De nos jours, Barly Baruti poursuit une brillante carrière de bédéiste en Europe mais passe encore la majeure partie de son temps a Kinshasa où il produit beaucoup.
L’histoire du livre de Georges Ngal, Giambatista Viko ou le viol du discours africain, est assez connue : un intellectuel africain tente d’écrire un roman capable d’unir les vertus de la littérature occidentale et de l’oralité africaine.
Puni par les gardiens du temple, il sera condamné à une errance continuelle pour lui faire redécouvrir sa culture.... Ce roman illustre parfaitement la condamnation à l’exil dont souffrent les écrivains congolais majeurs. Cette situation a toujours prévalu dans la littérature francophone négro-africaine, c’est notamment à Paris que L.G Damas, Léopold Sedar Senghor ou Aimé Césaire ont jeté les bases de la Négritude.
Plus proche de nous, Camara Laye, Mongo Betti ou Tchicaya U Tam’si, entre autres, ont été à un moment de leur existence des exilés. La différence fondamentale est la rupture parfois irrémédiable des auteurs congolais avec leur pays d’origine.
Pratiquement plus aucun écrivain de renom n’est publié ou diffusé en Rdc. Djungu Simba vit et publie en Belgique, Pius Ngandu Nkashama, après avoir été directeur littéraire chez l’Harmattan, enseigne désormais aux Etats-Unis où est également installé son compatriote Mudimbe qui produit en chef de file. Aujourd’hui, la création littéraire congolaise est extérieure et se dilue dans la sphère francophone, elle ne se distingue pas des autres productions de la francophonie, ces spécificités sont gommées.
Les oeuvres, elles- mêmes, ne sont pas étudiées à l’université et à l’école secondaire : leur lectorat est devenu occidental.
Pourtant, il a été possible de vivre en RDC, et de produire en Europe, Mudimbe ou Ngal l’ont largement démontré a une époque où l’ Internet n’existait pas. De nos jours, Barly Baruti poursuit une brillante carrière de bédéiste en Europe mais passe encore la majeure partie de son temps a Kinshasa où il produit beaucoup.
Pius Ngandu ne doit pas à sa “ qualité ” d’exilé le fait d’avoir pu être publié, puisqu’il ne s’est révélé qu’après son départ. De même, il est également possible de rendre ses textes accessibles dans son pays d’origine, d’autres auteurs africains le font (Boubacar Boris Diop au Sénégal par exemple), par d’ateliers d’écriture. En RDC, il n’en est rien, l’éloignement physique de l’auteur se double de la disparition de ses oeuvres.
Plusieurs raisons peuvent expliquer cette désaffection, en premier lieu la situation politique qui a entraîné un exode de certains, obligés de demander l’asile en Europe ou au Canada. Mais la principale raison reste économique. En RDC, aucun écrivain ne vit pas de sa plume. Le seul moyen pour un écrivain de gagner sa vie passe par les milieux littéraires e-t maisons d’éditions étrangères.
Mais cet exil est-il peut –être le pris à payer pour obtenir une forme de liberté ?
Christophe Cassiau-Haurie / Sud Planète.net / Le Potentiel
Last edited: 21/08/2008 13:08:22