Remettre de l’ordre à la maison avant de s’ouvrir à la zone de libre échange. La participation à la Ceeac et à la Sadc n’est pas un handicap, mais une richesse à condition de bien s’y préparer. Le week-end dernier s’est ouvert en Afrique du Sud le sommet de la Sadc. La question zimbabwéenne a occupé le centre des préoccupations des présidents de la sous-région non sans laisser la place voulue aux problèmes économiques.

Au sujet du Zimbabwe, certains dirigeants de la sous-région ont encore une fois fait de la politique “ faire plaisir ” aux maîtres.
On ne peut comprendre que sous une large médiatisation, Gaborone ait pensé qu’il était plus important do tirer à boulets rouges sur le collègue zimbabwéen et se faire représenter au sommet par dépit, plutôt que d’aider ce pays à sortir de ses difficultés actuelles. Heureusement que, cette opinion est marginale. La Rdc participe activement à ce sommet. Le contraire aurait étonné lorsqu’on connaît l’implication active de cette organisation sous-régionale dans la résolution de la crise congolaise. C’est dans ce cadre que Joseph Kabila est arrivé depuis vendredi à Johannesburg. Les travaux du sommet se sont ouverts le samedi.
Une forte délégation des experts congolais avait précédé le chef de l’Etat à Johannesburg. L’intégration économique est la raison même d’être de cette communauté. Il nous revient que cette fois, les chefs d’Etat ont décidé de prendre la vitesse de croisière en lançant la zone de libre échange. Voilà qui fait rêver, mais aussi qui laisse pantois les observateurs des politiques de la sous-région.
On est en droit de se poser certaines questions. Peut-on lancer une zone de libre-échange sans au préalable mettre en place une législation adéquate ? Si cela a déjà été fait, il faut faire remarquer que les citoyens des pays membres en sont moins Informés pour ne pas dire pas du tout informés. Les faits vécus dans certains pays démontrent que les Africains de la sous-région ne sont pas préparés à cette intégration. A moins que par intégration, on voie avant tout la circulation des biens et non des personnes.
Cette intégration ne concernerait donc que les grands commerçants. Quel en serait l’impact dans ce cas, si l’artisan zimbabwéen ou le footballeur congolais ou angolais ne peuvent pas trouver de l’espace dans tel ou tel autre pays ? L’une des préoccupations des dirigeants de la Sadc au sommet de Johannesburg a été la crise alimentaire. On sait qu’il y a une importante production agricole dans la région, mais comment un agriculteur du Bas-Congo peut-il alimenter le consommateur angolais du Cabinda si les Congolais sont accueillis dans ce pays comme des chiens dans un jeu des quilles ?
Il n’y aura pas de sécurité alimentaire dans la sous-région s’il n’y a pas d’échanges dans l’espace Sadc. Enfin, il n’y aura pas d’échanges sans libre circulation des personnes. C’est donc dommage que les chefs d’Etat de la Sadc ne se soient pas penchés sur les événements qui ont eu lieu les mois derniers en Afrique du Sud au sujet des violences contre les ressortissants des pays de la sous-région. Ils ont eu tort de considérer cela comme des faits divers au moment où, sous leur barbe, on a vu des Sud-africains manifester contre les ressortissants zimbabwéens.
Ils n’ont même pas fait allusion aux expulsions violentes des Congolais en Angola. Quel libre change peut-on faire dans ces conditions ? II est temps que les dirigeants africains, ceux de la Sadc en particulier, apprennent à s’attaquer aux vrais problèmes pour éviter de faire de l’intégration régionale un slogan creux.
(Ern.)Joachim Diana G./L’Avenir
Last edited: 19/08/2008 15:21:07