Lettre ouverte de l’archevêque d’Afrique du Sud et Prix Nobel de la Paix, Mgr Desmond Tutu, au président de la République Joseph Kabila, pour recommander à ce dernier de s’impliquer personnellement dans la lutte contre le VIH/Sida en RDC
Le célèbre archevêque sud-africain Desmond Tutu a adressé une lettre ouverte au chef de l’Etat congolais Joseph Kabila. Dans cette lettre datant du 25 août de cette année, le prélat sud-africain appelle le numéro un congolais à accorder une attention particulière aux personnes vivant avec le VIH/Sida.
Desmond Tutu demande à J. Kabila d’apporter une assistance aux malades du sida congolais en leur garantissant par exemple ; la gratuité du dépistage du VIH/SIda, des soins médicaux et des médicaments ; des soins à domicile, ainsi que du soutien nutritionnel et psychologique.
La RDC, qui est également l’un des pays touché par le V/H/sida et qui compte plus d’un million de personnes infectées doit, selon l’archevêque sud africain, éviter les erreurs commises par son pays, l’Afrique du Sud, en matière de lutte contre le Sida.
Conscient du danger que guette la RDC, Desmond Tutu invite Joseph Kabila à s’impliquer personnellement dans la lutte contre le Vih/Sida pour épargner les Congolais de ce fléau mondial.
Ci-dessous, l’intégralité de la lettre de l’archevêque sud-africain.
Lettre ouverte à son Excellence, Monsieur Joseph Kabila, Président de la République démocratique du Congo
Monsieur le Président, Permettez-moi tout d’abord de saluer tous vos accomplissements en tant que Président de la République démocratique du Congo. Les efforts que vous avez déployés en faveur de l’établissement de la paix et de l’organisation des premières élections démocratiques jamais tenues dans votre pays ont été couronnés d’un succès éclatant. Il demeure, toutefois, des défis à surmonter aujourd’hui et demain pour assurer la santé et le dynamisme de la démocratie congolaise. Je n’ai aucun doute que vous parviendrez à les relever.
Comme vous le savez, mon pays, l’Afrique du Sud, s’efforce depuis un certain temps déjà de trouver une solution à la pandémie du VIH/SIDA qui décime des communautés entières de notre continent. Si nous commençons à voir quelques changements positifs sur le plan de la prévention et du traitement du VIH/SIDA en Afrique du Sud, nos échecs résident dans la politique de déni et le refus d’affronter le problème qui ont coûté la vie à des millions de personnes. Les progrès que nous observons aujourd’hui sont le fruit des efforts mis en oeuvre par des personnes vivant avec le VIH/SIDA ou atteintes du virus, qui ont uni leurs voix au sein de la société civile pour réclamer le respect de leur droit à l’information, à la santé et à la vie. C’est dans cet esprit que je voudrais ajouter la voix à celles des organisations de la société civile en RDC, telles que l’AJEDI-Ka/PES, qui sollicitent votre engagement pour mettre fin au fléau silencieux du VIH/SIDA qui est aggravé par la guerre et la pauvreté extrême.
Comme vous le savez plus de 1,3 millions de personnes vivent avec la VIH/SIDA en RDC. Plus de 100 000 sont mortes du SIDA et plus de 930 000 enfants ont perdu un ou leurs deux parents du fait de cette maladie évitable qui sans l’intervention du gouvernement, a le potentiel de tuer des millions de personnes. Et pourtant, 95 % des malades ayant besoin d’un traitement antirétroviral n’ont pas accès aux médicaments qui pourraient leur sauver la vie. A écouter les histoires des gens vivant avec le VIH/SIDA qui sont présentés dans la vidéo “ Attendre demain ” (produite par AJEDI-Ka/PES et WITNESS), je ne peux m’empêcher de penser à la génération de Sud-Africains que nous avons perdue dans cette pandémie et aux courageux survivants qui se sont levés pour exiger de nous que nous agissions. C’est pour cette raison que je me sens tenu d’en appeler à vous pour renverser le cours de cette crise naissante.
Seule une politique résolue et une pratique vigoureuse, ainsi que la priorisation de cette question au niveau gouvernemental, permettront d’accélérer la lente marche vers l’accès universel à la prévention, au traitement, aux soins et à l’assistance nécessaire. Le gouvernement du Congo, soutenu par la communauté internationale, peut s’acquitter de ses obligations internationales en prenant toutes les mesures pour garantir les droits des personnes vivant avec le V/H/S1DA, notamment le droit à la santé et le droit à l’information sur la prévention, le dépistage et le traitement, ainsi que le respect des promesses formulées dans le cadre des objectifs du Millénaire pour le développement. Aussi, je vous exhorte respectueusement à garantir la gratuité du dépistage du VIH/SIDA, des soins médicaux et des médicaments, y compris des soins à domicile, du soutien nutritionnel et psychologique pour ceux vivant avec le VIH/SIDA; à entreprendre et à vous impliquer personnellement dans une campagne de sensibilisation nationale sur le de pistage et la prévention, notamment à l’attention des femmes et des jeunes, à mettre en oeuvre des activités de sensibilisation et une législation pour mettre fin à la discrimination contre toutes les personnes atteintes de la maladie; et à construire les infrastructures essentielles pour garantir l’accès à l’assistance médicale.
Monsieur le Président, face à l’espoir d’une démocratie et d’une paix renouvelées en République démocratique du Congo, je vous exhorte à tirer les enseignements des erreurs commises en Afrique du Sud et à agir dès à présent pour mettre fin à la propagation de cette maladie mortelle. Mon soutien tout entier est derrière vous dans ce combat.
Que Dieu vous bénisse.
Archevêque Desmond Tutu
(DN/Milor/GW/Yes)L’Observateur
Last edited: 15/09/2008 15:21:42