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Il existe un lien logique de cause à effet entre l’état général de pauvreté du Congo et le développement rapide de la téléphonie cellulaire. Le Congo a été le premier pays africain à introduire massivement la téléphonie cellulaire sur le continent, bien avant même plusieurs pays européens dont la France et la Belgique. 1. Vous avez publié en 2006 l’ouvrage “ Le Développement du Congo : promesses, faillites et défis ”, dans lequel vous mettez un accent particulier sur le rôle de l’élite intellectuelle congolaise dans le développement du pays. Pensez-vous qu’elle soit le principal responsable de la situation socio-économique désastreuse de la RDC ? Et que devrait-elle faire de manière spécifique pour le redressement du pays ?

Une nation est divisée en deux volets : la société politique et la société civile, chacune ayant un rôle spécifique à jouer, même si la sphère politique recrute parfois dans la société civile. La Société civile (composée de la communauté savante, des médias, des syndicats, des églises, des patronats, bref de tous les groupes de pression et faiseurs d’opinion) a vocation d’élaborer le cahier national des charges qui devrait guider et contraindre les acteurs politiques, et par ricochet, servir d’instrument d’appréciation de l’efficacité ou non de leur gestion. Mais tout le monde sait que les pouvoirs politiques dictatoriaux ont de tout temps muselé la Société civile, dont les intellectuels réduits au simple rôle d’applaudisseurs et d’encenseurs du régime. Ne transformons pas les victimes en bourreaux ! Mais dès lors que survient au pays une embellie politique avec l’ouverture démocratique, suivie d’élections libres, les intellectuels, tout comme les autres composantes de la société civile, n’ont plus d’excuses à leur inertie.

2. Dans l’une de vos multiples interventions télévisées, vous avez fait mention d’une pyramide de raffinement des idées comme un instrument indispensable dans le processus de l’éveil patriotique et de la conscientisation collective…

“ La réflexion précède l’action ”. L’Histoire nous enseigne en effet qu’il n’y a pas de révolution qui ne soit précédée par une réflexion. Le débat politique est une catharsis, une séance collective d’exorcisme au cours de laquelle un peuple libère ses refoulements en s’interrogeant sur son vécu quotidien. Vous ne pouvez pas interdire à un individu ou à un groupe d’individus de s’interroger sur son destin ! Quand on vit comme un rat dans un environnement pourtant riche de promesses, l’indifférence s’assimile à de l’inconscience, à une sous-humanisation, et devient coupable. La démocratie grecque est née de la rhétorique des discussions libres sur la place du marché, l’Agora. Les débats et échanges verbaux désordonnés sont la première marche de la pyramide de la réflexion. La mise en ordre de ces débats primaires, avec souvent le concours de l’écriture, débouchera sur des courants d’idées plus structurés. La dynamique de ces courants d’idées donnera naissance à une école de la pensée congolaise, toutes disciplines confondues. Le sous-développement est un état permanent de sous-réflexion.

3. La RDC vit pratiquement un boom dans le domaine de la téléphonie cellulaire. Comment l’expliquez-vous dans un pays classé aujourd’hui parmi les plus pauvres du monde ?

Il existe un lien logique de cause à effet entre l’état général de pauvreté du Congo et le développement rapide de la téléphonie cellulaire. Le Congo a été le premier pays africain à introduire massivement la téléphonie cellulaire sur le continent, bien avant même plusieurs pays européens dont la France et la Belgique. La firme GSM a été créée en Europe en 1992, alors que la téléphonie cellulaire était dans sa septième année au Congo. Nous devons notre statut de pionnier à la seule et unique raison que nous étions le seul pays où les infrastructures des télécommunications héritées du colonisateur étaient réduites à néant.

4. Les entreprises des télécoms ont décidé de rendre publique leur contribution à l’Etat dans l’optique de la transparence et de la bonne gouvernance. Tigo, Celtel et Vodacom ont payé un peu plus de 40 millions de dollars américains d’impôts et taxes pour le premier trimestre de l’année. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de vous résoudre à publier ces chiffres ?

Nous avons eu l’amère expérience de constater que le terrain congolais n’a pas encore mûri ses réflexes à l’égard des capitaux venus de l’extérieur. C’est un triste constat, mais il faut le dénoncer sans ambages, dans l’intérêt supérieur de la survie de la nation. Le premier pillage organisé au Congo, c’était la zaïrianisation. Elle a eu comme philosophie à la base que les investisseurs étrangers sont des profiteurs qui viennent s’enrichir sur le dos des pauvres Congolais. Cet anathème jeté sur les capitaux étrangers persiste encore de nos jours dans le subconscient congolais, et pas seulement chez le petit peuple. Par ignorance ou par malveillance, on s’en prend aux seuls gros créateurs d’emplois et de richesses au pays, feignant même de minimiser leur apport économique, quand on ne les taxe pas carrément de voleurs. C’est donc pour rétablir la vérité, dans un souci de totale transparence, que nous avons décidé de travailler désormais à livres ouverts.

5. Il y a aujourd’hui cinq sociétés de télécoms pour une population congolaise de 65 millions d’habitants. Comment entrevoyez-vous l’avenir du secteur en RDC ? N’y a-t-il pas sous-évaluation du prix des licences de téléphonie mobile et de celui des fréquences hertziennes au Congo ?

L’espace congolais des télécommunications subira les lois du marché comme cela s’est vérifié partout au monde : il y aura des fusions et des rachats de sociétés, jusqu’à l’établissement de l’équilibre entre les investissements d’une part, et, d’autre part, le pouvoir d’achat des masses congolaises (la fameuse loi de l’offre et de la demande). Par rapport au prix des licences de téléphonie mobile, la valeur vénale des ressources non renouvelables d’un pays est fonction du poids économique de ce pays (PIB, démographie, infrastructures de base, pouvoir d’achat, budget national, etc.) et de son corollaire qu’est l’attrait exercé sur les investisseurs potentiels. Ce sont ces éléments qui concourent dans la détermination du prix du mètre carré foncier, du coût de la minute de publicité à la télévision, de la hauteur des enchères de la licence de concession de téléphonie publique, avec les fréquences qui l’accompagnent, etc.

Le Potentiel

Last edited: 21/08/2008 15:31:07

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