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La culture sans critique, c’est la ruine !

Kinshasa, 23/09/2008 / Culture
Si l’œuvre était vraiment personnelle, c’est-à-dire ne s’adressant qu’à l’auteur, pourquoi donc la publier ? La critique est aisée, mais l’art est difficile ? C’est ce que l’on s’entend dire, quand généralement la personne critiquée rejette tout jugement de valeur venant d’autrui. Et pourtant sans la critique, tout créateur court le risque de naviguer à vue. Et cela en dépit de toute prétention de paternité qui hanterait cet auteur.

Comme on dit chez nous de la rivière : « elle a un cours sinueux, parce qu’elle a rejeté tout conseil et n’a pas voulu de compagnon de voyage » ! Or personne n’est parfait, que l’on sache ! Aussi, personne ne pourrait sans danger se suffire de son propre jugement. C’est ainsi que même la plus belle femme du monde interroge son miroir pour adjuger son maquillage ! Ce qui signifie qu’on se réfère toujours à l’avis d’un autre que soi pour mieux appréhender sa création. Ne dit-on pas qu’on a besoin d’un plus petit que soi ?

La critique est un besoin naturel de public

Une œuvre de l’esprit, notamment artistique ou simplement humaine, procède certes du contentement de soi quant au besoin d’expression qui est assouvi. Mais au second niveau, elle s’adresse toujours à un tiers.

C’est le côté social de la nature humaine. Le besoin naturel de tout un chacun d’avoir un public pour asseoir sa conviction.

Mais, dans notre pays, soit par ignorance, soit par déviation culturelle, un phénomène de ville sans doute, l’on n’a pas encore intériorisé cette valeur de la critique d’autrui sur son travail ou son produit. Il en est même de ces mères de famille qui ne souffrent pas que l’on critique leurs enfants sans monter sur leurs grands chevaux ! Un comble en soi… Que se passe –t-il en fait ? Quand la critique pourfend une œuvre, ses fanatiques ou ceux qui l’appuient sans appel, font ensemble un lever de bouclier pour défendre non seulement l’œuvre mais aussi l’auteur.

Ne devrait-on pas comprendre que la célébrité a un prix ? Et que la publication apporte certes une publicité à un travail, mais en plus, le livre à la potence ou à un piédestal selon que l’on aime ou pas ?

Son œil aide le public à mieux voir

Les gens de chez nous qui ont ainsi tendance à indexer la critique comme d’un asticot dans le fruit, d’un jaloux ,ou d’un oisif, devraient absolument reconsidérer leur position pour comprendre que ce mal aimé ne fait pourtant que son travail.

Et il y a un aspect positif à appréhender. Car la critique voit souvent des aspects qui échappent à l’auteur lui-même. Son œil aide ainsi le public à mieux voir. En ce sens, il peut servir valablement de correcteur ou de redresseur quand il y a dérive.

C’est la moindre de sa contribution à l’existence de cette œuvre dont la pérennité peut dépendre d’un paragraphe ou d’une boutade ! C’est comme qui dirait : la critique c’est soit les viva ou la mort subite ! Dans le premier cas, c’est tant mieux pour l’auteur, et dans le second il devrait avoir l’humilité de revoir ses calculs. C’est même une fatalité, car déjà on ne peut avoir tous le même jugement sur une réalité donnée.

D’où sous-estimer ou rejeter le travail de la critique, c’est ne rien comprendre à son approche didactique. Celle-ci pour rester dans les normes et mériter un certain respect se doit non pas d’un postulat de plaire ni de déplaire à tout prix, moins encore d’encenser béatement, mais de mettre en exergue la valeur cachée de l’œuvre ou parfois aussi ses imperfections sans parti pris.

Si l’objectivité n’est pas de ce monde mais la subjectivité plutôt d’après son approche de la question, il y a cependant un dénominateur commun, dans la vision, d’après les courants et les tendances du moment,voire selon la culture de l’époque. Car le critique n’est après tout qu’un homme de son temps, mais qui a un bagage éprouvé de son histoire passé ,présente face aux enjeux d’avenir.

Critiques et créateurs se doivent tolérance et respect

L’on pourrait relever dans le tas l’aspect contradictoire de la démarche de ceux qui redoutent la critique tout en acceptant d’être publié, autrement d’affronter le public.

Si l’œuvre était vraiment personnelle, c’est-à-dire ne s’adressant qu’à l’auteur, pourquoi donc la publier ? Cela signifie en fait que le débat est possible autant que tout œuvre reste en soi un projet de société, donc quelque chose de jamais fini, que l’on peut toujours améliorer.

Aussi, pour des raisons inavouées, du genre de crainte suscitée par des intimidations, des violences et voies de fait de la part de certains artistes musiciens, de leurs gardes-chiourme ou de leurs supporters notamment,le muselage de la critique ne rendrait nullement service à leurs commanditaires. Bien au contraire !

C’est ce qui peut arriver de pire aux créateurs de quelque bord qu’ils soient. Qu’on se le dise ! Mais pour rester positif, les deux parties se doivent respect et considération. Cela relève aussi d’une bonne éducation d’autant que ça contribue au dialogue, à la paix sociale, dans l’apprentissage de la tolérance, de l’art de vivre et de construire ensemble.
Du reste, ne dit-on pas que du choc des idées jaillit la lumière !

(BT/PKF)

Bolenge Ngbanzo/L’Avenir

Last edited: 23/09/2008 18:41:51

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