Le spectre de la grève se remet à planer sur l’administration publique où est remarquée une nouvelle montée de grogne sociale avec les revendications de salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat, une bouillonnante situation ponctuée de menace de grève

Hausse de ton à la Fonction publique. Les fonctionnaires et agents de l’Etat revendiquent l’amélioration de leurs salaires. La décision d’aller en grève a été annoncée mercredi au cours de l’assemblée du Syndicat indépendant de l’Administration publique (Siap) à Kinshasa. Au cours de la dernière assemblée générale du 29 août, le Syndicat avait donné un préavis au gouvernement pour convoquer la commission paritaire qui devait régler le problème de paiement de salaires des fonctionnaires.
Morosité au sein de la Fonction publique. Après les médecins, les enseignants, les Fonctionnaires et Agents de l’Etat viennent de hausser le ton. Ils tiennent à l’amélioration de leurs salaires, pour ne pas dire l’application du Barème de Mbudi, ignoré lors de la première session du Cadre permanent du dialogue social.
Dans certains ministères visités, les grévistes ont déserté les bureaux. Ils se sont réunis aux environs du ministère des Affaires étrangers et s’apprêtaient à déposer au ministre de la Fonction publique, une déclaration reprenant leurs revendications. On pouvait remarquer au même endroit le déploiement des policiers. D’après les fonctionnaires, ces hommes en uniforme ont pour mission d’étouffer toutes leurs manifestations.
La principale revendication reste la convocation de la commission paritaire avant le dépôt du projet de budget 2009 au Parlement. Les agents de l’Etat affirment qu’ils ne sont jamais impliqués dans l’élaboration du budget. Ce qui est à l’origine de l’inégalité des salaires à tous les niveaux.
Cette grève devrait débuter ce jeudi matin dans les hôpitaux publics avec la menace des infirmiers. Elle concerne tous les professionnels de santé non médecins et les administratifs. D’ailleurs à la clinique Ngaliema, les infirmiers viennent de terminer une assemblée générale qui avait pour objet, de passer le mot de grève à tous les concernés.
Comme les médecins il y a quelques jours, le personnel en grève demande aussi l’amélioration de la prime de risque et du salaire, après l’échec des négociations avec le gouvernement.
Quant aux malades, comme on peut l’imaginer, ils ne bénéficient pas de l’assistance permanente des infirmiers depuis ce jeudi matin. Seuls les médecins consultent, administrent des soins et font le suivi. C’est au cours de cette semaine que les médecins ont repris leurs blouses, après une grève généralisée dans les hôpitaux publics.
Poursuite de la grève à Wamba
Les agents et fonctionnaires de l’Etat de Wamba, territoire à 500 kilomètres au Nord-est de Kisangani, dans la Province Orientale, ont décidé de poursuivre la grève entamée depuis 25 jours. A la base : le paiement d’un mois et demi de salaire au lieu des quatre mois attendus.
La paie de salaire des fonctionnaires de l’Etat de Wamba a commencé dimanche soir. Au lieu de 4 mois attendus (mai, juin, juillet et août) les fonctionnaires ont reçu seulement le salaire du mois de juin en intégralité. Contrariés par cette triste réalité, ils ont demandé des explications à ce sujet. Selon l’administrateur du territoire, le comptable public a exhibé un document contresigné par les membres de la commission de paie à Isiro. Ce document évoque certaines raisons de l’insuffisance de l’enveloppe salariale destinée à Wamba.
Il s’agit notamment du refus par le secteur de la santé et le comptable d’Erungu de rembourser le surplus de leur enveloppe. Autre raison évoquée, la disparition d’un million et demi de Francs congolais du coffre-fort d’un comptable public d’Isiro après consignation par l’ordonnateur délégué.
En attendant une solution, les fonctionnaires de Wamba continuent à garder fermées les portes de leurs bureaux.
Inspiration du cas des médecins !
Les syndicats se sont inspirés des méthodes utilisées dans la résolution des crises politico-militaires au domaine social. Il faut négocier en position de force pour faire fléchir l’adversaire. La tension qui est montée d’un cran à la veille de la rentrée scolaire 2008-2009 en est une illustration. Les parents et les élèves ont vécu cette situation dans l’angoisse et l’anxiété. A la base, la non concrétisation des paliers de “ Mbudi ”, négociés âprement et tendant à devenir une utopie. .
L’exercice 2008 touchant à sa fin, les médecins ont été les premiers à sonner le tocsin. Les blouses blanches ont abandonné leurs malades (dont certains sont morts) afin de manifester leur ras-le-bol suite à ce qu’ils avaient qualifié d’“entêtement” de la part du gouvernement. Celui-ci tardait à réserver une suite favorable à leur cahier des charges préalablement présenté plusieurs mois auparavant.
Sur un ton plus corsé, les syndicats des moniteurs, maîtres et profs de l’EPSP (Enseignement primaire, secondaire et professionnel) n’ont pas fait dans la dentelle. Selon eux, le gouvernement brillait par une sorte de désinvolture vis-à-vis de leur situation sociale. Que de promesses non tenues !
Dérangé par ce mouvement de grève et des menaces de grève, le gouvernement a renoué avec le dialogue. Naturellement sur le tard. Toutefois, il a réussi un coup de force dans l’EPSP. Il a fait preuve de séduction, créant la zizanie entre les principaux syndicats des enseignants qui n’ont pas pu parler d’une seule voix.
Alors qu’il croyait avoir sonné l’hallali de la grogne sociale, les infirmières et les infirmiers rentrent dans la danse. Sans crier gare. Ils ont décidé de se débarrasser de leur blouse blanche, stéthoscope, seringue et autres bidules dont la vue donne l’espoir aux nombreux patients qui se réfugient dans leurs établissements médicaux.
Ils crient à l’injustice de la part des médecins qui auraient ignoré, dans leurs revendications, leurs collaborateurs directs dans l’administration des soins de santé. Selon eux, le gouvernement appliquerait la politique de deux poids deux mesures. Il ne ferait pas grand cas de leur cahier des charges. A leur tour, ils ont embouché la trompette du mieux-être.
D’où, le recours au langage que le gouvernement comprend le mieux, le fait accompli. La grève.
Pendant ce temps, les fonctionnaires fulminent et ne tarderont pas à faire entendre leur voix. Cela risque de faire tache. Selon mon voisin de gauche, c’est plutôt l’effet boule de neige qui s’ensuivra. Une grève en appelle une autre.
(DN/Milor/GW/Yes)Le Potentiel
Last edited: 13/09/2008 13:55:27