Bruxelles est de plus en plus conscient que le différend risque de reléguer la Belgique au second rang des partenaires de la RDC. Perspective qui dérange déjà une bonne partie de la classe politique belge.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Karel de Gucht, s’est entretenu à Beijing, le vendredi 22 août 2008, avec son homolo­gue chinois. Au cours de leur en­tretien, il a été particulièrement question de la situation en Europe marquée par la guerre en Ossétie, et surtout de la Républi­que démocratique du Congo, ca­ractérisée par l’insécurité omniprésente au Kivu.

Le ministre belge a saisi cette opportunité pour solliciter le poids diplomatique de la Chine en prévision du renouvellement du mandat de la Monuc en Républi­que démocratique du Congo. Karel de Gucht tient à ce que ce mandat soit robuste avec une attention particulière et permanente de la Communauté internationale pour la paix et la sta­bilité en Afrique. Il a tenu à préciser que nous avons tout particulièrement échangé nos points de vue sur le conflit dams l’Est de la RD. du Congo et la situation au Darfour.

Assumant la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, la Belgique tient à démontrer qu’elle a tou­jours manifesté plus d’intérêts à ce qui se passe en Républi­que démocratique du Congo. Aujourd’hui, en raison de la complexité de la situation à l’Est du Congo, particulièrement au Kivu où se font de nouveau entendre les bruits de bottes Karl de Gucht estime certainement que le mo­ment est venu de “ requalifier le mandat de la Monuc ”.

C’est en ces termes que plusieurs observateurs analysent les dernières déclarations du chef de la diplomatie belge, au regard de la menace de la reprise des hostilités face aux moyens limi­tés de la Monuc.

Or, jusqu’à ce jour, la Monuc n’a jamais bénéficié “ d’un mandat robuste ” pour neutraliser les forces négatives en RDC, s’illustrant le plus sou­vent dans des scandales sexuels et le trafic d’armes, lesquels scandales fragilisent et décrédibilisent le mandat de la Mission de la paix de l’Onu au Congo.

La Belgique tient donc à marquer d’une pierre blanche la prochaine rentrée diplomatique aux Nations unies. Rentrée qui se déroulera au mois de septem­bre à l’occasion de la tenue de l’Assemblée générale ordinaire de l’Organisation des Nations unies. On sait que la session de septembre a toujours été émaillée par des déclarations des chefs d’Etat et de gouvernement sur l’état des lieux de la mission uni­verselle de paix de l’Onu. La RDC rebondirait-elle à l’occa­sion ?

La Belgique n’envisage pas de rater cette merveilleuse opportunité qui pourrait s’inscrire dans son actif pour souligner son rôle en Afrique, particulièrement en RDC.

Différend Rdc-Belgi­que

Mais le choix de la Chine par Karel de Gucht n’est pas du tout fortuit. Certes, le poids di­plomatique de la Chine au sein des Nations unies ne souffre d’aucune contestation. Sa diplo­matie est actuellement servie par le succès sportif consécutif à la réussite de l’organisation des 29 ème  Jeux Olympiques.

Attirant vers elle tant les pays industrialisés, pays émer­gents que ceux en voie de développement, la Chine est de plus en plus courtisée et écou­tée. Elle n’est plus de périt jaune d’autrefois.

A ce stade agit son “ poids économique ”. Sa percée bouleverse les vieux clichés d’une coo­pération internationale basée sur des rapports dégradants entre les “ riches et les pauvres ”. Contrairement aux “ partenaires tra­ditionnels ” de l’Afrique, la Chine a signé un contrat juteux avec la RDC qui dérange les pays occidentaux.

Au lendemain des décla­rations troublantes de Karel de Gucht sur la RDC, origine du froid dans les relations entre la Belgique et la RDC, Karel de Gucht s’était rendu en Chine. D’aucuns lui avaient prêté les intentions d’exercer une pression sur Beijing pour revoir sa coopé­ration en faveur de la RDC. Ap­paremment sans effet.

Entre-temps, le refroidis­sement des relations entre la RDC et La Belgique a commencé à se faire sentir à Bruxelles. C’est ainsi que des projets qui intéressent la Belgique, mais, réalisés en RDC ont été gelés. Des projets qui portent sur un montant de 82 millions d’euros. La fermeture des consulats de Bukavu et de Lubumbashi mar­que le prix de la dégradation des relations.
Cependant, une partie de la classe politique se rend de plus en plus à l’évidence que le gel de relations pourrait faire passer Bruxelles au second plan des partenaires de la RDC. Partant, la Belgique risque de perdre son influence, sur tout ce qui con­cerne la RDC. Karel de Gucht s’emploie à “ réparer la faute commise ”. D’où ses appels du pied en direction de la Chine.

Tous à Pékin

Il est aussi vrai que la Belgique voudrait redevenir “ réaliste. C’est-à-dire réaliser qu’il ne sert à rien d’exercer des pressions sur la Chine pour qu’elle revoie sa copie en faveur de la RDC alors que cette même Belgique pourrait tirer un profit.

Les déclarations du Pre­mier ministre belge, Yves Leterme confirment cette hypo­thèse. Effectivement, le Premier ministre s’est rendu en Chine, quoique dans le cadre des Jeux Olympiques. Dans sa déclara­tion peu avant de s’envoler pour la Chine, le Premier ministre avait relevé qu’il était temps que “ la Chine s’intéresse de plus en plus à la  Belgique ”.

Vendredi, Karel de Gucht, après s’être entretenu avec son homologue chinois, avait rejoint son Premier ministre reçu par le Premier ministre chinois pour parler de la coopération entre les deux pays.

Y a-t-il encore des raisons d’en vouloir à la République démocratique du Congo dès lors que tout le monde se rend maintenant à Beijing pour tenir le même dis­cours de coopération avec la Chine, y compris la Belgique ? La démarche de Karel de Gucht est la réponse à cette interrogation. Pas surprenant que dans les pro­chains mois, l’on assiste à un véritable dégel entre Kinshasa et Bruxelles, grâce à la médiation de la Chine.

Les premiers signaux de ce dégel avaient été observés lors des fêtes nationales congolaise et belge à travers l’échange des invités de haut rang. Présente­ment, la Belgique attend que le ministre congolais des Affaires étrangères, Antipas Mbusa Nyamwisi, réserve une réponse à la demande du gouvernement belge portant sur la réouverture des consulats de Bukavu et de Lubumbashi.

Cette ouverture est un préalable que pose la Belgique pour accélérer la procédure d’af­fectation de 82 millions d’euros consacrés aux divers projets de développement en République démocratique du Congo.

(SL/Ern./Yes)

Le Potentiel