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Exécution du budget 2008 : encore des dérapages

Kinshasa, 03/09/2008 / Politique
Aux mois de juillet et août 2008, le compte général du Trésor a enregistré des dérapages, entraînant par voie de conséquence l’érosion de l’excédent cumulé durant la période allant de février à juin 2008. Le bonus ne s’élèverait plus qu’à 30,7 milliards de francs congolais. Conséquence, le bonus accumulé en fin juin 2008 évalué à 46.055,4 milliards de francs congolais, soit 83 millions Usd, a enregistré un fléchissement de l’ordre de 15.245,5 milliards de francs congolais, soit 27 millions Usd de déficit pour la période allant de juillet et durant les vingt-deux jours du mois d’août dernier. Difficile dans cette évolution en dents de scie d’entrevoir sereinement le point d’achèvement à l’échéance 2009.

Les promesses faites de ne dépenser que sur la base caisse sont un vœu pieux pour la RDC. La note de conjoncture de l’institut d’émission en date du 25 août dernier, publiée deux jours après, renseigne que les dérapages enregistrés au cours de la période allant du mois de juillet aux vingt-deux premiers jours du mois d’août sont induits principalement par les dépenses liées au fonctionnement du Trésor public, aux rémunérations ainsi qu’aux rétrocessions. Ces trois rubriques ont représenté 80,9% du total des dépenses et représenté 80,9% Moins encore d’un financement d’un investissement par des avoirs intérieurs alors que le gouvernement vante un bonus. Virtuel ou réel ?

A ces dépenses, il faut ajouter d’autres de souveraineté qui ne sont pas reprises dans ce rapport provisoire de la Banque centrale du Congo. Il apparaît ainsi que la surchauffe sociale risque d’induire également au déséquilibre du cadre macro-économique, si rien n’est fait dans le sens de comprimer les dépenses dans les proportions des ressources réelles produites par le pays.

Il se constate que les assignations au mois de juillet qui se chiffraient à 97.420,0 milliards de francs congolais ont été dépassées pour atteindre 120.851,8 milliards pour la rubrique recettes hors prêts et dons. Au mois d’août, un relâchement a été constaté dans les efforts de mobilisation des ressources internes.

Ainsi, l’on est passé des assignations de 89.063,0 milliards Fc pour des réalisations de 59.779,2 milliards Fc. L’écart négatif enregistré est donc de 29.283,6 milliards Fc.

Sur le volet des dépenses, le gouvernement avait prévu pour le mois de juillet 106.027,0 milliards Fc, mais s’est retrouvé en fin de période à des surplus de paiement de 120.932,3 milliards Fc. De la même manière, aux vingt-deux premiers jours du mois d’août, des projections des dépenses de 96.997,0 milliards Fc ont dépassé les réalisations de 75.024,7 milliards. L’écart négatif s’établissant à 21.972,3 milliards Fc. Comme souligné ci-haut ces dépenses n’ont pas été affectées au financement de la production, elles ont principalement servi à la consommation.

Pendant la même période, il se constate que quelques secteurs seulement ont bénéficié de ces paiements. Les secteurs névralgiques comme la santé et l’éducation, pour ne citer que ces deux domaines de la vie nationale avaient mis la pression en observant des grèves afin de contraindre le gouvernement à tenir ses promesses.

Toutefois, la Banque centrale se félicite de la bonne exécution du programme suivi par les services du FMI. Tous les critères quantitatifs sous son contrôle ayant été respectés.

Ces dérapages de juillet-août rappellent d’autres enregistrées en janvier dernier, causées par les dépenses de souveraineté avec la précarité de la situation sécuritaire à l’Est suivie de la conférence pour la paix organisée à Goma. La crainte maintes fois redoutée est de voir le bonus accumulé être absorbé, sans que des rémunérations soient totalement versées aux agents et fonctionnaires de l’Etat sur toute l’étendue de la République. En même temps, les dépenses d’investissement et de production resteraient toujours pendantes, alimentant le cycle vicieux de la pauvreté.

Reprise économique sans incidence sociale

La RDC traverse une situation contradictoire avec d’un côté un boom enregistré au niveau de l’activité du secteur minier et de l’autre la persistance des effets négatifs de la crise. La surchauffe sur les marchés mondiaux des produits pétroliers et alimentaires ne suffit pas pour expliquer cet état de choses.

Ce boom minier coïncide avec le passage de la phase d’exploration à celle d’exploitation pour certains partenaires de la Gecamines au nombre d’environ 200 sociétés minières dont 80 cotées en bourse. Les effets bénéfiques sur le budget national devraient concourir à l’amélioration sensible des paramètres sociaux du vécu quotidien des Congolais. C’est ainsi que la richesse nationale s’est consolidée en s’élevant à 12,4 milliards Usd alors qu’en 2000, elle n’était que de 4,3 milliards. Le PIB par habitant est passé de 82 Usd à 190 Usd.

Malheureusement, notent les experts de la Banque centrale, “ les effets de diffusion de cette reprise économique ne sont pas encore ressentis par la population en raison de la longue période de destruction des richesses intérieures ”. Et de poursuivre : “ l’incidence de la pauvreté reste encore élevée, soit environ 71% suite aux conséquences dévastatrices de l’hyperinflation, du désinvestissement massif et de la généralisation du chômage de masses ”.

Plus loin, cette persistance des effets pervers de la pauvreté peut s’expliquer du fait qu’en dépit de la disparition de la cause d’une crise, ses effets demeurent. “ Ainsi, malgré l’arrêt du processus de destruction des richesses, la reprise de l’accumulation ne s’accompagne toujours pas d’effets visibles de redistribution ”.

En plus clair, l’accumulation économique entamée en 2002, avec la stabilisation et l’amélioration du cadre macro-économique devrait s’accompagner de la redistribution des fruits de la croissance au travers d’une politique budgétaire visant l’amélioration visible des conditions de vie de la population. Une politique salariale équitable basée sur une tension contenue dans des proportions allant de 1 à 10 permettrait une redistribution acceptable et profitable à tous.

Le point d’achèvement

Les dérapages à répétition démontrent clairement que le gouvernement éprouve des difficultés pour dépenser sur la base caisse. Des contraintes extérieures imposent l’exécution des dépenses incompressibles et imprévues au détriment d’autres budgétisées mais considérées comme compressibles. C’est le cas des rémunérations. A cette allure, jusqu’à la fin de l’échéance 2009, la RDC ne pourra pas atteindre le point d’achèvement. L’annulation d’une partie de la dette ne risquerait d’être en définitive qu’un rêve tant que ceux qui ont l’obligation de contenir les dépenses publiques sur la base des réalisations s’évertuent à éroder le peu de bonus obtenu de la manière que tout le monde sait.

Au passage de la prochaine mission du FMI, se permettrait-on d’avancer d’autres promesses dans le sens de bien tenir les dépenses publiques ? Il est temps que ces photographies reflètent correctement la santé financière de la République.

(SL/Yes)

Le Potentiel

Last edited: 03/09/2008 18:23:44

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