L’heure des choix difficiles a sonné pour le Chef de l’Etat au regard de la tournure de la crise à l’Est de la République où le dissident Nkunda et son mouvement politico-militaire CNDP bénéficiant de soutien incontestable du Rwanda et de la complicité de la Communauté internationale nargue le Programme Amani sur la paix dans les Kivu.

Les vieux démons de la guerre s’emparent derechef du Kivu. Après l’intermède de ni paix, ni guerre, l’Est de la RDC est à nouveau le théâtre d’affrontements militaires. Une guerre de trop que rien ne justifie. Si ce ne sont pas les agendas cachés des tireurs de ficelles pour qui la guerre est plus rentable que la paix.
Elu massivement à l’Est pour justement restaurer la paix, Joseph Kabila est appelé à opérer des choix. Même les plus déchirants.
Que va faire le Raïs? C’est la question qui taraude bien des esprits à la suite de la reprise de la guerre dans le Kivu. Garant de la nation et chef des armées, Joseph Kabila est doublement interpellé par la tournure des événements à l’Est. Cet Est qui, il y a deux ans, a littéralement jeté son dévolu sur Kabila junior avec comme mandat clair de mettre fin à la guerre.
En début d’année, de guerre lasse, Kinshasa avait cru trouver en la Conférence de Goma, une solution à l’aventurisme militaire de NKunda. Huit mois après cette grande messe à la Zaïro-congolaise, le programme Amani n’est jamais sorti de sa virtualité. Pourtant, le pouvoir congolais n’a pas ménagé les concessions. Même la très controversée amnistie pour faits de guerre, a été votée par l’Assemblée nationale. Un pardon légal destiné à absoudre les péchés des insurgés Nkundistes.
En dépit de toutes ces largesses, la paix n’a pas été au rendez-vous à l’Est. L’optimisme béat affiché dans certains cercles du pouvoir s’est estompé.
Instrumentalisé par certains extrémistes de sa communauté, utilisé par le régime rwandais, commandité en sous-main par ceux qui tiennent à faire main basse sur l’Est, Laurent Nkunda n’a aucun intérêt à se fondre dans l’ensemble institutionnel congolais. Quand bien même il aurait eu cet intérêt, il est loin d’être un acteur autonome.

Par économie de sang ou à la suite d’une erreur d’appréciation, les autorités légitimes congolaises se sont laissées embarquer dans un cycle de négociations avec un homme dénué de toute légitimité. Tout s’était passé comme si à Kinshasa il y avait encore un pouvoir de fait auquel une rébellion disputait la légitimité. Tout s’était passé aussi comme si pour mettre au pas un hors-la-loi, le gouvernement devait s’en remettre, comme sous la transition, à la Communauté internationale. Résultat, l’aventurisme Nkundiste a trouvé des bases légales.
Et le Nkundaland devient ce sanctuaire auquel l’Armée régulière ne peut toucher au risque de se voir accusée de violer l’Acte d’engagement! On en est là. Hélas.
Seulement, le Président Kabila ne saurait laisser la situation aller à vau l’eau. Lui qui constitutionnellement a l’obligation de faire respecter la loi et l’ordre public sur toute l’étendue du territoire national. En ce compris l’espace occupé par Laurent Nkunda. Lui qui devrait répondre de sa gestion à l’horizon 2011.
C’est pourquoi, de plus en plus de voix s’élèvent du Congo profond pour inviter le Raïs à agir à la manière d’un médecin. Lequel ne saurait casser le thermomètre pour soigner la fièvre.
Le président devrait prendre l’option qu’impose la situation concrète sur le terrain. Puisque Laurent Nkunda approuvé, même aux plus optimistes - certains diraient aux naïfs - sa mauvaise foi. Puisque le Programme Amani est tout sauf une réponse idoine au vrai problème. Puisque la Monuc n’entend pas se substituer à une force d’interposition pas plus que les casques bleus ne sauraient devenir des soldats de la guerre, Kinshasa n’a pas 36 solutions.
En particulier, fort de sa légitimité et de sa souveraineté, le chef de l’Etat devrait au besoin solliciter le concours de la SADC pour aider l’Armée régulière à restaurer l’ordre dans le Kivu.

Kinshasa serait d’autant plus fondé à protéger les populations de l’Est qu’il y va de la crédibilité des autorités issues des urnes.
De plus, l’argumentaire-alibi de l’oppression de Tutsi congolais ne tiendrait plus la route. Car ces compatriotes, plus que même certaines ethnies, sont présents dans tous les rouages de l’appareil d’Etat et de l’Armée.
Parallèlement au déploiement de la force, Kinshasa ne saurait faire l’économie d’une diplomatie persuasive notamment en direction des capitales occidentales si réceptives aux thèses de Kigali.
Pour Joseph Kabila, l’heure des choix a véritablement sonné. A la lisière de sa deuxième année de mandat, le Président n’a plus le temps devant lui. Il ne peut amorcer les chantiers à l’Est dans un contexte de guerre. Or c’est à l’aune de ce double pari que le chef de l’Etat pourra se prévaloir d’un bilan dans son fief.
Plus généralement, la RDC est obligée de se défaire de la guerre chantage du Kivu pour préserver son intégrité territoriale et sa souveraineté.
(DN/PKF/GW/Yes)José Nawej/Forum des As
Last edited: 12/09/2008 13:50:51