La résurgence actuelle des hostilités dans le Nord-Kivu entre les forces gouvernementales congolaises, les FARDC, et les dissidents de la bande à Nkunda ne pouvait pas être ignorée des services d’intelligence ougandais toujours attentifs à la déstabilisation de la RDC.

Kampala n’est pas surprise de la reprise des combats jeudi entre les Forces armées de la République démocratique du Congo (Fardc) et le Congrès national pour la défense du peuple (Cndp) de Laurent Nkundabatware. La capitale de l’Ouganda avait alerté le monde sur l’activité militaire qui se déroulait au-delà de sa frontière Ouest, suite à laquelle nous avions entre autres titré “ Bruit des bottes à l’Est de la Rdc : Kampala lance l’alerte ” (Voir L’Avenir du mercredi 6 août).
Par la voix du porte-parole de la 2ème Division de l’armée ougandaise, le capitaine Tabaro Kiconco, Kampala soulignait que “ (...) l’armée (ougandaise) renforçait son réseau de surveillance et mobilisait la population le long de la frontière pour empêcher l’entrée de tout groupe armé en Ouganda ”. Une précaution prise suite à des troubles qui allaient éclater d’un jour à l’autre dans la partie Est de la Rdc. Sur le champ, certaines personnes n’ont pas pris Kampala au sérieux, d’autres encore étaient loin de soupçonner les belligérants qui s’affrontent aujourd’hui. Pour ces derniers, les principaux acteurs de l’acte de Goma qui sont les Fardc et le Cndp ne pouvaient pas se permettre de poser un tel acte qui mettrait en mal ce laborieux accord conclu au prix de divers sacrifices et concessions. Contrairement aux autres violations de l’acte d’engagement de Goma dont les auteurs étaient jusqu’ici soit le Cndp, soit les Fardc opposé à un autre groupe armé, c’est la première fois que ces deux dernières forces s’affrontent sérieusement depuis le 23 janvier.
Après la signature de l’acte de Goma, l’on était plutôt habitué à assister aux hostilités entre les Fardc et les Pareco, soit entre ces derniers et le Cndp. Mais trois semaines après les révélations de Kampala, de violents combats opposant les Fardc au Cndp ont curieusement éclaté dans le territoire de Rutshuru. Et cette capitale indiquait hier que ses forces ont renforcé la surveillance à sa frontière ouest bordant l’est de la Rdc, où ont éclaté des conflits entre les forces du gouvernement et les rebelles ”.
Depuis la guerre de 1996 qui a conduit à la chute du maréchal Mobutu, Kampala semble mieux renseignée sur la situation au Congo. Sept jour avant ces événements de Kanombe, Kampala a également été parmi les premières sources qui ont annoncé le l6 janvier 200l, l’assassinat du président congolais Laurent Désiré Kabila. Plus que les deux autres voisins qui avaient envahi le Congo, l’Ouganda aurait orienté cependant ses relations avec le Congo vers des rapports sains. Kampala semble alerter Kinshasa contrairement à Kigali qui caresserait encore des visées sur son géant voisin, alors que Bujumbura s’est carrément engagée dans des relations de bon voisinage.
Il est évident que des informations traitées à Kampala sur le Congo le sont également à Kigali, à la seule différence que les deux capitales les exploitent différemment. Un pays en profite pour attiser le feu tandis que l’autre pour prévenir l’incendie, d’autant plus que tous deux ont probablement laissé au Congo de solides réseaux d’informateurs d’où ils tirent des renseignements fiables... Mais aussi des marionnettes qui leur obéissent au doigt et à l’œil.
L’attitude de l’Ouganda et du Rwanda atteste qu’ils sont des partenaires incontournables par lesquels passe la pacification de cette partie de la République démocratique du Congo. Et la félonie doublée du mutisme apparent de l’un mêlés à la supposée sincérité de l’autre sont globalement les ingrédients de la poudrière de l’Est. Tant que le programme Amani n’aura pas l’adhésion de l’un et de l’autre, tous les efforts jusqu’ici déployés seront déstabilisés pour une raison ou une autre.
(DN/Th/Yes)P.M.L./L’Avenir
Last edited: 30/08/2008 16:39:52