Un important rendez-vous d’échanges a été organisé vendredi à Kinshasa par le cadre de concertation des notabilités du Sud-Kivu donnant ainsi l’occasion au gouverneur de cette province en séjour dans la capitale d’expliquer les problèmes brûlants de cette entité.

Les ressortissants du Sud-Kivu vivant à Kinshasa et regroupés dans l’organisation sociale baptisée “ Cadre de concertation des notables du Sud-Kivu ” ont organisé vendredi au Salon Congo du Grand Hôtel Kinshasa une rencontre à laquelle ils ont invité le gouverneur de leur province, M. Léonce Cirimwami Muerwa, en mission officielle dans la capitale pour présenter la situation prévalant dans cette entité de l’Est de la RDC. L’occasion a réuni des sénateurs, députés nationaux, ministres et proches collaborateurs du Chef de l’Etat pour entendre le son de cloche du nouveau Chef de l’administration du Sud-Kivu dans ses cent jours en poste sur les cruciaux et particuliers problèmes de sa juridiction.
La communication du gouverneur Muderwa qui fut introduit par l’ambassadeur Emile Mugaruka, Mme et M. Nyamugabo, directeur du Journal Officiel de la République, a dressé un tableau clair de la situation complexe qui caractérise le Sud-Kivu. Le chef de l’administration provinciale a ouvert son adresse avec de gentils propos à l’endroit de son auditoire.
“ C’est réellement une grande joie pour moi aujourd’hui de vous retrouver encore pour échanger sur les questions touchant à la stabilité politique et au développement de la province du Sud-Kivu, notre province. Votre présence témoigne de l’intérêt que vous portez à notre province d’origine malgré l’éloignement physique et malgré les multiples sollicitations auxquelles vous devez répondre. Soyez-en remerciés. Relativement à la stabilité politique de la province du Sud-Kivu, je vais vous entretenir tour à tour sur les relations entre l’Assemblée provinciale et le gouvernement provincial, sur la formation du gouvernement provincial, sur la question des FDLR et des groupes armés, du problème posé par la 14ème brigade, et bien entendu du retour prochain des 90.000 réfugiés venant de Tanzanie et qui sont tous nos frères ”.
Temps perdu !
Le contexte d’instabilité récurrente de la province faisait lire dans les yeux de l’assistance une pertinente interrogation suspendue aux lèvres, à savoir : est-ce que le gouverneur Muderwa peut être considéré comme l’homme qui puisse apporter la stabilité tant réclamée de cette entité ? En disent long les mémorables turbulences de l’élection de l’élu national de Bukavu à la tête de la province, en remplacement de son successeur Cibalonza démissionnaire dans des conditions confuses.
Et comme si l’orateur du jour s’attendait parfaitement à cette préoccupation, il commencera par évoquer cette question. “ Si par stabilité, on entend des relations apaisées entre les institutions provinciales, c’est-à-dire entre le gouvernement provincial et l’assemblée provinciale, je suis tenté de répondre par l’affirmative. En effet, lorsque l’on porte un regard rétrospectif sur les relations entre le premier gouvernement provincial et l’assemblée provinciale, tous les acteurs concernés en arrivent presqu’à la même conclusion : nous avons perdu du temps ! ”
La suite est aussi indicative. “ Bien évidemment il fallait remettre de l’ordre dans tout ce qui ne marchait pas. Mais le temps que cela a pris pour mettre de l’ordre a occasionné un retard relativement à la reconstruction de notre province, à la relance du développement du Sud-Kivu. Bien plus, cette province est entrée carrément dans un processus plutôt régressif pendant la période d’intérim. Actuellement nous sommes portés à croire qu’il y a visiblement une volonté d’apaisement. Au demeurant il existe un dialogue permanent entre les deux institutions qui explique notamment qu’il n’y ait jusqu’à présent aucune interpellation du gouvernement, ce qui paraitrait peut-être prématuré. Mais au moins les malentendus sont systématiquement levés. En témoignent également la normalisation des relations entre les deux institutions, l’investiture du gouvernement et l’adoption récente du budget de l’exercice 2009 en sont, comme je l’ai dit des preuves assez éloquentes ”.

Avec les assurances ainsi données, le gouverneur Muderwa a pu présenter la vision qu’il a de la situation réelle qui prévaut dans sa province. D’abord s’agissant du budget du prochain exercice que l’assemblée provinciale a adopté dans un climat plus ou moins serein. Pour la première fois, annoncera-t-il, le Sud-Kivu est parvenu à adopter un budget dépassant le cap de 100 millions de dollars, plus exactement 115 millions de dollars. Il s’agit d’un budget qui va donner des coudées franches pour attaquer un programme visant des chantiers importants comme l’eau et l’électricité avec la réhabilitation de la centrale de la Ruzizi qui englobera 10,66 % du budget, l’éducation avec 23,77%, les infrastructures avec 26, 43 % pour les constructions et réhabilitations aussi bien des écoles, un hôpital dans chaque territoire, des routes de desserte agricole comme les axes urbains au chef-lieu Bukavu.
L’emploi et les rémunérations avaleront 2,8 % de la part du budget, tandis que le logement intégré dans le programme du gouvernement central prévoit la construction de quelque 1.500 logements au Sud-Kivu. En fait un total de 63,7% de la part du budget couvrira ses précédentes rubriques tandis que le solde sera consacré au fonctionnement des institutions dans le cadre de la décentralisation dont, comme l’a fait remarquer M. Nyamugabo le Kivu a servi de premier test de découpage territorial intervenu effectivement en 1988.
Le gouverneur Muderwa en viendra par la suite à l’évocation des problèmes sécuritaires qui constituent le gros lot de la crise de l’Est. La question des réfugiés rwandais des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des groupes armés dont le gouverneur a reconnu la présence pratiquement dans tous les dix territoires du Sud-Kivu. S’agissant des FDLR, il a signalé qu’il a eu l’occasion de rencontrer et d’écouter personnellement des représentants crédibles de ces forces qui lui ont signifié clairement leur désir de retourner au Rwanda sous la seule condition que le pouvoir en place au Rwanda accepte de dialoguer avec eux, d’où la nécessité pour la RDC de recourir à la communauté internationale pour exercer des pressions sur les autorités de Kigali afin de l’amener à ce dialogue démocratique réclamé.
Scandaleux fléau de fraude dénoncée
Le gouverneur soutiendra par ailleurs que pour parvenir à exercer une telle pression, il est capital que la RDC résolve l’équation des groupes armés internes qui infestent le Kivu. Il indiquera que ce problème persiste par la mauvaise foi de bien des forces politique et des forces d’argent des ressortissants du Sud-Kivu eux-mêmes. Il a reconnu que la plupart des groupes armés bénéficient des soutiens des politiques de Kinshasa et de l’intérieur de la province, et même que des noms des chefs de guerre sont abusivement utilisés alors que la personne concernée elle-même n’a plus jamais affiché de prétentions de déstabilisation. D’où l’appel émouvant et pathétique du gouverneur Muderwa à l’endroit des ressortissants de la province, d’où qu’ils soient, pour qu’ils fassent preuve de patriotisme et d’amour de leur terroir, en s’adonnant aux véritables entreprises de son développement réel.
En corollaire à ce sens patriotique invoqué, le gouverneur relèvera le cas de net sabotage économique auquel se livrent souvent les opérateurs et autres services compétents du secteur public. Il a carrément dénoncé les réseaux de fraude tant dans l’exploitation minière que ceux des filières fiscales qui bradent carrément les intérêts de la province, et partant de l’ensemble de l’Etat. Comment, s’indignera-t-il, escompter développer la province si ses ressources doivent continuellement être saignées par des malfrats économiques.
Que dire des recettes minières déclarées pourtant reconnues ne représenter que le dixième des chiffres réels, alors qu’est souvent remarqué dans les pays voisins toute la part de ces ressources filant en fraude.

Le cas du seul comptoir d’or déclarant en 2007 la production de 20 kg de lingot d’or alors qu’a été reconnu l’achat de quelque 575 kg a été simplement ahurissant. Incroyable, mais vrai : les 80 % de production de cassitérite passe par la fraude au Sud-Kivu. Des quartiers entiers de Bukavu, tel celui de Bumba riverain du Lac, soutiendra-t-il, sont devenus des mini ports d’exportations minières avec les complicités des services compétents de douane. Le scandale de ce fléau de la fraude a même fait frissonner l’auditoire sidéré à l’écoute des appels pathétiques du chef de l’administration du Sud-Kivu.
Un autre aspect du problème sécuritaire dénoncé par le gouverneur est le cas de la 14ème Brigade de la nouvelle armée intégrée comptant quelque 4.500 hommes surarmés, mais malheureusement mal entretenus et ainsi exposés aux pires exactions sur la population. Cette situation est tout un scandale déploré par tout le monde au point que l’on arrive à solliciter la délocalisation de ces forces pourtant régulières. Il s’agit évidemment d’un sujet qui ressort de la compétence du gouverneur, ce pour lequel ce dernier a requis des notables présents à la rencontre d’exercer les pressions utiles pour que les autorités du pays puissent envisager la délocalisation souhaitée aux fins de garantir la réelle pacification et stabilité de la province.
Incontestable succès de sortie politique !
Beaucoup d’autres aspects de la situation ont été examinés à cet important échange au cours duquel plusieurs intervenants posaient de pertinents problèmes tel de l’élargissement de l’aéroport de Kavumu, de l’extension de la ville de Bukavu elle-même, de la prise en compte du chantier agricole pour une province qui a un privilège de vocation non seulement minier, mais aussi agricole et pastoral. Chaque fois le gouverneur fournissait des réponses claires dénotant sa parfaite maîtrise de la situation.
Ce n’est pas sans pertinence qu’il touchera au fond du problème dont il a invité ses interlocuteurs à s’imprégner, celui de l’homme à responsabiliser dans son sens de patriotisme et de dévouement à la cause du développement de la province. Le Sud-Kivu appelé à se développer a besoin de ce genre d’homme comme cela apparaît déjà dans le secteur minier avec des sociétés minières en quête de travailleurs qualifiés qui font cruellement défaut. Il en va de même de l’emploi qualifié qui devient recherché au point qu’il est fait appel, par exemple, à des métallurgistes à importer de Tanzanie pour les sociétés minières tel Banro qui projette de produire incessamment des lingots d’or dans les usines que cette société compte installer dans la province. Mais se pose déjà le problème des compétences dans ces chantiers.
Il est apparu ainsi qu’en dépit des problèmes d’insécurité et d’instabilité, il y a lieu d’espérer à des lendemains qui chantent si les natifs du Sud-Kivu veulent réellement développer leur province. Une cruelle question d’homme se pose donc. En pointant du doigt cet aspect, le gouverneur a parfaitement traduit le meilleur message de l’interpellation qu’il a faite aux notables de la province qu’il a invité à s’assumer. Quoi de mieux à attendre du chef de l’administration affichant une telle vision de la tache qu’il lui incombe d’insuffler un nouveau dynamisme décisif de développement de sa province. Cette sortie politique du gouverneur Muderwa aura ainsi été une incontestable réussite. L’ambiance de parfaite compréhension qui a prévalu à la mémorable rencontre d’échanges suffisait à en souligner le bien-fondé. L’assistance visiblement ravi et comblé par le message apporté par le gestionnaire du Sud-Kivu a manifesté le désir de multiplication de ce genre de retrouvailles pour donner plus de chance à l’essor de cette province.
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 30/08/2008 16:19:46