Tournant décisif dans la coopération entre la RDC et le FMI : la nouvelle mission de cette institution financière internationale à Kinshasa va intervenir au moment où le gouvernement convié à un programme restrictif est pris entre plusieurs feux du front social en ébullition.

La mission du Fmi arrive à Kinshasa pendant que le gouvernement apprête le budget 2009 et que l’Assemblée nationale rentre pour une session essentiellement budgétaire. Que peut-on attendre de cette mission en dehors des conseils irréalisables dans la mesure où, faute d’alléger sa dette, la Rdc est incapable d’appliquer la politique sociale que lui conseille le Fmi ?
Au sujet des contrats chinois, on assiste à un oui mais du Fmi. Cette institution internationale comprend le souci du gouvernement de se battre à la fois pour l’allègement de la dette et pour l’amélioration des infrastructures, mais se cambre sur des positions qui frisent un règlement de comptes politique.
Elle a plus d’une fois fixé des échéances. Aucune n’a abouti. Chaque fois, des conditions renouvelées et amplifiées n’ont pas permis que la Rdc atteigne le fameux point d’achèvement pouvant lui permettre l’allègement de la dette. Le rendez-vous était pris pour le mois de juillet dernier. Après, plus rien de précis. Il semble qu’il faut attendre l’an 2009.
Si le gouvernement continue à s’appliquer, le peuple congolais lui ne croit plus à cet apport du Fmi.
Le Fmi et le Budget de la Rdc
Le gouvernement est en pleine préparation du budget 2009 pendant que l’apport du FMI pour l’exercice 2008 n’est jamais arrivé. Tenant compte de l’expérience du passé, le gouvernement aurait pu tirer des leçons afin de faire son budget 2009 avec essentiellement les ressources internes. C’est en ce moment que la mission du Fmi se pointe dans la capitale congolaise. On craint qu’elle fasse des promesses que le gouvernement risque d’inscrire dans son projet de budget 2009. Les mêmes causes produisant les mêmes effets, il faut craindre que le Budget 2009 souffre de la même maladie que le celui de l’exercice 2008.
En effet, c’est depuis mardi 09 septembre qu’une mission du Fonds monétaire international (FMI) est arrivée en République démocratique du Congo. D’après notre source, la présente mission est conduite par M. Brian Ames, Chef de Département Afrique du FMI, le même qui avait conduit la mission du mois de juillet 2008. Durant deux semaines, la mission qui est composée de cinq personnes va rencontrer le président de la République, le premier ministre ainsi que certains membres du gouvernement, dont les ministres des Finances, Athanase Matenda Kyelu, du Budget, Adolphe Muzito, des Infrastructures, Travaux publics et de la reconstruction, Pierre Lumbi, des Mines, Martin Kabwelulu, du Gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), Jean-Claude Masangu, et d’autres hauts responsables de l’État. La délégation fera à la fin une déclaration de fin de mission en Rdc. A en croire notre source, la mission va évaluer l’état d’avancement de la mise en œuvre du programme économique du gouvernement pour 2008.
Une évaluation sans fin
Il faut cependant dire que cette énième mission arrive en Rdc pendant que le parlement congolais voudrait ouvrir sa session de septembre, essentiellement budgétaire. Ce sera l’occasion pour le FMI de donner des conseils (?) appropriés au gouvernement congolais afin que celui-ci investisse beaucoup plus dans ce qu’il convient d’appeler "dépenses sociales". "Le FMI tient beaucoup à ce que les pays maintiennent, voire augmentent leurs dépenses de santé et d’éducation, mais ils sont soumis à la pression croissante de la hausse des prix des produits de base", a fait savoir une haute personnalité du FMI. Il ne suffit pas de conseiller. Si le Fmi veut réellement voir la Rdc s’occuper du social, il doit permettre l’allègement de la dette. Aujourd’hui, à moins de se moquer, aucune politique sociale n’est possible avec un budget résiduel.
Le gouvernement congolais, au regard des progrès réalisés dans une situation particulièrement difficile, mérite ce point d’achèvement. Car, les conditions, mieux les nouvelles conditions, dont la donne créée par ce qu’on appelle contrats chinois, n’a rien à voir avec les conditions préalablement fixées par le Fmi. Les contrats chinois sont une solution et non un problème, sauf si on fait des considérations politiciennes.
La question des contrats chinois
Pour rappel, lors de sa précédente mission au mois de juillet dernier, le FMI avait constaté qu’à la fin du mois de mai 2008, le programme suivi par les services du Fonds monétaire international (PSSF), était réalisé d’une manière satisfaisante. Cela, parce que le resserrement des politiques monétaire et budgétaire en début d’année a contribué à atténuer les pressions sur le taux de change et les pressions inflationnistes résultant des dérapages budgétaires de la fin 2007.
Toutefois, la répercussion de l’envolée des prix mondiaux de l’énergie et des produits alimentaires a entraîné une accélération de l’inflation à partir de la fin avril. Cela n’est pas le fait du gouvernement congolais. De même, la mission avait examiné le projet gouvernemental de réduction temporaire des droits d’importation de certains produits alimentaires, dont l’objectif est d’atténuer les effets de la hausse des cours mondiaux sur les pauvres. Et il était convenu que dans l’avenir, un accent important soit mis sur la mise en œuvre des politiques monétaire et budgétaires prudentes pour pérenniser la stabilité macro-économique que la population congolaise appelle de ses vœux.
Concernant la politique macroéconomique, le FMI et le gouvernement avaient envisagé une possibilité de la réviser et d’accélérer les réformes structurelles pour le reste de l’année 2008.
En effet, ce programme gouvernemental révisé vise à parvenir à une croissance économique de 10 % grâce à des résultats meilleurs que prévu dans le bâtiment et les travaux publics, ainsi que dans le secteur tertiaire. Le resserrement de la politique monétaire devrait permettre de contenir le taux d’inflation annuel aux alentours de 24 %. Selon les objectifs retenus, les réserves de change de la Banque centrale devraient atteindre au minimum 200 millions de dollars Us à la fin de l’année. La mission a souligné la nécessité de relancer le programme de réformes structurelles, notamment dans le domaine de la gestion des finances publiques et en matière de politique et d’administration fiscales. Dans d’autres circonstances et tenant compte du fait que seul le gouvernement est obligé de faire des efforts, voire des sacrifices, ce partenariat avec le Fmi aurait cessé. Dans un partenariat dans lequel seul un partenaire est contraint aux efforts, alors que l’autre l’attend au tournant pour décider mécaniquement pour un oui ou pour un non, le jeu est inacceptable.
En ce qui concerne les contrats chinois, la mission avait appuyé le double objectif du gouvernement consistant à accélérer la reconstruction des infrastructures nationales, qui se trouvent dans un état de délabrement avancé, et à obtenir un allégement de dette substantielle de la part des créanciers extérieurs du pays.
Le oui, mais du Fmi
D’après le FMI, ces contrats posent des problèmes au sujet de la dette publique et de sa viabilité. Des questions précises auxquelles le gouvernement devra répondre pour conclure les discussions sur un nouvel accord au titre de la facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC) du FMI. L’achèvement de l’étude de faisabilité avant la fin de l’année devrait permettre d’éclaircir ces questions et donner au gouvernement l’occasion de faire en sorte que ses deux objectifs soient compatibles.
(DN/Milor/Yes)Jean-Marie Nkambua/L’Avenir
Last edited: 11/09/2008 18:09:29