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Les Congolais de France interpellent les gouvernants et les élus de la nation sur l’amélioration du vécu quotidien de la population et la nécessité du rapprochement entre les deux parties. Après les vacances, la rentrée de la classe politique congolaise devrait refléter dans les jours à venir aussi celle des espoirs permis. Pour les Congolais de la basse classe, dans leur grande majorité, le mot vacances n’a pas de réalité sociologique et, comme le soulignait Nawej, l’éditorialiste du quotidien La Référence Plus, nos compatriotes les ont vécues cette année par procuration, à travers notamment celles du Premier-ministre en Chine, des ministres et des élus du peuple. Bien souvent, pour nos compatriotes qui officient dans le secteur formel ou informel de l’économie, s’arrêter de travailler même temporairement constitue un manque à gagner nuisible aux revenus familiaux.

 Cependant selon certaines dépêches, un bon nombre de députés nationaux et sénateurs, n’a pas daigné dans le cadre des vacances parlementaires, descendre dans leurs circonscriptions électorales afin d’aller tâter du doigt des réalités du Congo profond et de ce fait, relever et inventorier les doléances et attentes de leurs mandants.

Cela est très dommageable parce que ce voyage de repos et d’écoute est obligatoire dans le cahier des charges de leur mandat. Se prélasser à Kinshasa est un aveu grave d’une fuite de responsabilités. En effet, le peuple murmure, grommèle et piaffe d’impatience sur les retombées attendues des élections. Bien sûr, les défis sont énormes, mais il faut aller à l’écoute du peuple afin d’éviter que le tonnerre qui gronde, ne se transforme en bourrasque rageuse et ravageuse des émeutes de la faim, de la vie chère ou de la crise de confiance.

Devoir de sursaut

Pourtant la réussite est à la portée de main, à la condition que les gouvernants se rappèlent des fondamentaux de leur mission, à savoir que la politique doit être ramenée à sa vérité qui n’est pas d’être un butin ou une aubaine mais un service. Dans le panthéon des hommes politiques universellement connus, Pierre- Mendès France, figure-phare de la conscience politique française sinon francophone, encensé par la gauche comme par la droite, affirmait notamment ceci : “ sur les rapports avec la politique et l’argent, l’homme au pouvoir continue d’être un citoyen s’adressant à d’autres citoyens. Dans ce rapport, n’interviennent ni force, ni ruses, ni rêves mais simplement la conviction et la meilleure méthode pour convaincre, c’est de dire la vérité ”.

 Pour Mendès-France, gouverner c’est choisir et le bon choix est d’abord économique. La prise de pouvoir n’apporte rien par elle-même, mais cependant la rigueur financière constitue la première condition du progrès social.

Cela étant, au vu et au su de la pratique politique dans notre pays, on devrait s’inspirer de ce vade-mecum du vrai “ politiquement correct ”. Certes, le gouvernement fait de son mieux dans la recherche du bien-être collectif et abat un travail appréciable, tout comme la représentation nationale dans le cadrage juridique de l’action publique.

Mais là où le bât blesse, selon la majorité de nos concitoyens, c’est l’étalage des signes extérieurs de richesses. A commencer par ceux qui auraient dû donner l’exemple en cette étape de la reconstruction qui est manifestement une période de sacrifices. Après une guerre d’agression la plus meurtrière depuis la seconde Guerre mondiale qui nous a privé de la présence et de l’affection de plus de quatre millions des nôtres d’une part et détruit nos usines, nos mines, nos routes et ponts d’autre part, on serait enclin à considérer que tout le monde devrait être logé à la même enseigne, celle des efforts et des sacrifices surtout sur le confort et le train de vie. Mais malheureusement, des 4X4 rutilantes des représentants de la nation qui auraient dû normalement servir à leurs déplacements dans leurs fiefs électoraux pavanent à Kinshasa.

Honnêtement, des robustes voitures Volkswagen (voiture du peuple) auraient largement suffi au confort de nos députés, sénateurs et pourquoi pas de nos ministres. A fortiori, les autorités de la Côte d’Ivoire ne montrent elles pas l’exemple au reste de l’Afrique, en décidant dans le contexte difficile de la vie chère de réduire de 30 % les émoluments des ministres et de parlementaires ?

Au demeurant, il faut laisser à la bonne conscience de nos parlementaires le soin de prendre une initiative allant dans le sens de l’adoption d’un impôt de solidarité sur la fortune. Celui-ci aura dans une première approche pour assiette, la valeur de ces véhicules de luxe (Porsche Cayenne, Mercedes dernier modèle et autres limousines) sans parler de ces villas et résidences de grand standing qui représentent ostensiblement des îlots d’abondance et de richesse dans un océan d’indigence et de pauvreté.

Devoir de pédagogie

Pour tout analyste, la politique est aussi une affaire de psychologie qui exige un comportement et un discours proches du peuple. Très fréquemment, l’embourgeoisement et la langue de bois technocratique constituent des tares qui guettent et rattrapent les hommes politiques, si toutefois une éthique de responsabilité et de solidarité n’est pas érigée en ligne conductrice permettant d’encadrer la vie politique. En dehors de sa force de caractère et de la morale en politique qui caractérisent le Patriarche qui bénéficie en plus d’un profond respect dans le pays et à l’étranger, il y a lieu de constater que son art de communiquer est néanmoins insuffisant. Or cette faculté est primordiale dans ce monde hyper-médiatisé d’aujourd’hui. Du reste, ne dit-on pas que pour être crédible, il faut également être audible ?

Sans présager de l’avenir, on ne peut affirmer que la présence à la télévision ou à la radio pour expliquer au peuple la feuille de route gouvernementale ne ternira l’aura et le charisme du Premier-ministre. A l’instar du maître d’école ou du professeur qui dispense les cours avec des moments de vérification des acquis, les ministres et surtout le premier d’entre eux gagneraient la confiance du peuple en lui expliquant les difficultés rencontrées dans la conduite des affaires de l’Etat. Car aucun programme gouvernemental ne suit une trajectoire linéaire ; il subit dans son exécution peu ou prou les aléas de parcours. Pour preuve, dans sa recherche d’optimisation des recettes publiques, la publication du rapport de la commission de l’éthique et de la bonne gouvernance a révélé un énorme scandale financier, en l’occurrence le détournement de l’équivalent de près de 1,3 milliards de dollars des caisses des régies financières de l’Etat. Cette prédation appelle le déclenchement d’une opération “ mains propres ” afin que dans les meilleurs délais, tombe le couperet d’une justice implacable pour nous débarrasser de la gangrène de la corruption.

A défaut de cette perspective, les honnêtes gens continueraient encore à soupirer à la vue de ce train de vie alimenté, sans nul doute, par le vol des deniers publics. Cette situation d’impunité nous ramènerait au fatalisme et à la rancœur qui s’exprimaient sous la deuxième République par cette affirmation terrible : “ toyaki kotika bango ” (Nous avons accompagné les autres).

Devrions-nous, nous résigner à laisser croire à beaucoup de Congolais qu’ils sont des “ damnés de la terre ” sur la terre de leurs ancêtres si riche en potentialités de toutes sortes ? Cependant le dialogue social que le gouvernement initie à travers l’instauration d’un cadre permanent de concertation à l’image de ce qui se fait dans les pays de tradition social –démocrate (Allemagne et pays scandinaves) dénote une bonne volonté de progrès social. Après tout, ne l’oublions pas que la recherche du consensus social résultant des suites de la palabre constitue intrinsèquement une des valeurs de la culture africaine.

En définitive, avec le recul, on est conscient que tout est possible. Les élites peuvent transcender la pratique de la “ politique du ventre ” et se mettre au diapason du grand défi de la reconstruction à travers les Cinq chantiers du Président de la République. Le dynamisme affiché par le gouvernorat provincial du Katanga devrait faire des émules. A commencer par la ville-province de Kinshasa, capitale de la République qui aurait dû  donner le ton dans la grande marche de la reconstruction, mais traîne le pas et se contente d’une position de suiveur au lieu d’être le faiseur d’événements de développement.

Dans le passé récent, les congolais ont montré qu’il ne fallait pas désespérer d’eux. Le défunt Président et Héros national, Mzee Laurent-Désiré Kabila avait au-delà d’un financement extérieur, démontré qu’avec des fonds propres, de la rigueur financière et de la discipline budgétaire, on pouvait démarrer l’économie de notre pays en gagnant en retour de la part de nos concitoyens, un esprit de civisme et de patriotisme. Cette ambition est toujours possible et se situera légitimement dans la filiation philosophique et politique des autres Héros de la Nation (Simon Kimbangu, Patrice-Emery Lumumba et Pierre Mulele) afin de bâtir un Congo grand et prospère.

(DN/BT/GW/Yes)

Correspondance particulière de Bony Kitambala Ntel-Piel,
Economiste  Secrétariat PPRD - France


Last edited: 13/09/2008 14:04:53

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