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L’examen à la plénière de lundi au Sénat de la loi sur les entités décentralisées a donné lieu à un débat fort animé sur la terminologie à adopter de l’intitulé de la loi concerné. Les Sénateurs intervenus ont parlé notamment d’amalgame à éviter entre décentralisation et déconcentration.

Une semaine après la rentrée parlementaire de septembre, le Sénat a donné, lundi le ton de ce que sera cette session, par un débat général sur la proposition de loi portant com­position, organisation et fonction­nement des entités administratives déconcentrées. Initiative du sénateur Jacques Ndjoli, le texte a fait l’objet d’un débat très animé pour ne pas dire passionné. Nom­bre de sénateurs ont jugé la pro­position un peu en retrait de l’ar­senal législatif déjà apprêté par le parlement sur la décentralisation, notamment la loi sur les entités territoriales décentralisées, qui a du reste déjà été promulgué par le chef de l’Etat.

Le président de la commission sénatoriale des relations avec les institutions pro­vinciales et les entités décentra­lisées, le sénateur Luhono, a même indiqué que cette loi posait problème. A la suite de l’honorable Henri-Thomas Lokondo, le sé­nateur Luhono a laissé en tenure que cette loi contenait des contra­dictions avec les lois déjà adop­tées par le parlement et promul­guées par le chef de l’Etat dans le cadre du processus de la décentralisation. Il a ainsi suggéré que l’examen de cette loi soit sus­pendu afin de permettre à la chambre haute de prendre langue avec le gouvernement. On note toutefois que le Sénat avait res­pecté la procédure en la matière, le texte de l’honorable Ndjoli avait ainsi été transmis au gouverne­ment pour observations éventuel­les. A l’échéance constitutionnelle de 15 jours, aucune observation n’est venue du gouvernement ce qui a conduit le bureau de la chambre haute du parlement à enclencher le processus d’exa­men de la dite proposition de loi.

La journée de lundi aura tout de même démontré que rien n’est encore joué pour le sénateur Jac­ques Ndjoli. Nombre de ses collègues sénateurs jugeant assez peu convaincantes les explica­tions fournies déjà dans l’exposé des motifs de la proposition de loi. Le sénateur Mosendu, par exem­ple, a déclaré que l’auteur de la proposition de loi essayait d’exprimer la décentralisation d’une autre façon et donnait l’impression d’éviter d’utiliser certains termes pour bien rendre sa pensée.

Pour l’honorable Nimy, cette proposition de loi repose, une fois de plus, le problème de l’ambiva­lence ou la dualité du pouvoir du gouverneur de province qui est à la fois dans un système décentralisé puisqu’issu des urnes et dans un système déconcentré puisque considéré comme le patron des entités déconcentrées.

Les vérités de H.T. Lokondo

L’honorable Henri-Thomas Lokondo a, quant à lui, commencé par nier le caractère organique à la proposition de loi initiée par le sénateur Ndjoli. A son avis, il s’agit plutôt d’une loi de complément sur la loi organique principale sur les ETD et de la loi sur la libre administration des provinces. C’est ainsi qu’il a estimé que le débat engagé sur la proposition de l’honorable Ndjoli ne devrait pas se détacher de ces principales lois, afin de ne pas casser le cordon ombilical ou le fil conduc­teur qui les lie.

La proposition en examen s’inspirant de l’article 196, alinéa 2 de la Constitution dont l’alinéa I renvoie à l’article 3 de la même Constitution qui consacre la dé­centralisation, l’honorable Lokondo rappelle que l’alinéa 2 de l’article 193 ne parle pas de la dé­concentration qui est une notion différente de la décentralisation. Il indique à ce sujet que la déconcentration est une variante de la centralisation et non un aspect de la décentralisation avec laquelle elle est souvent confondue. Or, a-­t-il rappelé, la RDC est dans un processus de décentralisation. C’est du reste pour ces raisons que le terme « entités territoriales déconcentrées » avait été élagué du texte de la loi sur les ETD et remplacé par  « circonscriptions administratives ».

Pour souligner la nécessité de changer l’intitulé de la proposition de loi de l’honorable Ndjoli, le sé­nateur Lokondo mentionne la con­tradiction flagrante qui existe, selon lui, entre le titre II du titre III aux articles 59, 80, 61 et 62 et la notion même de la déconcentration.

« Comment un administrateur de territoire censé dépendre directement de l’autorité centrale peut-il être place sous l’autorité hiérarchique du gouverneur de province lui disposera, en outre, du pouvoir disciplinaire, d’affecta­tion et d’injonction », s’est de­mandé M. HT Lokondo, appelant que les agents déconcentrés dépendent directement du pouvoir central. Comment un administra­teur du territoire et son adjoint nommés par décret du premier ministre en vertu de l’article loi de la proposition de loi du sénateur Ndjoli, répondrait-il de ses actes devant le gouverneur de province, a ajouté le sénateur Lokondo, qui y voit les germes de la conflictualité. Dans le cadre de la déconcentration, souligne-t-il, l’administrateur du territoire ne peut subir le contrôle d’opportu­nité et de légalité de ses actes par le gouverneur dont il ne dépend pas directement.

Le sénateur élu de Mbandaka a enfin estimé que c’est faire un mélange dangereux que de parler de la déconcentration dans la dé­centralisation. « C’est mettre dans une même assiette deux con­cepts fondamentalement oppo­sés, l’un autoritaire et l’autre dé­mocratique », a-t-il fait savoir. Aussi, pour éviter confusion et amalgame, HT Lokondo a pro­posé que l’intitulé du texte soit reformulé en fonction de l’alinéa 2 de l’article 196 de la constitu­tion, ce qui donnerait comme ti­tre : «  Proposition de loi portant subdivisions territoriales à l’intérieur des provinces ».

Mbadu, Senga, Sessanga aussi

A la suite de HT Lokondo, bien d’autres orateurs se sont inscrits dans cette lignée. C’est le cas de l’honorable Jacques Mbadu qui a émis les mêmes réserves que HT Lokondo. Quant à l’honorable Sessanga, il a estimé que cette loi risquait d’alourdir la charpente de la territoriale mise en place par les autres lois ad hoc sur la dé­centralisation. Pour lui, les enti­tés déconcentrées n’ont pas de compétences propres, mais plu­tôt accomplissent des tâches ad­ministratives et leurs animateurs ne sont que des administratifs. Il n’y a donc pas lieu d’ériger des organes au niveau notamment des territoires, les administra­teurs de territoire étant plutôt des administratifs et non des politi­ques issus des urnes. Le séna­teur Valentin Senga a renchéri dans le même sens, réaffirmant que les entités déconcentrées ne doivent pas avoir d’organes délibérants, qui sont par essence budgétivores. En conséquence, elles doivent être subventionnées et non avoir des budgets propres.

(Ern./PKF)

La Référence Plus

Last edited: 23/09/2008 17:33:45

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