La délégation du Fonds monétaire international (FMI), en mission, depuis le 7 septembre 2008 en RDC, a bouclé son séjour de travail par un point de presse, animé à sa représentation de l’Hôtel des Monnaies à Kinshasa.

Avec à sa tête, Brian Ames, chef de division au département Afrique du FMI, l’institution de Washington continue toujours à entretenir le flou sur une possible relance des négociations entre ses services et le gouvernement congolais pour la conclusion d’un nouveau programme au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (Frpc).
Ainsi, même si, sur papier, la RDC semble réunir toutes les conditions pour prétendre à un nouvel accord formel avec le FMI, le talon d’Achille demeure encore les contrats chinois.
Apparemment, tout se passe comme si l’institution de Washington n’a aucune intention de changer d’un iota son point de vue sur ces contrats, que, de son côté, la RDC juge “ irréversibles ”, en raison de leur impact positif sur les “ cinq chantiers ” de la République – programme sur lequel le président de la République a inscrit son quinquennat jusqu’aux prochaines élections en 2001.
Tendrait-on vers une impasse ?
Tout se passe comme si l’on tendrait droit vers une rupture entre la RDC et le Fmi. Même si rien ne présage encore un tel argument, le point de presse d’hier mardi, animé conjointement par Brian Ames et le gouverneur de la Banque centrale du Congo, Jean-Claude Masangu Mulongo, a nettement prouvé qu’il existe toujours, sur cette question, bien des divergences entre les deux parties.
Pour le FMI, a fait savoir son expert, le dénouement du dossier dépend désormais des éléments de défense que présentera, probablement en mars 2009 (dixit : le gouverneur de la BCC) le gouvernement congolais dans son étude de faisabilité des contrats miniers signés avec des partenaires chinois. C’est dire qu’on est bien loin du bout du tunnel. Entre-temps, c’est désormais le point d’achèvement à l’initiative d’annulation de la dette en faveur des pays pauvres très endettés (PPTE) à laquelle la RDC est admise qui est plus que jamais hypothèque.
Pire, sur les contrats chinois, le FMI pense qu’il y a quelques aspects à revisiter – bien sûr, au terme de la présentation par la RDC de son étude de faisabilité. Qu’importe ! Le plus évident est que la RDC a encore du mal à convaincre le FMI, notamment sur les garanties qui entourent les prêts chinois, ses implications macro-économiques, et éventuellement, son impact sur la soutenabilité de la dette, prenant en compte l’admission de la RDC à l’initiative PPTE.
Des contrats chinois, Brian Ames n’a pas éludé la position de son institution. “ Beaucoup de progrès ont été accomplis, mais il faut attendre l’étude de faisabilité pour connaître exactement les implications de cet accord. Ça sera peut-être l’occasion de revisiter quelques aspects de ce grand projet. En attendant cette étude de faisabilité, on continue à travailler au niveau technique avec le gouvernement dans divers domaines pour arriver au point d’achèvement le plus tôt possible ”, a clairement indiqué Brian Ames. Est-ce à dire que le FMI souffle le chaud et le froid ? Tout porte à croire qu’on n’est pas loi de cette assertion. Mais, le plus évident est que la course pour aboutir à un nouvel accord avec le FMI est encore longue et fastidieuse. Le gouvernement doit, peut-être augmenté de rythme dans sa course, mais bien plus encore, c’est sur ses arguments par rapport aux contrats chinois que repose l’avenir de ses relations avec le FMI.
Quels sont finalement les éléments qui manquent pour arriver à un programme avec le FMI ? Au-délà des arguments développés par Brian Ames, Jean-Claude Masangu a souligné qu’il y a certes des clarifications à apporter notamment sur la concessionnalité, la soutenabilité et des inquiétudes du FMI ne rapport avec la notion des créanciers privilégiés, sans toutefois exclure toute possibilité d’arriver à un modus vivendi sur cette question. “ L’étude faisabilité donnera des réponses aussi bien aux inquiétudes du FMI qu’à celles de la communauté internationale. On estime pouvoir l’avoir au plus tard mars 2009 ”, a-t-il dit.
Pas d’opposition à la revisitation
Est-ce que la RDC s’opposera à toute revisitation de certains aspects des contrats si le FMI l’exigeait ? Jean-Claude Masangu n’a pas exclu cette hypothèse. “ Si l’étude de faisabilité révèle qu’il y a lieu de revoir certaines clauses, nous ne nous opposerons pas à cette situation. Car, dans les contrats qui nous lient avec la Chine, la clause de la revisitation est prévue ”, a souligné, sans détours, le gouverneur de la BCC.
Satisfecit de la mission

Mais, au-delà du point essentiel portant sur les contrats chinois, point focal de cette conférence de presse, le gouverneur de la BCC, tout comme Brian Ames, chacun en ce qui le concerne, s’est montré optimiste sur les chances de réussir la consolidation de son cadre macro-économique. Sur ce point, les deux intervenants ont nettement reconnu et salué les progrès spectaculaires réalisés par le gouvernement congolais dans le cadre du Programme sui par les services du FMI.
Plus explicite encore, le gouverneur de la BCC a repris succinctement toutes les mesures d’encadrement, en terme de politique monétaire, engagées par la Banque centrale pour maintenir, dans la durée la stabilité du taux d’inflation et du taux de change.
Brian Ames a rencheri “la mise en oeuvre du programme du gouvernement jusqu’à fin août a été satisfaisante d’une manière générale”. La preuve est administrée par la politique prudente du gouvernement qui a permis de maintenir le taux d’inflation à 24%, malgré la surchauffe constatée sur les marchés mondiaux des matières premières ainsi que les places financières. L’encadrement du cadre macro-économique impulsé par le président de la République et le Premier ministre a permis cette performance.
Président en exercice du Groupe intergouvernemental de vingt-quatre (G24), qui siège aux assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale, et dont la réunion d’automne est prévue à mi-octobre 2008 à Washington, Jean-Claude Masangu a relevé l’attention toute particulière que le G24 entend accorder aux mesures à mettre en œuvre pour atténuer, à l’échelle planétaire, le choc de la crise financière, née, à partir des Etats-Unis, de la crise de “ subprimes ” ou des prêts immobiliers à risques.
“ Faut-il réglementer davantage ou déréglementer ? C’est la question à laquelle on doit répondre aujourd’hui compte tenu de cette crise”, a conclu le gouverneur, se disant disposé à faire triompher le point de vue du G24 lors des assemblées de Washington.
Il y a lieu de rappeler, lors de leur précédente mission, entreprise du 18 au 29 juin 2008 en RDC, les experts du FMI avaient également des résultats satisfaisants dans la mise en œuvre des programmes suivis par leurs services. Concernant les projets chinois, les experts du FMI s’étaient exprimés en ces termes : “ La mission a appuyé le double objectif du gouvernement consistant à accélérer la reconstruction des infrastructures nationales, qui se trouvent dans un état de délabrement, et à obtenir un allégement de dette substantiel de la part des créanciers extérieurs du pays. L’accord de coopération récemment signé avec les entreprises chinoises pose, au sujet de la dette publique et de sa viabilité, des questions spécifiques auxquelles il faudra répondre pour conclure les discussions sur un nouvel accord au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) du FMI”. Apparemment, entre juin et septembre 2008, aucune avancée significative n’est enregistrée du côté du FMI sur les contrats chinois.
(PKF)
Faustin Kuediasala/Le Potentiel
Last edited: 24/09/2008 17:58:15