Intégralité du texte du point de presse donné à Goma le jeudi 18 septembre par le président de la République peu avant de repartir du chef-lieu de la province du Nord-Kivu où il avait séjourné près d’une semaine dans le cadre du suivi au front de la situation de la guerre reprise dans cette partie Est du pays.

Voici le texte intégral de l’interview - traduite du swahili en français - que le Chef de l’Etat, le président Joseph Kabila, avait accordée à la presse locale de Goma le jeudi 18 septembre. Le président qui avait reçu la presse au Gouvernorat du Nord-Kivu était sur le point de repartir pour la capitale Kinshasa après son séjour de près d’une semaine à Goma dans le cadre de la supervision de la situation militaire et humanitaire au front de la guerre resurgie à l’Est du pays. Tout en présentant le point sur sa mission, le Chef de l’Etat avait saisi l’occasion de son adresse à la presse pour souligner l’unique détermination de la RDC à restaurer la paix au Kivu conformément au processus visant cet objectif de paix du Programme Amani réaffirmé à cet effet comme seule et unique voie incontournable. Voici, ci-après le jeu de questions et réponses de ce point de presse.
Excellence, Monsieur le Président de la République, nous nous réjouissons que vous décidiez de nous consacrer quelques minutes pour échanger sur votre mission à Goma. Peut-on connaître la principale raison de votre venue actuelle à Goma et à quoi le peuple peut s’attendre à l’issue de votre séjour sur le terrain ?
Merci beaucoup. Que suis-je venu faire à Goma ? Eh bien, ici c’est chez moi ! Ne voudriez-vous pas que je vienne chez moi ? (Sourire). Comme vous le savez : nous avons passé deux semaines ici au mois de Janvier de cette année dans le cadre du suivi de la Conférence de Goma sur la paix et le développement des provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Ce processus aujourd’hui symbolisé par le Programme Amani est parti de la signature le 23 janvier 2008, de l’Acte d’engagement incluant tous les groupes armés et mouvements politico-militaires actifs dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Ceci a nécessité une étape d’évaluation du processus. Pourquoi donc suis-je venu à Goma ? Pour deux grandes raisons.
Premièrement, c’est pour apporter mon soutien et mon encouragement à la population en cette période difficile, en raison de la reprise de la guerre, au moment où nous avions cru aux avancées enregistrées dans le cadre du processus de paix en cours. Deuxièmement, depuis le dimanche 14 septembre dernier, je suis venu étudier, ensemble avec tous nos compatriotes impliqués dans ce processus, les voies et moyens de restaurer dans ces deux provinces la Paix qui est la seule et unique aspiration de nos populations du Nord et du Sud-Kivu. Voilà les deux grandes raisons qui m’ont amené ici.
Tout naturellement aussi, je suis venu également pour réconforter nos militaires engagés actuellement sur le champ de bataille, les encourager à continuer à résister et à résister davantage contre ceux qui perturbent la paix et le Programme Amani.
S’agissant de l’espoir pour la population, je dirai que, d’abord, la population doit garder espoir et confiance en ce que je suis avec elle. Le pays tout entier est avec elle. Toutes les provinces de la République partagent les souffrances actuelles du peuple du Nord et Sud-Kivu. La population doit donc garder sa confiance et son espoir en ce que nous ne la laisserons pas tomber dans cette situation de crise. Nous ne l’abandonnerons pas quelle que soit la situation. Nous ne la laisserons jamais tomber !
Je dois également préciser que nous poursuivrons nos efforts en vue d’un retour rapide de la paix dans cette partie du pays. Toutes les voies seront explorées, toutes les voies possibles. Nous disons que le Programme Amani que nous avons mis en place ensemble avec tous les acteurs reste l’unique cadre habilité à mettre en œuvre le processus de paix actuel. Nous poursuivrons cet effort à travers ce programme que dirige l’Abbé Malu-Malu avec les autres, et nous continuerons à travailler avec les autres partenaires au processus.
Nous venons d’adopter un Plan de Désengagement qui sera appliqué étape par étape, phase par phase. La finalité de ce Plan de Désengagement est la réaffirmation de la volonté de tous les groupes armés signataires de l’Actes d’engagement en janvier dernier, d’arrêter les hostilités, de se désengager afin que les combattants aillent dans les centres de regroupement. La troisième étape consistera à les envoyer dans les centres de brassage.
Qu’adviendra-t-il, Excellence, si le CNDP refusait tout simplement de se conformer à ce Plan de Désengagement ? Quelle disposition avez-vous mise en place pour assurer l’application effective de ce plan ? Autrement dit, quelle mesure envisagez-vous pour faire arrêter la guerre ?
Je ne peux pas parler du seul groupe CNDP uniquement. Je tiens à vous dire que nous les contraindrons à rejoindre le processus de paix. Parce que c’est l’unique voie de sortie de crise. Nous tous avons convenu en janvier dernier que seule la paix était la voie idéale de restauration de la stabilité au Nord et au Sud-Kivu. Tous les autres sont d’accord avec cela. Cependant, nous avons travaillé pendant ces quelques jours sur les voies et moyens d’imposition de ce Plan de Désengagement sur le terrain.
On ne peut plus continuer avec ce jeu de football, non ! Nous sommes fatigués ! Nous ne pouvons pas continuer à exposer nos populations à la souffrance et à la mort, non ! Ce jeu doit s’arrêter. Et la paix doit être rétablie, je l’ai dit, par tous les moyens possibles. De préférence, nous voulons privilégier la voie que nous nous sommes tous convenue, le processus de paix du Programme Amani.
Excellence, existe-t-il un différend entre votre personne et la journaliste de RFI Ghislaine Dupont qui a parlé en mal de votre séjour à Goma. Peut-on connaître votre opinion sur ses affirmations et quelle réponse vous avez compté lui réserver sur tout ce qu’elle a communiqué. La deuxième préoccupation consiste à savoir ce que le Gouvernement de la République planifie en terme d’aide aux milliers des déplacés internes actuellement dans des camps.
C’est regrettable qu’une telle information ait été fabriquée par la journaliste, mais comment s’appelle-t-elle encore ?
Ghislaine Dupont !
Je ne la connais pas. C’est regrettable. Je n’ai jamais connu de problème avec personne et c’est vraiment regrettable qu’une telle information ait été faussement inventée. Pour répondre, je vous dirai que je n’ai de problèmes avec personne. De deux, il est de la responsabilité du Gouvernement de la République de venir en aide à notre population se trouvant dans des camps des déplacés. Raison pour laquelle j’ai fait venir jusqu’ici les ministres des domaines concernés, afin qu’ils viennent tout d’abord vivre la réalité sur le terrain. Qu’ils constatent l’ampleur de la catastrophe, car beaucoup d’entre eux n’avaient pas encore vécu la réalité sur le terrain. Il fallait donc qu’ils viennent voir la réalité en face.
Mais avant même que je ne les fasse venir à Goma, nous avions déjà alloué des fonds importants à la prise en charge d’urgence de nos compatriotes dès la semaine qui commence et cela, à travers le Programme Amani. Donc, non seulement nous recherchons la paix par tous les moyens, mais aussi, nous voulons aider nos frères à survivre pendant ces moments de crise. Les autres intervenants humanitaires pourront certainement venir en appui à cette action.
Excellence Monsieur le Président, quel est l’état des relations entre la République Démocratique du Congo et la République du Rwanda aujourd’hui ? Le Rwanda est-il innocent dans ce qui se passe au Kivu actuellement ?
Laissez-moi vous dire que nous développons de très bonnes relations avec l’ensemble des pays qui nous entourent. Vous le savez bien : la RDC partage la frontière avec neuf pays. Pour cela, je ne souhaiterais pas qu’on se limite à ne parler que d’un seul pays. Nous avons d’excellentes relations avec la République Centrafricaine, le Congo-Brazzaville aussi. Avec l’Angola nous partageons de très bonnes relations diplomatiques. C’est le cas également avec la Zambie, la Tanzanie ou encore le Burundi avec lequel nous sommes entrain de construire des relations de confiance.
Le processus de normalisation de nos relations avec l’Ouganda s’intensifie avec différents contacts et missions déjà réalisés. Nos deux pays travaillent désormais ensemble dans des commissions ad hoc. Et nous avons de parfaites relations avec le Soudan. Au sujet du Rwanda, nous avons en commun plusieurs mécanismes de normalisation de nos relations diplomatiques. Malheureusement, tous ces mécanismes n’ont pas encore produit les résultats voulus en termes de normalisation de nos relations diplomatiques.
Maintenant que le Nord-Kivu et le Sud-Kivu font face à une nouvelle guerre, et je suis d’accord avec vous lorsque vous me dîtes que le Rwanda n’est pas innocent dans la crise actuelle. Mais en dépit de cela nous poursuivons cet effort de normalisation de nos rapports diplomatiques jusqu’à ce que nous parvenions à parfaire ces relations. Il est cependant important de retenir qu’aussi longtemps que notre pays subira des crises sécuritaires comme celle que nous vivons actuellement, il sera difficile de construire des relations de confiance.
Il faut tout d’abord mettre fin à la crise. Et la crise, c’est la guerre ! La crise, ce sont les milliers de nos compatriotes déplacés internes et réfugiés parmi lesquels beaucoup sont exposés à une mort gratuite. C’est lorsque ces problèmes trouveront une solution qu’il sera temps d’interroger nos relations communes. Nous n’avons pas de problème de cette nature avec tous les autres pays que j’ai cités plus haut. Sur ce, le ministre des Affaires Etrangères va poursuivre son travail, celui de la réaffirmation de notre volonté d’aller vers cet objectif.
Excellence Monsieur le Président, vous avez parlé de la situation sécuritaire, mais que dîtes-vous à la population au sujet des affrontements actuels ? Doit-elle rester calme, en paix ? Puisque vous êtes venu faire la paix !
Je suis venu rechercher la Paix. Ma réponse au sujet de la guerre qui a eu lieu, la guerre qui aura lieu, reste la même : nous n’abandonnerons pas notre population. C’est regrettable de constater que les hostilités ont repris pendant que nous avions déjà signé les Actes d’engagement. C’est grave. Néanmoins, ce que notre population doit retenir : c’est que nous ne ménagerons aucun effort pour la sécuriser. Nous allons déployer davantage d’efforts pour la stabilisation de notre peuple et de notre pays. Je vous remercie.
(PKF)
SL/MMC
Last edited: 24/09/2008 15:06:25