Le président de la République qui poursuit à partir de Goma son inspection de la situation de la guerre resurgie dans les Kivu consulte sans arrêt autant ses collaborateurs militaires et civils présents autour de lui que les représentants des groupes armés directement concernés par la crise

Le Chef de l’Etat, garant de la Nation et de l’intégrité territoriale de la RDC, campe depuis bientôt une semaine à Goma, le chef-lieu de la province du Nord-Kivu et la ville qui stigmatise la menace de la déstabilisation non seulement de l’Est, mais de tout le pays, du fait de l’aventure guerrière du dissident rwandophone Laurent Nkunda ouvertement soutenu dans ses funestes desseins par le belliciste dirigeant rwandais Paul Kagame en personne. Depuis la reprise des hostilités entre les hommes de Nkunda et les forces régulières des FARDC, le président Joseph Kabila s’est mobilisé pour suivre l’évolution de cette crise sur terrain au front de Goma.
Il y a été rejoint, outre les membres du comité de suivi de l’application du Programme Amani piloté par l’Abbé Malu Malu, par le président de l’Assemblée nationale, les ministres respectivement de l’Intérieur, de la Défense nationale et par moments celui des Affaires étrangères. Ont aussi rejoint le Chef de l’Etat les représentants de la Communauté internationale, notamment les ambassadeurs des pays qui accompagnent la RDC dans son processus de stabilisation depuis la transition. C’est en fait toute une cellule de crise qui ne dit pas son nom qui est à pied d’œuvre autour du Président de la République.
Généraux, chefs de guerre et société civile mobilisés !
Il va sans dire que c’est à la minute près qu’est continuellement examinée l’évolution de la situation par toutes les parties que le Chef de l’Etat ne cesse de consulter à cette fin. Dans le lot sont comptés évidemment, outre les collaborateurs précités et les partenaires extérieurs, les responsables des groupes armés qui avaient déjà été réunis à son temps au début de l’année lors de la Conférence de Goma sur la paix, la sécurité et le développement des deux provinces du Nord et du Sud-Kivu, conférence, on le sait, qui fut expressément convoquée sur initiative personnelle du président Joseph Kabila et dont le principal acquis fut justement l’Acte d’engagement pour la paix signé par tous les protagonistes, ainsi que leur implication unanimement acceptée dans le Programme Amani.
Puisqu’il existe ainsi un protocole d’engagement pour la paix, la première tache dans le contexte de la crise ressurgie ne pouvait consister qu’à réexaminer les causes qui ont bloqué l’évolution du Programme Amani. Le Chef de l’Etat s’y attèle avec tout le restreint brun-trust qu’il a appelé autour de lui. Mercredi encore, il consultait en réunion élargie aux différents responsables des groupes armés, de même les principaux chefs militaires dirigeant les opérations au front, des respectables généraux des FARDC, tout comme des membres de la société civile du Nord-Kivu.
La population locale pour sa part n’avait pas manqué de se manifester. Il a été signalé à ce propos une série de marches organisées notamment par des étudiants d’instituts supérieurs tant à Goma qu’à Bukavu au Sud-Kivu pour exprimer leur ras-le-bol devant la situation de guerre qu’entretient perfidement le dissident Nkunda et ses hommes du CNDP. D’autant que même dans les circonstances actuelles où de groupe armé est bien pointé comme principale cause de la crise, ses responsables osent se pavaner de diversions intolérables. D’abord sur le terrain militaire où ils entretiennent la confusion en indiquant d’un côté une volonté de cessation des hostilités avec l’annonce trompeuse de retrait des positions querellées avec les FARDC, et d’autre part en perpétuant des attaques armés à plusieurs autres fronts. Ensuite sur le plan politique où le CNDP droit pouvoir duper encore le pouvoir en sollicitant des négociations séparées avec les autorités de Kinshasa sur un terrain neutre à l’extérieur du pays.
Cette prétention du CNDP démontre clairement les desseins de diversion que Nkunda nourrit pour continuer à flouer tout le monde. Rien de plus normal que la partie pouvoir y oppose un refus catégorique. Une négociation séparée n’est plus à l’ordre du jour, selon l’entendement bien martelé du camp présidentiel qui insiste à bon droit sur le préalable du désengagement des troupes tel que convenu aussi bien dans l’Acte d’engagement de Goma que dans les prescrits du Programme Amani.
Les esprits avisés perçoivent que, une fois de plus, le CNDP qui joue mal sa partition, tient à gagner du temps, pour contourner les échecs actuels de ses projets qui ne cadrent pas du tout avec les acquis et de l’Acte d’engagement et du Programme Amani. Susciter des négociations séparées par lesquelles le CNDP compte se prévaloir d’un poids d’interlocuteur privilégié et égal au pouvoir à Kinshasa n’est que de la surestimation inacceptable. Nkunda qui joue d’ailleurs sur deux claviers à ce propos tente vainement de manipuler et la carotte et le bâton en cajolant d’un côté le pouvoir et en entretenant la tension sur terrain, d’autre part, avec la poursuite d’attaques. Ce jeu devient trop connu et risque de ne plus servir sa cause. Il embarrassera d’ailleurs de plus en plus ses protecteurs tant à Kigali que dans la communauté internationale.
Si les subterfuges de Nkunda perdurent, à la longue elles finiront par énerver ses protecteurs tapis à l’ombre pour les pousser à la faute du dévoilement de leurs masques. Kagame l’a déjà fait d’ailleurs avec ses déclarations au journal Le Soir quand il profère son dépit à poursuivre des consultations avec Kinshasa autour de ce cas de la guerre de Nkunda.

Reste les partenaires de la communauté internationale qui vont être poussés eux aussi à l’ultime franc jeu dans cette crise. Sans doute la patience de Joseph Kabila pourra alors payer, même si sa tactique a souvent été mal comprise et même prise pour de la faiblesse. L’heure de vérité finit toujours par sonner pour qui ne sait prendre gare devant les stratèges conjuguant avec le temps à leur compte. “ Patience et longueur de temps, avait déjà proclamé le fabuliste, font plus que force ni que rage ”.
Alan Doss encore à la rencontre de Joseph Kabila à Goma !
Le représentant spécial du secrétaire général de l’Onu en RDC et chef de la Monuc, M Alan Doss ainsi que le général Babacar Gaye commandant des forces de la Monuc sont repartis mercredi à Goma pour une séance de travail avec le chef de l’Etat, Joseph Kabila ainsi qu’avec ses collaborateurs du gouvernement sur la mise en place rapide d’un plan de désengagement entre les belligérants où la Monuc aura à jouer un rôle important.
A cette rencontre prendront part plusieurs ministres et une délégation de la facilitation internationale composée des représentants en RDC des Etats membres du Conseil de sécurité de l’Onu, de l’Union européenne et de l’Union africaine.
Ces précisions ont été fournies par la porte-parole de la Monuc, Mme Sylvie van den Wildenberg au cours du point de presse de mercredi. Cette dernière n’a pu confirmer, cependant, la participation à cette rencontre de Goma de la délégation du CNDP de Laurent Nkunda qui a exigé le dialogue direct avec le gouvernement.
Le rendez-vous fait suite à la réunion de dimanche dernier. Il devrait aborder la question sécuritaire dominée par plusieurs violations du cessez-le-feu consécutif à l’accord de Goma. A ce sujet, les deux camps, notamment le CNDP et les FARDC, se rejettent la responsabilité des hostilités.
La porte-parole de la Monuc a également rappelé les dernières déclarations d’Alan Doss sur la nécessité absolue du respect des engagements et du cessez-le-feu, du respect des populations civiles et de la protection des femmes et des enfants. L’examen du plan complet de désengagement qui nécessite la séparation des forces en présence pour stabiliser le processus de paix serait, dit-on, au coeur des débats qui se sont déroulés hier à Goma.
A une question sur les affrontements qui se déroulent pour le contrôle de Kiroshe, localité située près de Sake, dans le territoire de Masisi, le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich a confirmé que le retrait des troupes du CNDP s’est effectué parallèlement aux combats qui se poursuivent.
Le porte-parole militaire de la Monuc, le lieutenant-colonel Jean-Paul Dietrich a, par ailleurs, donné quelques précisions sur les activités militaires dans les territoires de Rutshuru et de Masisi où plusieurs violations de cessez-le-feu ont été observées par la Monuc. Celle-ci est intervenue à Rubaya pour permettre aux FARDC de reprendre le contrôle du terrain dans cette localité du Nord-Kivu.
Kamerhe annonce l’approbation du plan de désengagement du Programme Amani
Le gouvernement et la facilitation internationale ont approuvé mercredi, à Goma, dans la province du Nord-Kivu, le plan de désengagement présenté par la Monuc. Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, l’a annoncé, rapporte radiookapi.net. Ce plan comprend deux phases. La phase de consolidation du cessez-le-feu et le désengagement proprement dit. Il définit, notamment, les zones de désengagement, le retrait des forces et le rétablissement de l’autorité de l’Etat, a indiqué Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale.
Concrètement, dans un premier temps, les forces et les groupes armés engagés dans le conflit actuel doivent prendre du recul et laisser une zone démilitarisée au sein de laquelle la Monuc et la police vont se déployer et contribuer à la restauration de l’Etat. Suivra ensuite l’étape du regroupement des troupes dans des centres. Sur place, il sera question d’identifier tous les combattants et de permettre à chacun de choisir entre le brassage et la démobilisation.
L’adoption de ce plan de désengagement a eu lieu à l’issue d’une séance de travail avec le président de la République précédée d’une grande réunion dans la matinée à laquelle ont pris part Denis Kalume, ministre d’Etat de l’Intérieur, Mbusa Nyamwisi, ministre des Affaires étrangères, Chikez Diemu, minitre de la Défense et de l’abbé Apollinaire Malumalu, coordonnateur du Programme Amani, côté officiels congolais, ainsi que M. Alan Doss de la Monuc, des représentants de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs des Etats-Unis.
Avant son adoption par le gouvernement et la facilitation internationale, ce plan a été soumis à l’appréciation des dirigeants du CNDP par la facilitation internationale, à Kimoka, à plus de 27 kilomètres de Goma.
Contacté à ce sujet, Bertrand Bisimwa, rapporteur du bureau politique du CNDP, indique que son mouvement est actuellement entrain d’étudier ce projet du plan de désengagement en vue d’y apporter des amendements. Toutefois, le mouvement de Laurent Nkunda souhaite que ce document soit traité dans le cadre des négociations directes avec le gouvernement dans un pays neutre.
Pour Vital Kamerhe, tous les groupes, signataires des actes de Goma sont tenus désormais à réaffirmer le cessez-le feu.
(DN/Yes)MMC/Le Potentiel
Last edited: 18/09/2008 17:27:31