Sans surprise. La reprise des hostilités au Kivu était attendue. Le Potentiel avait tiré la sonnette d’alarme plusieurs mois durant sur « l’embrasement imminent à l’Est », en publiant auparavant la lettre de menace du CNDP Nkunda d’attaquer les FARDC et le PARECO. Tout s’est passé comme dénoncé.

Mais plus intéressant à cet épisode d’une guerre de trop pour la région des Grands Lacs, est la dernière interview du président rwandais au journal Le Soir. Paul Kagame n’y met pas des gants. Il évoque les relations tumultueuses avec la France, le Darfour avant de s’attarder sur le conflit au Kivu et d’accuser le président de la République Joseph Kabila. Et comme s’il venait de mettre la dernière main aux préparatifs de cette “ Guerre du Kivu ”, il s’affiche en Ponce Pilate. Exactement comme en ces temps immémoriaux de l’Ancien testament, il venait de donner le feu vert à Nkunda de mettre ses menaces à exécution. La coïncidence de la publication de cette interview et la reprise des hostilités est frappante. Trêve de naïveté.
Paul Kagame, président du Rwanda, a accordé une interview au Journal Le Soir, laquelle interview circule sur internet. La presse locale a également pris connaissance de son contenu. On s’en passerait si cette coïncidence frappante n’avait pas retenu l’attention de plusieurs observateurs de la politique dans la région des Grands Lacs. : cette interview publiée au moment même que reprenaient les hostilités au Kivu. Entre-temps, Nkunda dans deux lettres adressées au gouvernement de Kinshasa et au Conseil de sécurité, précisait sa menace d’attaquer les FARDC et le Pareco, deux parties signataires, avec le CNDP, de l’Acte d’engagement de Goma. Auparavant, le CNDP avait suspendu sa participation aux travaux des commissions ad hoc pour des raisons désormais compréhensibles.
Dans la partie de cette interview consacrée à la RDC, le président rwandais soutient visiblement Nkunda. Il trouve “ juste ” sa décision de prendre les armes et de combattre un pouvoir légitime pour des “ raisons ethniques ”. Par contre, il accuse le président Kabila de “ préparer cette guerre, de privilégier la solution militaire ”, dénigre la Conférence de Goma et sous-estime la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, en précisant qu’il ne viendra pas à Kinshasa lors du prochain sommet de la CIRGL. Et comme pour clore tout, il joue au Ponce Pilate, niant toute aide à Nkunda, et advienne que pourra en République démocratique du Congo. Feu vert pour la IIIè guerre du Kivu.
Un drame politique et humanitaire
Tout au long de cette interview, la méfiance est perceptible, prouvant à suffisance l’échec dans les pourparlers entre la République démocratique du Congo et le Rwanda. Au fait, ce n’est pas la RDC qui se sent victime, mais bien le Rwanda qui s’est appuyé sur le prétexte sécuritaire pour déstabiliser toute la région des Grands Lacs avec la complicité de l’Ouganda. Les résolutions de l’Onu sont claires là-dessus. Et si Kigali refuse d’ouvrir l’espace politique, de tenir un dialogue inter-rwandais, c’est pour la même raison, la même cause qui produisent les mêmes effets.
Et en jouant aux extrémistes, le Rwanda, pour des raisons connues de tous, a inoculé ce “ venin ” d’abord au Rassemblement congolais pour la démocratie, RCD, et maintenant au CNDP. Or, la République démocratique du Congo compte 250 ethnies. Aucune d’elles n’a pris les armes contre le pouvoir central si ce ne sont que celles soutenues par le Rwanda. Ni l’Angola, ni le Congo Brazzaville, ni la RCA, n’ont soutenu ou entretenu un quelconque groupe armé pour des “ raisons ethniques ” afin de conquérir le pouvoir. D’où l’origine de ce drame politique et humanitaire en Afrique des Grands Lacs, cause bien identifiée dans le cadre de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs.
Il est vrai que ce drame politique et humanitaire bénéficie du soutien machiavélique des forces occultes, tapies dans la communauté internationale. Dans ce complot international de déstabiliser la Rdc, de contrôler ses richesses, ils ont jeté leur dévolu sur les dirigeants actuels du Rwanda. Pour preuve, la guerre du Nord Kivu vient de toucher le Sud Kivu dans cette perspective de créer un “ no man’s land ” afin de déboucher sur le schéma du Kosovo et du Darfour, avec toujours l’appui de quelques puissances étrangères qui fournissent des facilités financières et de l’armement. Ce qui obligera Kinshasa à négocier directement avec le CNDP. Peu importe pour eux le nombre des morts qui aujourd’hui dans les Grands Lacs dépasse les 5 millions de tués. Autant également de déplacés, réfugiés dans tous les pays de la région des Grands Lacs.
Même logique de guerre
Si l’on peut se permettre d’interpréter les propos du président rwandais, il a décidé de tourner progressivement le dos à la CIRGL au profit de East africa Comittee (Communauté de l’Afrique de l’Est). Au cours de sa dernière session, sous l’impulsion du ministre rwandais de la Défense, il a été décidé de mettre sur pied, et dans les meilleurs délais, la “ Brigade d’intervention efficace, efficiente et dynamique pour l’Afrique de l’Est ”, en sigle EASBRIG. Cette brigade qui pourrait avoir comme commandant un militaire rwandais devra être opérationnelle dans les prochaines semaines. Elle se chargera de régler et de gérer les conflits au sein de cette organisation. Celle-ci regroupe le Rwanda, le Burundi, la Tanzanie, l’Ouganda et le Kenya.
Comment expliquer cet empressement dans une organisation qui a vocation de la paix, la promotion du commerce inter-Etat et le développement de privilégier l’option militaire ? Dans une déclaration à la presse après cette rencontre, le président rwandais, actuellement président en exercice de l’EAC, a promis de peser de tout son poids pour que ces “ projets ” se concrétisent. Comprenne qui pourra. Mais l’on glisse vers l’hyper-militarisation de l’Afrique. Pourquoi ?
Pas de passion, ni haine
A la lecture de cette interview, Kinshasa ne devra pas tomber dans le “ piège de la passion et de la haine ”. Ce n’est pas de la culture congolaise au risque de ruiner toutes les chances de bâtir un Etat de droit, tolérant, “ pour qu’avec les autres Etats de la région des Grands Lacs on puisse développer une communauté des pays solidaires, prospères, ouverts aux uns et aux autres dans un espace politique, économique, social, culturel et spirituel de prospérité et de progrès humain ”.
Le professeur Kä Mana a raison de prodiguer ce conseil dans la mesure où cette interview vise à distraire Kinshasa. Mais par contre de mieux saisir “ les discours qui entretiennent les instincts de guerre ” pour développer au sein des populations des “ discours de haine ”, repoussant ainsi “ tout rêve d’une démocratie interne et d’une démocratisation de la région des Grands Lacs aux calendes grecques ” afin d’adopter un comportement adéquat et dissuasif.
Telle attitude, qui découle de la haute responsabilité politique et non de la compromission, poussera incontestablement la Communauté internationale à réfléchir sur les raisons objectives qui l’ont poussée à soutenir le Dialogue intercongolais, la période de la transition, le déroulement des élections générales, la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, la réhabilitation de la CEPGL, la Conférence de Goma. Etait-ce pour jouer au pyromane ? La question reste posée.
(PKF/Yes)Le Potentiel
Last edited: 10/09/2008 12:05:34