Les derniers affrontements provoqués encore dans le Nord-Kivu par le CNDP du dissident rwandophone Laurent Nkunda reposent le problème du sort de cet impénitent déstabilisateur de la RDC que le pouvoir s’apprêtait à amnistier dans le cadre de la recherche de la paix.
Que deviendra Nkunda ?
On ne peut pas parler de la paix en Rdc, dans le Kivu, si on ne dit pas qu’est devenu Nkundabatware aujourd’hui dans le cadre de la paix signée à Goma. Que dit l’Acte d’engagement au sujet de Nkundabatware ? Plus clairement, on se pose la question de savoir ce qu’il deviendra lorsque tous ses hommes auront rejoint les camps de brassage. Cette question semble avoir été négligée. Si on en avait parlé et qu’une solution aurait été préconisée, elle doit avoir été gardée secrète. Et pour cause ?
Lorsque cette question est posée, soit on la rejette d’un revers de la main en se disant qu’il ne faut pas un sort spécial pour Nkundabatware. D’aucuns répondent non sans animation que l’amnistie qui a été signée suffirait. En termes clairs, on se dit qu’un beau jour, tous les hommes du Cndp s’en iraient au brassage et leur chef les y suivrait en faisant la file indienne. Au cas contraire, il prendrait librement le chemin d’exil ou s’en irait vivre dans son village s’il en a un. Cela s’appelle manque du réalisme. Ce n’est pas réaliste non plus de penser qu’il y aurait une offre qui intéresserait Nkundabatwaree que celle qui lui serait faite par son commanditaire.
Nous avons cité Kigali. S’il ne réclame pas, à l’instar des anciens mouvements rebelles, un partage du pouvoir et la mise en place d’un ordre institutionnel nouveau et concerté, c’est par simple gêne. En réalité, Nkundabatware et le Cndp font le difficile afin qu’excédé et inspiré par les solutions qui avaient jadis permis de mettre fin à l’existence des rébellions, on leur propose le partage équitable et équilibré du pouvoir. Sans cela, on ne voit pas Nkundabatware faire preuve de bonne foi en mettant fin à la perturbation de la paix. Malheureusement, on en est là.
Pourquoi être optimiste ?
Ce qui est arrivé à Rutshuru ne devrait surprendre personne. Ce qui surprend au contraire, c’est l’optimisme affiché. Cela apparaît dans les positions prises après la rencontre de jeudi dernier entre Alpha Sow coordonnateur de la Zone Est de la Monuc et le vice amiral Didier Etumba. Les deux personnalités avaient évalué la situation créée par les derniers affrontements entre les Fardc et les éléments insurgés de Nkundabatware. Le vice-amiral Didier Etumba s’est voulu optimiste. Pour lui, ces affrontements ne seraient que des incidents de parcours. Le Vice-amiral a raison du point de vue Fardc. Il est purement fortuite de dire que les éléments des Fardc se sont trouvés mêlés dans les combats. Cela nous étonnerait si le Vice-amiral se mettait également dans la peau des hommes de Nkundabatware.
“ Nous sommes dans le processus et nous ne voulons pas nous y écarter ”. Si le “ nous ” du vice-amiral implique également le Cndp, il faut reconnaître que le vice-amiral prend le risque de se tromper. Il fait de la diplomatie ou il se fie aux dires des délégués du Cndp, dires qui ne traduisent en aucune façon le fond de leur cœur. Et le vice-amiral nous rejoint en disant que : “ Le désengagement n’étant pas encore fait, ce genre d’incidents peuvent effectivement survenir et même se répéter ”. Alors, lorsqu’on parle de la mise en route du programme Amani de quoi parle-t-on ? En termes clairs, dans le programme Amani, quelle est la priorité ? Il ne suffit pas que les gens signent un acte d’engagement, encore faut-il que l’on s’engage effectivement à se désengager.
Quand les affrontements réveillent les parties
Il fallait qu’il se produise cet incident pour que le maître mot du programme Amani devienne le “ désengagement ”. Il fallait également qu’il y ait ces affrontements pour que la Monuc, selon les informations en notre possession, se mette en alerte maximum (sic). En effet, la Monuc s’est dit déterminée à s’engager dans les zones occupées par les ex-belligérants et à contribuer au plan de stabilisation qui passe par le désengagement des troupes. “ Les opérations de désengagement vont commencer très bientôt. C’est évident que le dispositif de la Monuc va être adapté à ce qui va être décidé au sein des commissions du programme Amani dans le cadre du désengagement.
Toutes les forces de la Monuc sur le territoire de Rusthuru sont en état d’alerte maximum aujourd’hui…jusqu’à ce que la situation se stabilise complètement ”. Qu’est-ce que la Monuc entend par la stabilisation de la situation en suivant cette déclaration de Alpha Sow, représentant de la communauté internationale dans le même programme Amani ? Depuis que le programme Amani a été enclenché, que faisait-on ? Pour ne pas naviguer à vue d’œil, quel est le programme, avec chronogramme en appui qui permet de croire que le désengagement c’est pour bientôt ? Pour des raisons avancées ci-haut, pourquoi ne peut-on pas croire que Nkundabatware jouerait à l’usure, sachant que le temps joue pour lui ?
On peut cependant se poser la question de savoir ce que le Congo peut encore pour Nkundabatware. Puisqu’on n’a plus rien à lui proposer, sinon le chemin de la Cpi, peut-on compter sur lui comme partenaire à la paix ? Ces questions doivent accompagner toutes les discussions sur la mise en marche du programme Amani. Sans cela, on chercherait à bâtir la paix sur du sable avec comme matériaux, le vent.
(DN/FKP/Yes)Joachim Diana G./L’Avenir
Last edited: 30/08/2008 16:34:36