L’incident du bastonnade et de la destruction des mobiliers que fabriquent les artistes et artisans concentrés au site de Binza-Météo à Kinshasa a soulevé l’indignation d’un groupe d’élus qui exigent toute la lumière autour d’une vente du terrain querellé à la base du scandale.
Jeudi 25 septembre 2008, une escouade de militaires descend des véhicules pour s'attaquer à une dizaine d'ateliers propriétés d'artisans et artistes de Binza (AAAB) du site de Météo en pleine journée. Des meubles sont emportés et des artisans bastonnés.
Selon les principaux concernés, ces militaires auraient obéi à un officier supérieur des FARDC qui a obtenu un certificat d'enregistrement sur la partie occupée par les dépôts des artisans et artistes de Binza. Pressés par certains de leurs clients qui tiennent à prendre parfois possession de leurs diverses commandes, les artisans et artistes de Binza qui ne savent à quel saint se vouer après les pertes énormes subies, se sont tournés vers leurs élus.
Ainsi, samedi 27 septembre 2008, le député national Jean Bamanisa et les députés provinciaux Martin Fayulu, William Canon et Martin Kasongo se sont rendus sur le site Binza/Météo. Sur place, en présence de la presse tant écrite qu'audiovisuelle. Ces élus du peuple ont répondu aux préoccupations de leurs électeurs. L'historique, l'importance du site Météo, les indemnisations des victimes et bien d'autres questions d'importance capitale ont été abordés.
Que retenir de ces différentes interventions, que le site Météo Binza est un site d'importance nationale. Créé en 1950, suivant le plan d'implantation du centre Météo, ce site avait une étendue initiale de 67 hectares, 92 ares et 50 centiares et 20 centièmes. Ce site avait été créé pour des raisons scientifiques. Des critères furent retenus pour sa sélection à savoir : l'élévation de son terrain qui le situe en dehors de la nappe d'air stagnant humide de la plaine du Pool, en vue de la conservation des instruments coûteux et délicats qui servent au prélèvement des données climatiques ; un sol qui ne présente aucune anomalie magnétique ; un sol qui est constitué des terrains bien homogènes que possible c'est une forêt naturelle etc.
Du plan directeur d'aménagement établi pour ce faire, il avait été interdit sur cette zone réservée aux activités scientifiques propres à la Mettelsat l'abattage des arbres sur ce site. Mais que constate-t-on sur le terrain ? Malgré des textes clairs, le site Météo a été spolié par des lotissements successifs qui ont eu des conséquences incalculables. Perturbation des mesures de magnétisme due au fait qu'on ne devait pas construire comme cela est fait aujourd'hui, dans un rayon de 300 m autour de la cave magnétique, perturbation des mesures de la marée terrestre où la gravimétrie due aux constructions de maisons d'habitation à moins de 300 m de rayon autour des instruments de mesures.
Et le comble, la visée de la borne repère pour la mesure de la variation saisonnière aléatoire du Nord magnétique arrachée par un propriétaire de parcelle. Sans conséquence. Ce qui fut dire à certains que la RD Congo serait une jungle. De la dimension initiale de 67 ha, 92 a, 50 ca et 20 centièmes en 1955, il ne reste à la Mettelsat qu'une superficie de 35 ha, 84 a, 68 ca et 97 centièmes. Preuve que l'Etat a cessé d'exister, le (s) conservateur (s) à la base de cette déplorable situation n'ont jamais été inquiétés.
Que faire ?
Mis à part le fait que certains artisans et artistes de Binza ont perdu des biens lors de descente des éléments armés, les députés provinciaux de Kinshasa et le député national Jean Bamanisa ont promis d'engager des actions pour que les victimes de cette descente soient dédommagées.
En outre, devant l'anarchie qui prévaut dans la délivrance des certificats d'enregistrements et dans les lotissements successifs du site/Météo, les élus ont demandé qu'ils soient mis un terme à cette anarchie qui préjudicie l'ensemble de Kinois. Car ce site est d'une importance capitale pour la survie de la ville de Kinshasa.
Au final, puisque ce site est d'intérêt national, il a été décidé la destruction des constructions érigées sur ce site et surtout la poursuite de tous les conservateurs à la base de cette anarchie.
Lors de cette rencontre, élus du peuple, artisans et artistes de Binza, il a été déploré l'abattage des arbres sur le site. Or, dans un passé récent, sur financement de la Banque mondiale, plus de 20 000 arbres avaient été plantés sur le site. Aujourd'hui, sur l'ensemble d'arbres plantés à grands frais, 18 800 ont été abattus. Quel gâchis !
Pour clore ce dossier, les artisans et artistes de Binza ont encore une fois reposé le problème de l'érection du village des artistes. Ils ont rappelé qu'en son temps, Laurent Désiré Kabila avait initié des contacts très avancés pour que les artistes soient regroupés dans un site. Pour le secrétaire de cette corporation, cela ne serait que justice parce qu'ils sont des ambassadeurs de la culture congolaise. Pour preuve, à chaque rencontre importante, ces artisans ont toujours été conviés à représenter la nation congolaise. On les a vus en Chine, au Burkina Faso, au Maroc et j'en passe représenter l'artisanat. D'où la question qui vient à l'esprit, pourquoi ne pense-t-on pas à organiser, à protéger cette catégorie de nos concitoyens ? Est-ce par manque de politique cohérente en la matière, est-ce que par mauvaise foi ? En tout cas, en attendant que l'Etat se penche sérieusement sur cette question, une réponse doit être trouvée pour que l'on sache quel est l'officier supérieur des FARDC qui est à la base des destructions méchantes et autres bastonnades dont ont été victimes certains artisans et artistes de Binza et voir dans quelle mesure indemniser les victimes.
(TH/PKF)
Philippe Mbayi Wete/L’Observateur
Last edited: 29/09/2008 17:29:11