­tions du Premier Ministre sortant ont:été connues au sein de la famille politique du Chef de l’Etat, il a été constaté une brutale mon­tée, de tension au sein de plusieurs partis et regrou­pements politiques affiliés. Pour d’aucuns, le contexte électoral de 2006 ne peut pas prendre tout un pays en otage car ce qui est en jeu aujourd’hui est de loin plus grand, plus important que les combinaisons politi­ciennes. Il s’agit de redon­ner une âme à une nation et d’envoyer un message aux troublions de tous bords, celui de la renaissance du Congo de nos ancêtres qui doit commencer par la re­construction effective et non théorique du pays, et qui doit faire entendre sa voix et sa force sur l’ensemble du territoire national.

La question, souli­gne-t-on dans les cercles politiques, est de se déterminer par rapport à une vi­sion politique responsable, qui vise la réalisation des espoirs de la multitude, as­sure la promotion des intérêts de tous les cas et non des groupuscu­les politiques. 2011, il est temps de rappeler, c’est déjà demain.

Oublier cette échéance, oublier les enga­gements pris et annoncés à la nation le 6 décembre 2006 en faisant des choix hasardeux, serait travailler pour l’échec.

C’est pourquoi, dans tous les débats qui ont se­coué les cercles politiqués de la majorité présidentielle tout au long du week-end, un accent particulier a été mis sur la nécessité de faire une évaluation des membres sortants du gouvernement en vue de s’assurer que ne pourraient passer à travers le tamis que ceux et celles qui auront effectivement travaillé et non les personnes qui ont passé leur temps à installer et à s’installer.

Gizenga et son bilan.

Dans son message à la Nation, en marge de sa démission, le Premier Minis­tre a jugé largement positifs ses 20 mois de travail à la Primature. Antoine Gizenga s’est particulièrement réjoui d’avoir effacé les clivages Est-Ouest, posé les jalons de la bonne gouvernance et permis au pays d’amorcer son recollages économi­que.

Hélas, cette lecture de son mandat n’est mal­heureusement pas parta­gé par l’opinion intérieure à commencer par les dépu­tés et sénateurs. En effet, au retour de leurs vacances parlementaires, en septembre 2007 comme en mars et septembre 2008, ils ont côté le gouvernement Gizenga I et II largement en-dessous de la moyenne.

Selon les élus du peuple, l’Exécutif national a échoué sur toute la ligne, car incapable de lancer réel­lement les cinq chantiers de la République sur le terrain, d’exécuter les budgets 2007 et 2008, de ramener la paix à l’Est du pays, de com­battre l’extrême pauvreté dans laquelle croupissent aussi bien les employés de l’Etat que les sans-emplois, d’éradiquer la corruption (contrats léonins), d’instau­rer une véritable justice, de restaurer l’autorité de l’Etat, etc.

Au sein de l’AMP, des voix s’élèvent pour es­timer que la Primature ne peut être confiée de nou­veau à un représentant d’un parti politique qui a lamen­tablement échoué dans la gestion des affaires publi­ques.

Kabila devrait clarifier les choses

Au-delà des querel­les de positionnement à la Primature ou au gouverne­ment, l’on attend du Chef de l’Etat, qui a le pouvoir discré­tionnaire de nomination du formateur du gouvernement et de l’agrément de la liste des ministres à choisir par celui-ci, de clarifier mainte­nant les choses. L’opinion publique congolaise aime­rait savoir si Joseph Kabila est partisan d’une Prima­ture et d’un gouvernement de développement, auquel cas une évaluation comme déjà soulignée ci-dessus du Premier ministre et des ministres sortants s’impose, ou s’il pense plutôt à un nouveau partage du gâteau avec ses alliés politiques, cela l’exonérerait de tout critérium dans le choix de ses futurs collaborateurs.

Le Congolais moyen, pour sa part, déçu de voir le progrès économique, social et industriel ne pas se ma­nifester deux ans après les élections, serait curieux de connaître les résultats de « l’audit » du gouvernement sortant avant d’apporter sa caution à une nouvelle équi­pe ministérielle. Car, jus­que-là, le sentiment du petit peuple est que la nouvelle bourgeoisie politique s’en­graisse à vue d’œil, sans que chacun rende compte de ses biens et avoirs avant son entrée en fonctions ou à son départ du gouverne­ment, comme c’est pourtant clairement stipulé dans la Constitution de la république.

(Milor/PKF)

Kimp/Le Phare