Suite de libre commentaires autour des déclarations que s’était autorisé l’avocat et pasteur Théodore Ngoyi sur le Chef de l’Etat, le président Joseph Kabila, dans une intempestive intervention à l’antenne Réveil Fm, de quoi être sidéré des inepties proférées.

Place et parole d’abord aux chiffres. La dernière interview de Théodore Ngoyi à “ Réveil Fm ” de Freddy Mulongo comprend 10 questions. La deuxième porte sur le sort de Jean-Pierre Bemba par rapport à la Cpi. En voici la formulation textuelle : “ Au cours du second tour de l’élection présidentielle, vous étiez le porte-parole de l'Union pour la Nation (UN) l'alliance des partis politiques qui soutenaient Jean-Pierre Bemba. Ce dernier a été transféré à la Cour Pénale Internationale (CPI) à la Haye en Hollande. On sent des réactions timorées ici et là. On a l'impression que Jean-Pierre Bemba a été lâché par ses collaborateurs d’hier qui sont aujourd'hui au pouvoir. Au niveau de l'Union pour la Nation (UN), on ne sent pas des déclarations coordonnées. Et vous-même, on ne vous entend plus beaucoup. Pourquoi cette léthargie ? ”. La question est constituée de 486 caractères. La réponse, elle, 5.604. Mais la partie consacrée au sujet soulevé n’en a que 1.437. Soit près du quart.
Si la politique est dynamique, et si – à l’instar de la nature – elle a horreur du vide, aucune logique, en dehors du machiavélisme, ne peut expliquer dans le chef de l’avocat-pasteur Théodore Ngoyi la tentative de banalisation du drame que vit, pourtant, l’homme qu’il voulait porter à la magistrature suprême pour la première législature 2006-2011 et à qui il devait succéder pour la deuxième législature 2011-2016, selon le Plan de l’Eternel Dieu !
L’évidence, qui ne peut que sauter aux yeux et choquer l’opinion, est qu’il a très bien calculé son coup. En effet, il a attendu la consommation effective du transfèrement de Jean-Pierre Bemba à La Haye pour se rappeler aux bons souvenirs de tous les prétendants à la succession au sein de l’Union pour la Nation, pivot de l’Opposition politique. A ce propos, il se fait fort de revendiquer la “ paternité ” de l’initiative. “ En lisant cet accord, vous y découvrirez les principes repris dans les statuts de l’Union pour la Nation dont je suis l’unique auteur. En fait, l’idée même de la création de l’Union pour la Nation, la dénomination, le sigle, sont miennes. Je n’ai jamais été ni un collaborateur de Jean Pierre Bemba ni un membre de son parti ”, lâche-t-il en guise de réponse partielle à la question.
Il va saisir l’occasion pour souligner le fait qu’il a rédigé personnellement les statuts “ qui ont été approuvés par Bemba et François Mwamba ”. Et révéler qu’aux termes de cet accord, il était bien convenu entre les deux parties qu’il devait, lui, “ jouer le rôle de Directeur de campagne et de Porte-parole de l’Union ”. Bien entendu, les choses ne vont pas se passer selon son plan censé être celui de Dieu. “…il eût quatre porte parole, un directeur général de campagne, deux directeurs adjoints dont moi-même et des directeurs provinciaux dont moi-même pour le Katanga. Vous avez là une infime idée d’innombrables causes de l’échec de Bemba face à Kabila, la principale étant le caractère notoirement inéquitable, opaque, et non démocratique du processus électoral ”, déplore-t-il !
C’est seulement à partir du 2.419ème caractère qu’il va revenir sur Bemba et lancer cette fois-ci ce gros pavé dans la mare : “ S’agissant des poursuites engagées contre Jean Pierre Bemba, contrairement à son silence et à celui des siens jusqu’à ce jour après l’incendie volontaire de l’Eglise de la Gombe dont je suis le pasteur, de mon cabinet d’avocat et de ma résidence par les gardes de John Numbi et les gardes du Président Kabila pour me punir justement d’avoir fait alliance avec Jean Pierre Bemba, contre eux, j’ai clairement exprimé publiquement, notamment sur certaines radios, mes réserves relativement à l’opportunité de ces poursuites et de son arrestation et à sa responsabilité réelle par rapport aux actes dont ses troupes se seraient rendus coupables en République Centrafricaine ”, déclare-t-il. Et de renvoyer les Internautes à son site.
Pas d’états d’âme
Mais, pour les observateurs, il y a dans la première phrase de cette réponse un élément comparatif qui en dit assez long sur la naturelle réelle des relations Bemba-Ngoyi. A la différence des relations Kabila-Ngoyi empreintes au départ d’intimité (lire dernière analyse intitulée “ Théodore Ngoyi dédouane Kabila ”, celle de Chairman avec l’avocat-conseil étaient fondées manifestement sur le mépris mutuel ! Certainement que Jean-Pierre Bemba n’aura pas oublié l’épisode Sun City lorsque Théodore Ngoyi tirait des chevrotines sur les “ traîtres Congolais ” qui s’étaient mis au service des Rwandais (Rcd) et des Ougandais (Mlc).
Cela transpire, du reste, de l’élément de réponse suivant, à la même question n°2 : “ Sorti de ‘prison’, j’ai décidé de faire barrage à l’élection de Joseph Kabila que je considère comme l’hypothèque qui pèse sur notre destin commun. Or, au second tour de l’élection présidentielle, deux candidats sont restés en lice, tous deux aussi peu rassurants l’un et l’autre, mais à de degrés différents. Après avoir longuement réfléchi et surtout prié, j’ai décidé de soutenir le candidat qui me paraissait, en la circonstance, être le ‘moins mauvais’ (et je l’ai relevé publiquement), mais en l’obligeant à signer un accord politique avec moi. Nous avons signé cet accord, Bemba et moi, le 7 septembre 2006 ”, dit-il !
C’est aussi clair que net : Théodore Ngoyi n’avait rejoint Bemba que pour se venger de Kabila alors qu’en tant que pasteur, il sait pertinemment bien que Dieu réclame à lui seul la vengeance et la rétribution. Bemba ayant échoué, l’homme politique qui tapît dans l’homme de Dieu n’a pas à se faire d’états d’âme sur le reste, surtout quand ce reste est hypothéqué au travers des poursuites lancées par la Cpi. Il choisit de tourner la page de son retour à Kinshasa !
Condition : présence physique au pays
Vraisemblablement, bien des gens n’y ont pas fait attention. Ce retour est annoncé en réponse à la question n°8 ainsi énoncée : “ L’exil est un choix difficile dit-on. Mais l'exil forme aussi. Acteur politique vous vous étiez investi dans la société civile. Quel regard avez-vous sur les institutions citoyennes d'appui à la démocratie durant la transition? Avaient-elles bien fonctionné ? ”.
Le pasteur déclare : “ Dans mon cas, l’exil n’a pas été un choix mais une contrainte m’imposée par John Numbi, Joseph Kabila et les leurs. Ils ont incendié ma résidence, mon cabinet d’avocat et l’Eglise de la Gombe, me contraignant de ce fait à l’exil, en violation flagrante de la Constitution qui dispose en son article 30, alinéa 2 qu’aucun congolais ne peut-être “ … ni être contraint à l’exil, ni être forcée à habiter hors de sa résidence. Lorsque j’ai envisagé de regagner mon pays, j’en ai parlé, par téléphone, au Ministre d’Etat près le Président Kabila, l’avocat N’kulu Kilombo. Ce monsieur s’est permis de me dire : ‘Ecrivez au ministre d’Etat’, c'est-à-dire à lui, pour demander la permission de retourner dans mon propre pays ”.
Dans la dernière livraison, il a été démontré que le pasteur-avocat a l’art de retournement. En tant que juriste, il pouvait tout ignorer sauf le fait que Me N’Kulu Kilombo, ministre d’Etat près le Président de la République soit-il, est tout sauf la personne indiquée auprès de laquelle on peut solliciter le retour d’exil ! A elle seule, cette phrase a le mérite de relever le trafic d’influence. Qu’il se plaigne de la réaction de Me N’Kulu, voilà quelque chose d’étonnant. Car si le ministre d’Etat n’avait pas réagi, Théodore Ngoyi y aurait trouvé quelque geste de mépris. Or, le ministre d’Etat a fait ce qui se devait se faire après une sollicitation au téléphone : exiger un écrit !
On serait tenté de croire qu’après avoir ramassé – au propre comme au figuré – Joseph Kabila, l’avocat-pasteur, rêvant sans doute de succéder à Bemba au poste de chef de file de l’Opposition, a vite fait de réaliser la condition première pour atteindre son objectif : sa présence physique au pays…
Descente aux enfers
Ce qui devient alors intéressant dans l’analyse de l’interview de la partie Bemba, c’est le calcul du temps ; calendrier judiciaire et calendrier parlementaire obligent. Calendrier parlementaire parce que la session ordinaire de l’Assemblée nationale et du Sénat pour 2008 démarre le 15 septembre pour se clôturer le 15 décembre. Bien que budgétaire, la session ne pourra plus retarder la question, devenue capitale, de désignation du porte-parole de l’Opposition.
La loi sur l’Opposition confie, en effet, aux présidents des deux chambres la charge de convoquer la plénière au cours de laquelle il sera procédé à cette désignation. Calendrier judiciaire parce que la première comparution de Jean-Pierre Bemba à la Cpi est prévue au 4 novembre, avec possibilité de renvoi à 2009, si l’on se réfère aux cas Lubanga, Katanga et Ngujolo. Or, c’est pendant cette période que court la session parlementaire. Donc, Théodore Ngoyi croit tenir le bon bout pour prétendre au poste de porte-parole.
Seulement voilà : ses chances sont minimes. Pour la bonne et simple raison qu’il serait malséant pour l’ordre institutionnel congolais, pour ne pas dire la démocratie congolaise, d’avoir un chef d’Etat et un chef de file de l’Opposition originaires, tous les deux, non seulement de l’Est, mais en plus de la même province ! C’est au nom de la “ Géopolitique à la congolaise ”.
Ainsi, en diabolisant Kabila et en poignardant maintenant dans le dos Bemba, non sans avoir provoqué Tshisekedi dans la même interview, Théodore Ngoyi prouve qu’il s’est trompé de vocation lorsqu’il s’est autoproclamé acteur politique. A l’identique de l’autre qui, sous Mobutu, se trompa aussi de vocation en s’autoproclamant pasteur ! Dieu n’aimant pas que l’on se moque de lui, l’avocat-pasteur pourrait entreprendre sa descente aux enfers après s’être fait brûler les ailes du …zèle !
(DN/Yes)Omer Nsongo die Lema/MMC
Last edited: 03/09/2008 17:36:47