Faute de relations diplomatiques entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, les deux pays s’étaient déjà engagés dans la voie de leur normalisation. Ils n’ont pas beaucoup évolué dans cette démarche, celle-ci ayant été, comme on le sait depuis quelques jours, brutalement rompue par le fait des déclarations pour le moins peu diplomatiques du président rwandais Paul Kagame.

Il n’as pas mis des gants pour dire, comme si on avait vraiment de son avis, ce qu’il pense, lui Kagame, des Forces armées de la République Démocratique du Congo (Fardc) et qui l’eut imaginé ? -du président congolais Joseph Kabila. Inutile de revenir sur ces déclarations, non seulement parce qu’elle sont inutiles et répétitives, mais aussi et surtout parce ce serait faire trop de place au soleil au président rwandais sur qui sont focalisés tous les projecteurs de l’actualité en raison justement de ses relents bellicistes à n’en jamais finir vis-à-vis de notre pays.
Il n’en fallait pas plus pour soulever une levée de bouchers de la part de Kinshasa par le ministre des Affaires Etrangères et de la Coopération internationale, Antipas Mbusa Nyamwisi interposé.
Mais pour timorée qu’ait pu être la réaction du chef de la diplomatie congolaise, il faut noter qu’elle a le mérite à la fois de la clarté et de la circonscription. Clarté dans la mesure où l’on sait que les propos à la limite outrageants de Kagame consacrent la rupture dans l’espace du président Kagame avec le président Kabila, selon Mbusa.
C’est dire aussi que, au delà, entre Kigali et Kinshasa, le processus de normalisation des relations diplomatiques a été sinon interrompu, en tout cas rompu.Net. Pour combien de temps ? Nul ne saura le dire, parce qu’il faut compter avec la versatilité de l’interlocutoire d’en face.
Circonspection parce que l’impression qui se dégage de cette réalisation qui se dégage de cette réaction semble laisser la porte entrebâillée à un dialogue toujours possible et même indispensable, imposé par les liens historiques, entre le Rwanda et la RD.Congo.
C’est d’autant plus vraisemblable que du côté tant de la présidence de la République directement concernée par le tapage médiatique du pontife de Kigali que de la primature en charge de la gestion des affaires gouvernementales, le silence assourdissant qui s’y observe peut laisser penser qu’on y privilégie plutôt l’apaisement.

Quitte à ramener Kagame à l’esprit et la lettre du pacte de Nairobi, mais à mal par ses déclarations inconsidérées et inopportunes comme semblent l’attester les pressions de la communauté internationale sur les autorités congolaises.
La question maintenant est de savoir comment devra-t-on concilier l’impératif de la normalisation avec Kigali quand tout indique clairement que la force (et l’orgueil) de Nkundabatware vient du soutien que lui apporte le Rwanda.
Quand Kagame affirme que les 3.000 hommes de Nkunda n’ont qu’à se servir des armes laissées (NDLR: sur le champ de bataille) par 20.000 soldats congolais, c’est dire qu’il réfute sans convaincre un grand monde son implication, mieux, son soutien logistique au général dissident comme l’en accuse Kinshasa.
La fermeture de la frontière à Buragama n’est pas étrangère à ce soutien. Ramener Kagame à l’esprit du pacte de Naïrobi sur la stabilité et la paix dans la région des Grands Lacs suppose aussi obtenir qu’il accepte aussi de faire le déplacement de Kinshasa où est prévue, en décembre prochain, la conférence internationale sur la paix dans la région tumultueuse des Grands Lacs.
A ce sujet, sa position est déjà connue, il sera présent aux abonnés absents. En voilà donc un qui dit une chose et son contraire à la fois.
Le jeu du chat et de la souris
Quand cela lui plait, Paul Kagame avoue plaider pour la reprise des relations diplomatiques entre son pays et le nôtre, se déclare favorable au retour sans condition au Rwanda des éléments des FDLR et à la restauration d’un climat de paix dans la région des Grands Lacs.
C

ela, c’est le côté cour. Mais côté jardin, le président rwandais n’est nullement intéressé par la normalisation des relations entre Kigali et Kinshasa, au risque d’être contraint, en aval, d’accepter le principe du rapatriement, degré ou de force, des FDLR dont il redoute la présidence au Rwanda pour la stabilité de son pouvoir autocratique. Et d’un de deux, l’exigence de l’organisation d’un dialogue inter-rwandais présage, toujours en aval le partage de pouvoir et, au finish, l’organisation également des élections à tous les niveaux. En filigrane apparaît, pour Kagame, scier la branche du pouvoir sur laquelle il est royalement assis.
Et de trois enfin, la paix et la stabilité dans la Région des Grands Lacs sont susceptibles de lui ôter son intention de perpétuer la présence au Congo des FDLR et autres Interhamwe, mais aussi et surtout de compromettre les interventions militaires du Rwanda chez nous et, au-delà, ses visées expansionnistes sur une partie de l’Est de la RDC.
Non seulement pour s’assurer l’exploitation à qui mieux- mieux des richesses naturelles du sol et du sous-sol dont regorge l’Est du pays, mais aussi ne l’oublions pas pour offrir un espace vital aux pasteurs rwandais toujours en quête de terres plus étendues et plus fertiles. Pour y parvenir avec un tantinet de chance de succès, le président rwandais à besoin d’une passerelle et Laurent Nkunda peut bien jouer ce rôle, étant pourvu en moyens par le pouvoir de Kigali tourne Kinshasa en dérision en l’impliquant subtilement dans le jeu du chat (le Rwanda) et de la souris (la RDOC).
Voilà pourquoi la seule volonté de mener à son terme le programme “ Amani (entendez la paix) ne suffit pas. Il est impératif d’y mettre aussi la force des armes et les moyens qu’il faut pour conforter cette force.
Au risque de paraître faibles comme peut-être amener à le penser Kagame. Sans doute que la visite d’inspection de Joseph Kabila, commandant suprême des FARDC à Goma le week-end dernier tombe- t- elle comme un confort moral aux troupes loyalistes. Elles en avaient tant besoin.
(SL/Ern./GW/Yes)Jeff Kalambaie/Uhuru
Last edited: 16/09/2008 16:49:17