Le programme Amani est réellement en panne. Le constat est sans équivoque depuis la reprise des hostilités la nuit du mercredi 27 août dernier entre les éléments des Fardc et ceux du Cndp de Laurent Nkundabatware dans le Nord-Kivu. Fait curieux, la situa­tion récurrente observée ces deux derniers mois dans cette partie du pays est chaque fois créée par les mêmes per­sonnes qui mettent en mal l’es­poir de paix naissante.

A cette même période l’année passée, le Cndp avait embrassé cette zone alors que le processus du ”mixage” réclamé par lui semblait restau­rer la paix dans l’Est. Contre toute attente, les éléments mixés issus du Cndp s’étaient révoltés contre Kinshasa et re­pris le chemin du maquis sac­cageant tout sur leur passage. Dans le Masisi, des édifices et autres installations d’intérêts publics ont été endommagés par ces éléments qui n’ont pas hé­sité de tuer en masse des po­pulations civiles dans leur pro­gression.

Des fosses communes avaient été découvertes par-ci par-là dans des positions na­guère tenues par ces éléments qui s’étaient vigoureusement opposés au processus du brassage au profit du mixage. Aujourd’hui, c’est le pro­gramme Amani qui est à son tour saboté au moment où l’on croyait cheminer finalement sur la bonne voie. Non seulement Nkundabatware avait embrassé le processus de janvier 2008 à Goma, et les autres seigneurs de guerre qui opèrent dans la région ont signé l’acte d’enga­gement.

Depuis cette date, toutes les parties concernées, la facilitation comprise, siégeaient au sein des structures du pro­gramme Amani jusqu’au 28 août lorsque le Cndp a réellement poignardé “Amani “ après de multiples fugues. Pire, la dernière déclara­tion en date de l’envoyé spécial de l’Union européenne dans les Grands lacs, Roland Van de Geer n’est guère rassurante. Comme tout le monde, Roland Van de Geer reconnaît” une crise grave dans le processus de Goma ”. Mais contrairement à tout le monde, le représentant de l’Union européenne essaie d’habiller laborieusement sa déclaration dans un langage di­plomatique qui convaincrait les naïfs. En bon diplomate, Ro­land Van de Geer tente de se rattraper en indiquant que” (...) la facilitation internationale est en contact avec toutes les par­ties concernées “. Et de pour­suivre qu’ils (facilitation) ont (...) reçu de groupes armés des assurances de leur vo­lonté de poursuivre l’en­gagement qu’ils ont pris à Goma (...) “, ainsi que de la part du gouverne­ment.

Ce dernier qui ne peut normalement ver­ser dans des actes dé­loyaux paraît mains et pieds liés à tous ces accords qui prônent la voie pacifique dans la résolution de la crise de l’Est. Et apparaît finalement faible par rapport aux bandits sans lois ni morale qui peuvent mal­heureusement se permettre tout, jusqu’à avaliser leurs points de vue par la Communauté in­ternationale. Nkundabatware a réclamé le mixage en lieu et place du brassage de ses troupes, il l’a obtenu avant de cracher des­sus. Il exige maintenant des né­gociations directes avec le gou­vernement à la place du pro­gramme Amani, il aura proba­blement le soutien de ceux-là qui maintiennent le contact avec toutes les parties afin de” (...) promouvoir une solution pacifi­que pour sortir de la crise ac­tuelle ”.

Au nom de la fameuse paix, ces négociations auront éventuellement lieu et la crise actuelle” probablement enter­rée. Et après ? L’envoyé spé­cial de l’Union européenne sait pertinemment bien que la région n’est pas à sa première crise créée par les mêmes individus. Il y a à craindre qu’après avoir accédé à cette dernière reven­dication, celle-ci n’engendre une autre. Ainsi de suite et jusques à quand? Pas plus tard qu’hier, le gouvernement a accepté le plan de désengagement proposé par la Monuc. Mais le Cndp l’accep­tera-t-il sans plus d’autres conditions? Les populations du Nord-­Kivu et Sud-Kivu ont besoin de voir clair et de vivre en paix.

(DN/Th/GW/Yes)

P.M.L./L’Avenir