Les Kinois, leur gouverneur en tête, ont marché pacifiquement vendredi pour protester contre l’indolence de la Monuc s’agissant des troubles à l’Est. Partie de la gare centrale, la marche a abouti au Palais de la Justice où une messe a été célébrée à l’intention de la population martyre de l’Est.

Les manifestations en réaction à la situation trouble qui règne à l’Est de la République démocratique du Congo ont été enregistrées ces dernières quarante-huit heures dans deux endroits. A Kinshasa et à Dungu, des populations s’en sont prises ouvertement à la Mission des Nations unies au Congo (Monuc). Et si la marche a été pacifique vendredi dans la capitale, tel n’a pas été le cas jeudi dernier à Dungu où des casses ont été déplorées dans les installations de la Monuc. Selon des sources dignes de foi, la vive tension à Dungu a conduit les manifestants à assiéger " la résidence des observateurs militaires de la Monuc qu’ils ont pillée avant de mettre le feu sur un de leurs véhicules ". A Kinshasa par contre, les manifestants se sont limités à déposer dans la discipline un mémo destiné au représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Rdc, Alan Doss, une façon pour eux d’exprimer aussi leur ras-le-bol.
En fait, par ces gestes, les uns et les autres ont un sentiment d’abandon par ceux qui sont censés les protéger contre les attaques de la Lra d’une part et du Cndp de l’autre. Ces deux mouvements qui opèrent dans les provinces de l’Est sèment la désolation au sein des populations congolaises au moment où celles-ci semblent fonder plus d’espoir dans la Monuc. Mais la réalité sur le terrain les déçoit. " La population se considère abandonnée face aux incursions et exactions des rebelles ougandais de la LRA ", constate-t-on dans la Province orientale. Pendant que ces rebelles ougandais ont dernièrement kidnappé des enfants qui ne sont guère récupérés jusqu’ici, des combats font rage dans le Nord-Kivu entre le Cndp de Laurent Nkundabatware opposé à l’armée nationale. Ces combats qui ont repris à l’Est révoltent particulièrement les Kinois qui sont descendus hier dans la rue.
Dépôt d’un mémo au Quartier général de la Monuc
La marche appelée de protestation et de colère est partie de la gare centrale au ministère de la Justice avec escale au quartier général de la Mission des Nations unies au Congo (Monuc). Ici, les manifestants ont effectivement déposé leur mémo avant de poursuivre leur mouvement. La foule au sein de laquelle on a remarqué la présence du gouverneur de la ville, André Kimbuta Yango, la ministre sortant du Travail Marie-Ange Lukiana et plusieurs hauts cadres politiques, a repris sa marche en direction du Palais de la Justice. C’est ici qu’a été célébrée une messe à l’intention de la population qui souffre en martyre à l’Est, avant que les manifestants ne se dispersent.
Un signal est donné
Au moment où les hostilités ont repris avec intensité entre l’armée régulière et le Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) de Laurent Nkundabatware, la destination de ces manifestants est tout un signal. Un sentiment éprouvé par la population congolaise tout entière qui en a marre de la guerre récurrente dans cette partie du pays depuis 1996. Et depuis cette date, la Communauté internationale en général et les Nations Unies en particulier affichent un comportement guère compris par les Congolais. Accusées d’une certaine complaisance, les Nations Unies devaient plutôt s’impliquer davantage dans la résolution de ces conflits qui ensanglantent l’Est.
D’autant plus que, estime une bonne frange de l’opinion, l’Onu n’est pas étrangère à cette situation qu’elle aura créée au détriment de la République démocratique du Congo, notamment dans le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Dès l’origine de l’instabilité décriée dans ces deux provinces, la Communauté internationale est toujours présente et investie des tâches primordiales dont elle ne s’acquitte à la hauteur des attentes des Congolais. Ces derniers qui s’attendaient le moins de voir la guerre de 1994 au Rwanda s’abattre sur eux, auront cependant été naïfs et trop confiants.

A leurs dépens, les Congolais avaient cédé à la demande, du reste normale, de la Communauté internationale pour que des réfugiés hutus rwandais soient accueillis au Congo, Zaïre à l’époque. Et ce fut le début du drame vécu jusqu’ici. La présence de ces réfugiés en République démocratique du Congo servira par la suite de prétexte au régime Fpr de poursuivre ces infortunés dans leur pays d’asile. Au su et au vu de tous, le pouvoir qui venait de renverser Juvénal Habyarimana en avril 1994 a constamment violé la frontière de son voisin à l’Ouest. Des troupes rwandaises sont les seules qui sont toujours accusées dans les événements aux Kivu après la dissolution de la coalition avec l’Afdl en 1998.
En cette même année 1998, le pouvoir Fpr de Kagame au Rwanda instrumentalise la rébellion du Rcd qui s’empare de l’intégralité des territoires en ébullition jusqu’à aujourd’hui. Le Rcd s’est consolé des provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu après sa débâcle dans d’autres provinces où il avait tenté son aventure. Si le Bas-Congo et Kinshasa ont notamment infligé une bonne raclée aux troupes du Rcd appuyées par des Rwandais, les deux provinces de l’Est sont restées sous la botte de ce mouvement politico-militaire 5 ans durant. Elles ont subi toutes les affres de la guerre importée du Rwanda qui a injecté le terme génocide dans la région des Grands lacs.
Des atrocités et autres violations massives des droits de l’homme sont utilisées par ces spécialistes dans la guerre psychologique. Et en héritage, ils ont planté ces ingrédients dans le comportement des troupes sous leur obédience. Quand bien même les premiers semblaient se retirer de la zone, les secondes, leurs acolytes perpétuaient l’œuvre. C’est dans cette logique qu’il sied d’intégrer effectivement le Cndp qui se proclame défendre " un peuple " de sa sélection. Et pour bien mener son combat, l’homme prétendait traquer les Fdlr, cet appendice des combats hutus rwandais chassés de leur pays en 1994.
Nkundabatware, ami ou ennemi de la Monuc ?
Un cas de conscience pour la population congolaise éprise de paix, Nkundabatware devait l’être davantage pour la Communauté internationale en général et la Monuc en particulier. Pétri dans le moule du Front patriotique rwandais (Fpr), les méthodes du leader du Cndp servent de moins en moins les intérêts de la Monuc. Et cette réalité ne date pas d’hier. Lorsque Laurent Nkundabatware et Jules Mutebuzi occupent la ville de Bukavu, les Congolais se sont soulevés pour condamner la passivité de la Monuc.
De violentes manifestations avaient eu lieu dans plusieurs villes et autres grands centres du pays. Ceux qui pouvaient manifester devant des installations de cette mission de l’Onu l’avaient fait. Et des Casques bleus de la Monuc ont malheureusement tiré sur des civils faisant des morts dans leurs rangs. Une dissipation de munitions que les Congolais ne s’expliqueront jamais du moment qu’ils veulent voir ces tirs orientés vers l’ennemi que la Monuc est censée combattre. Nkundabatware qui perturbe la paix doit être considéré comme un ennemi par quiconque travaille pour la paix dans ce pays. Mais quand on le ménage, l’on ne comprend plus rien.
(TH/PKF)
L’Avenir
Last edited: 27/09/2008 15:15:12