Le ministre d’Etat chargé de l’Intérieur ; Décentralisation et Sécurité, Denis Kalume, a pris dernièrement un arrêté abrogeant l’arrêté du maire de la ville de Lubumbashi portant réglementation des mouvements des nationaux non katangais dans le chef-lieu de la province du Katanga. Cet arrêté ministériel a été suivi de la suspension de M. Kaseba, le maire de Lubumbashi.

Cette décision de Denis Kalume n’a pas été prise sans l’aval des autorités du pays notamment le Président de la République et le Premier ministre. Alors que l’arrêté du ministre d’Etat de l’intérieur est salué par les Congolais qui tiennent à l’unité de leur pays Dikanga Kazadi, ministre provincial de l’Intérieur du Katanga, s’est permis de défier l’autorité en laissant entendre que bien qu’abrogé, l’arrêté du maire de Lubumbashi doit porter des effets.
Quelle témérité ! Ici aussi on peut croire que ce ministre provincial n’a pas agi de soi-même. Il s’est fait sans doute le porte-parole de l’Exécutif de sa province. Pour preuve, depuis que cette affaire est née aucune autorité du Katanga n’a levé le moindre doigt pour condamner les dérives de M. Kaseba. “ Qui ne dit mot consent ” dit-on. Il ne faut pas être un initié pour comprendre que ce que le maire de Lubumbashi a exprimé au grand jour est ce que le microcosme politique du Katanga pense.
Denis Kalume a, au nom du gouvernement, bien fait de frapper. Mais il nous semble qu’il n’a atteint que le maillon faible de la chaîne. C’est pourquoi, d’aucuns estiment qu’il doit aller jusqu’au bout de sa logique surtout après l’ “ affront ” lui infligé par Dikanga Kazadi.
Si le gouverneur du Katanga, de qui dépend hiérarchiquement son ministre provincial de l’Intérieur, n’est pas interpellé par Kinshasa, cette affaire risque de faire tâche d’huile dans tout le pays. L’on se souviendra qu’à l’époque de l’épuration ethnique au Shaba dont Kyungu s’était rendu tristement célèbre, Kinshasa n’avait nullement bronché, laissant transparaître qu’il (Kinshasa) était le concepteur de cette diabolique stratégie.
Il ne faut pas que l’histoire se répète aujourd’hui au risque de faire porter le chapeau de l’impair des autorités du Katanga au gouvernement central, plus précisément au chef de l’Etat qui est originaire de cette province. “ Dura lex, sed lex ”, dit un maxime latin. Le gouvernement n’a pas d’autre choix que de frapper durement tous ceux qui sont impliqués dans ce qui frise la rébellion au Katanga. Sinon, d’autres “ roitelets ” vont emboîter le pas à Kaseba, Dikanga Kazadi et consorts.
Ne pas appliquer la décentralisation ?
Le comportement des autorités du Katanga suscite déjà de sérieuses craintes quant à l’application de la décentralisation comme mode de gestion du vaste territoire de la Rdc. Alors que nous ne sommes pas encore à l’étape de sa matérialisation, certains gouverneurs dévoilent déjà leurs agendas cachés. Qu’en sera-t-il lorsque nous arriverons au moment de l’autonomisation des provinces ? Ces craintes poussent quelques Congolais à penser déjà à la révision de la Constitution dans le sens de revenir à la forme centralisée de l’Etat. Quoi qu’on le dise, le grand et précieux acquis que la 2ème République nous a légué est l’unité de l’ex-Zaïre. Remettre aujourd’hui en cause cet acquis équivaudrait à une haute trahison.
C’est pourquoi, toute autorité qui se fourvoierait dans cette voie, quelle que soit sa notoriété, devrait être sanctionnée sévèrement. Nul en Rdc ne doit se considérer au-dessus de la loi. Il importe donc que le gouvernement, pour ne pas donner raison à tous ceux qui stigmatisent le manque de leadership en Rdc, puisse réagir énergiquement et ce, dans le meilleur délai. A défaut, de cautionner la loi de la jungle.
(Milor)Rombaut Ot./L’Observateur
Last edited: 20/08/2008 18:02:04