Les tenants et aboutissants de la nouvelle crise relancée par les affrontements resurgis au Kivu au centre des consultations que les représentants de la communauté internationale ont décidé d’avoir avec le président de la république qu’ils ont rejoint à cet effet dimanche à Goma

La situation à l’Est de la Rdc s’est compliquée avec les hostilités ouvertes par le mouvement de Laurent Nkundabatware. Personne ne peut dire aujourd’hui avec précision pour quelles raisons ce mouvement a été obligé de rompre la trêve qui a été imposée aux parties après la Conférence de Goma.
Cette situation est également compliquée en partant du fait que l’on parle de l’avancée des troupes du Cndp et des positions conquises sans jamais dire où l’armée nationale a-t-elle battu en retraite laissant ses positions aux insurgés du Cndp. Elle est également compliquée lorsqu’on sait qu’il existe une zone tampon qui est sensée être sous la surveillance de la force neutre de la Monuc. Comment les insurgés du Cndp ont-ils franchi cette zone tampon pour aller au-delà de ses positions ? Où étaient les forces de la Monuc, dont le nouveau credo est " l’interposition conformément à l’Acte d’engagement " de Goma ? On constate donc que même dans le cadre de cet acte d’engagement, la Monuc a failli à sa mission. La Monuc est pour la paix. Soit. Mais que fait-elle lorsqu’une partie viole la paix ? Plus clairement, qu’est-ce que la Monuc a fait devant les hommes de Nkundabatware qui sont sortis de leurs positions ? Les réponses à ces questions sont absentes.
On ne les attend pas de sitôt tant que l’on ne se sera pas libéré de la logique selon laquelle, Nkundabatware aurait la pleine responsabilité de ce qu’il fait et que la présence des troupes du Cndp est un fait national, c’est-à-dire une manifestation pour exprimer une aspiration nationale.
La clé aux interrogations
Quiconque serait tenté de répondre à ces questions, doit au préalable apporter de la lumière sur l’opportunité de ces hostilités en rapport avec le cahier de charges du Cndp. Il doit également justifier la coordination des faits entre cette ouverture des hostilités et les déclarations du président rwandais, Paul Kagame. Les observateurs avertis sont d’avis qu’il y a une pédagogie derrière cette initiative des hostilités de la part du Cndp.
La dernière guerre est menée au moment où l’opinion congolaise est lassée par le programme Amani. Car, ce programme qu’on avait voulu comme solution au problème à l’Est de la Rdc se présente désormais comme une vraie pesanteur à la paix. Le Cndp est utilisé justement comme instrument pour empêcher le programme Amani de démontrer ses limites. Tant que ce programme aura prétexte sur le retrait du Cndp et la nécessité de le voir revenir, il se fera bonne conscience en faisant croire qu’il suffirait du retour de Nkundabatware au programme pour que tout revienne à la normale. C’est un vrai mirage. Cette guerre a fait réfléchir.
Au moment où la Monuc demande au Cndp de regagner ses positions, aucun bilan n’est présenté. On ne dit même pas quelles sont les localités conquises par le Cndp qui auraient été des positions des Fardc ? Le résultat visé a été atteint. Apparemment, le souhait était de démontrer que les Fardc n’étaient pas en mesure de combattre le Cndp. La preuve, se dit-on, c’est que le Cndp aurait fait un parcours sans encombre.
Une propagande contre les Fardc
Les Fardc, elles, fait comprendre la propagande, n’auraient conquis aucune position. Cela non pas parce que les Fardc sont restées à leurs positions par respect de l’Acte d’engagement, mais plutôt elles n’auraient fait que reculer. Comme si cela ne suffit pas, l’accent a été mis sur le pillage de Minova par les soldats de l’armée nationale. Tout a été fait pour démobiliser l’opinion et saper le moral des troupes. Pour quelle raison ?
Quand la Monuc se félicite du retrait unilatéral des troupes du Cndp, elle fait comprendre à l’opinion nationale congolaise que non seulement le Cndp peut tout faire, mais aussi, rien ne peut l’arrêter. La preuve c’est qu’il a décidé librement de se retirer des positions conquises. Moralité, avec une armée incapable de se défendre, il ne peut être question de penser au retrait de la Monuc dont le mandat se termine en décembre prochain.

Clairement, la dernière guerre a eu pour motivation de faire peur aux Congolais et de dissuader ceux qui seraient tentés de s’inscrire dans la logique selon laquelle on peut mieux se tirer d’affaire sans Monuc. Car, la neutralité négative de cette force de l’Onu non seulement limite l’action du gouvernement, mais aussi met en cause la souveraineté nationale de la Rdc.
L’opinion craint que la crise prolongée finisse par d’abord décourager les Congolais d’autres provinces. Ce qui serait une façon de les préparer au fait accompli le jour où, la communauté internationale, comme au Kosovo et ailleurs, acceptera l’autonomie d’un certain peuple à l’Est. Car, se dira-t-on, toutes les solutions ayant échoué, la cohabitation au sein du grand Congo est devenue impossible. Car, sans armée en Rdc, la solution militaire est inenvisageable. Les négociations elles, ont échoué également. L’autonomie sera alors présentée comme la solution ultime. On peut réellement se poser la question de savoir pourquoi la communauté internationale tient à être au Congo sans jamais imposer cette chère paix, et surtout sans dire comment elle pourra y parvenir.
Dans un communiqué rendu public samedi soir, la Monuc annonce se concentrer sur la finalisation d’un plan de séparation des forces sur le terrain. Ce plan devrait permettre d’entamer la phase de désengagement prévue par les Actes d’Engagement. Cette recette est non seulement tardive, mais aussi à prendre avec des pincettes. Quelles forces qu’il faut séparer de qui ? Par ce plan, la Monuc s’éloigne des motivations de la guerre déclarée par le Cndp. On ne peut désengager les groupes, sans craindre de les voir revenir à la case de départ, sans vider le cahier de charges de chacun. On avait désengagé le Rcd-Goma, cela n’a pas empêché que le Cndp naisse sur les cendres du Rcd-Goma. Qu’est-ce qui dit que demain il n’y aura pas une survivance du Cndp ?
Qui de la Monuc et Cndp dit vrai ?
Déjà Monuc et Cndp ne parlent pas le même langage. Pour l’un c’est un retrait unilatéral et volontaire, pour l’autre c’est à la demande de la facilitation et du Conseil de sécurité que le Cndp rentre sur ses positions d’avant les hostilités.
Alan Doss, Représentant spécial du SG de l’Onu en Rdc est arrivé hier dimanche à Goma avec une délégation des ambassadeurs du Conseil de sécurité. Se retrouvent également à Goma des représentants de l’Union européenne et de l’Union africaine. Dès son arrivée, la délégation a eu une séance de briefing militaire sur la situation dans le Nord Kivu.
Une rencontre entre le Chef de l’Etat congolais et Alan Doss était prévue dans l’après-midi. On ne s’attendait à rien de cette délégation qu’à la condamnation " générique " des parties. Et pourtant, il est clair que c’est une seule partie qui n’a pas respecté les engagements. Apparemment personne ne veut épingler le Cndp comme le trouble-fête dans cette affaire.
C’est un signe avant-coureur de l’inutilité de ce voyage. Tant qu’il n’y aura pas un langage de fermeté contre le Cndp, la paix à l’Est de la Rdc sera une illusion.
(DN/Ern./GW/Yes)Jdg/L’Avenir
Last edited: 15/09/2008 13:54:48