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Entreprises publiques : bradage en vue

Kinshasa, 19/08/2008 / Politique
La promulgation le 7 juillet de quatre lois relatives à la réforme des entreprises publiques vient de relancer un vieux débat, encore d’actualité dans le bouillant microcosme politique. Même si l’on se refuse à prononcer officiellement le mot, sans doute parce qu’il passe mal dans l’opinion, il faut reconnaître que la machine de la priva­tisation des entreprises publiques est bien en marche. Mais, le danger réside dans cet engrenage infernal d’une maffia politico-économique sans scrupule. Il faut éviter que l’aboutissement de la réforme des entreprises pu­bliques consacre un bradage systématique de ce qui reste encore des entreprises publiques. Plus de doute sur la réforme des entreprises publiques.

Le gouver­nement de la République démocra­tique du Congo a fini par lever dé­finitivement l’option d’une pro­fonde restructuration des entrepri­ses publiques.

Depuis la promulgation le 7 juillet 2008 de quatre lois relatives à la réforme des sociétés d’Etat, le portefeuille de l’Etat vit une nou­velle ère. Car, dans l’esprit de ces quatre lois, certaines entreprises publiques devront adopter un nouveau statut, selon qu’elles seront transformées en sociétés commer­ciales. en établissements publics. Celles qui ne répondront pas à ces critères au regard de leurs perfor­mances, seront purement et simplement dissoutes ou liquidées.

Pareille mutation des entreprises publiques ne pouvait donc pas laisser indifférente l’opinion publique. Des interrogations fusent de partout et de tout ordre. Sont concernés en premier lieu les mandataires publics.
 Jeudi 14 août, ils ont été conviés par le ministère du Portefeuille, aidé dans ce processus par le Conseil supérieur du Portefeuille et le Comité de pilotage de la ré­forme des entreprises publiques (Copirep), à une matinée d’infor­mation sur la réforme des entre­prises publiques.

Désengagement ou privatisation ?

Tout le débat tourne autour du contenu exact de cette réforme, son opportunité et ses chances éventuelles de réussite ainsi que son calendrier précis pour les jours à venir. Mais ce qui importe, c’est d’éviter “ un jeu subtil de con­cept ” de lever une option précise et claire en songeant en priorité à “ l’Agent principal ” de ces sociétés, c’est-à-dire le travailleur. Et ensuite, au bénéfice que l’Etat doit tirer de ces réformes pour soute­nir l’économie nationale.

 La pilule est, certes, amère. Le gouvernement en est conscient. Car si ces quatre lois fixent le cadre de la réforme, c’est sur terrain que l’on entend mesurer la nette volonté de l’Exécutif à me­ner à bien un processus. La minis­tre du Portefeuille le dit mieux tout en soulignant que ce processus, “ ne découle pas du seul souci d’impulser la bonne gouvernance, mais aussi de la nécessite de mettre en cohérence la gestion du Portefeuille de l’Etat avec les options fonda­mentales du gouvernement dans le domaine économique ”. “ En effet, enchaînera-t-elle, de l’interventionnisme étatique à outrance d’hier qui a montré ses limites sur l’impulsion de l’éco­nomie et l’inefficacité de l’Eta dans le domaine de production, l’op­tion du gouvernement est aujourd’hui celle du libéra­lisme, c’est-à-dire de la promotion de l’initiative privée qui est le principal gage de la création de richesses et d’emplois. Autre­ment dit, l’Etat doit se désenga­ger autant que possible du sec­teur productif et marchand pour se consacrer davantage à sa mission de régulation ”.

 C’est dire que, sur le prin­cipe, la réforme des entreprises publiques est désormais irréversi­ble. Pour le gouvernement, la res­tructuration à laquelle il pense sou­mettre dans les tout prochains mois ces unités économiques, est desti­née à redynamiser le portefeuille de l’Etat, en laissant confronter certaines entreprises, jadis publi­ques, aux lois d’un environnement libéral.

En décidant de se désen­gager de quelques sociétés publi­ques, en s’associant éventuelle­ment aux privés, le gouvernement vient de s’offrir un grand challenge qui l’oblige notamment au devoir de transparence dans la cession des parts de l’Etat au sein de ces entreprises. Et, c’est toute la né­buleuse qu’il entoure désormais ce processus. Quand on se réfère à toute la razzia qui s’est manifes­tée dans le secteur minier avec le démantèlement de la Générale des carrières et des mines, il y a de bonnes raisons de s’inquiéter d’un processus qui risque, comme d’autres initiés dans un passé ré­cent, de consacrer officiellement le bradage des entreprises publi­ques.

Si tout le monde s’accorde sur la nécessité de reformer les entreprises publiques, des préala­bles s’imposent cependant avant de se lancer dans cette épreuve. N’était-il pas opportun que le gou­vernement envisage d’abord la sta­bilisation des activités des entre­prises publiques avant de les sou­mettre à une quelconque réforme ? Quel intérêt tire l’Etat congolais en se désengageant des entreprises publiques pour des rasions que lui seul maîtrise alors qu’il pouvait bien les réanimer en les soumettant à une cure d’orthodoxie financière ? Autant plane le doute sur la réus­site de la réforme des entreprises publiques.

Même si l’on se résigne dans des fora officiels d’évoquer clairement le sujet en terme de pri­vatisation, il est tout à fait évident que l’objectif de l’Etat est d’y ar­river. Mais, par quel moyen et sous quelle couverture ?

Recentrer le débat

C’est exactement à ce ni­veau que devrait normalement se centrer le vrai débat. Les entre­prises publiques sont certes mala­des. Au-delà de ce fait, maintes fois évoquées par le gouverne­ment, il faut également admettre que depuis des années, ces unités de production ont été mal gérées, fragilisées par diverses interféren­ces politiques. Aujourd’hui, ceux qui ont émietté ces entreprises n’ont pu trouver pour seule voie - aidés en cela par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international que le désengagement de l’Etat, autrement dit la privatisation. Er­reur !

Lorsqu’on sait qu’il y a moyen de faire mieux, en soumet­tant notamment les mandataires publics à des règles strictes de gestion, en combattant l’impunité, il y a toujours lieu d’espérer.

Dans ce décor trouble, les inquiétudes abondent au sujet de la réforme des entreprises publi­ques de la manière que le gouver­nement compte la mener. Ce qui est à craindre, c’est que remode­lées, ces entreprises se retrouvent entre les mains prédatrices de cette maffia politico-économique qui a agi déjà en RDC. C’est malheureusement elle qui pilote, à l’ombre la réforme des entrepri­ses publiques. Attention donc à ces vautours qui sont à l’affût et at­tendent dépecer les entreprises publiques.

Après les avoir mises à ge­nou, la même maffia, qui s’est cyniquement signalée dans le secteur minier congolais, se prépare aujourd’hui à assener un coup fa­tal au portefeuille de L’Etat. D’où cet acharnement observé autour de la réforme des entreprises pu­bliques. Aujourd’hui, l’on ne prê­che que par la réforme, convaincu que c’est l’unique solution pour soi-disant, tirer du gouffre les entre­prises publiques. Mais en réalité, par un bon tour de passe-passe, permettre à un groupe d’opportu­nistes de prendre le contrôle de l’économie nationale.

C’est vrai que les entrepri­ses publiques se retrouvent dans une situation calamiteuse. Mais, les raisons de cette débâcle, comme reconnues par Mme la ministre du Portefeuille, sont de plusieurs na­tures. Pour l’essentiel, a-t-elle sou­ligné, “ ces raisons tiennent certes à la mauvaise gestion interne des entreprises publiques aux interférences politiques, mais à l’inadéquation du cadre juridique consacré jadis par la  loi n°78-002 du 06 janvier 1978, qui organisait le fonctionnaire  des entreprises publi­ques ”.

Aussi, s’il y a nécessité de reformer, ne valait-il pas la peine de commencer par le plus urgent, c’est-à-dire réorganiser la gestion de ces entreprises publiques au lieu de pousser subtilement l’Etai à s’en détourner ?

(Ern.)

Le Potentiel

Last edited: 19/08/2008 17:30:17

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