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Plaidoyer pour la promotion du livre

Kinshasa, 18/08/2008 / Culture
Le livre est donc un orphelin de longue date. Au contraire des autres petits métiers, les bouquinistes ne salissent pas les endroits de la ville où ils étalent leurs vieux ouvrages littéraires. A Kinshasa il n’est pas rare de compter deux ou trois débits de boissons dans un même bloc de maisons. L’impres­sion du superflu s’accentue lorsqu’on se trouve au milieu d’une rue commerçante très fréquentée. Les bistrots sont à Kinshasa ce que les banques sont à toutes les villes de Suisse, et ce que les hôtels “ Cinq Etoiles sont à Marra­kech. Le comble de l’absurdité dans cette situation, ce qu’il n’a pas toujours des latrines, alors que la bière est un produit diurétique en toute saison.

La capitale de la Répu­blique démocratique du Congo détient un autre record, celui de la gastronomie bon marché. Les nombreux restaurants de fortune disséminés au bord des rues, n’ont pas de signe distinctif, mais on les reconnaît à leur bric-à-brac habituel: brasero fumant à découvert, rideaux crasseux qui dissimu­lent mal les dîneurs, assiettes lavées à l’ eau aux amibes, tout y est pour la promotion de la fièvre typhoïde possède d’autres particularités, mais en l’occurrence c’est une ville qui lutte pour l’émergence d’une société sans culture générale.

Depuis un certain temps, les policiers arpentent les rues du centre ville en petits groupes ; leur mission : débarrasser les avenues des gens qui les squattent et qui sont essentiellement de petits commerçants. Dans le lot; on peut trouver des cireurs de chaussures, des vendeuses de pain qui ne disposent pas d’un kiosque, des vendeurs ambulants d’articles d’occasion, mais aussi des bouquinistes. Si pour les autres catégories sociales, il ne manque pas d’endroit pour se recaser, la vérité est qu’ à Kinshasa il  n’y a aucune li­braire où l’on peut se rendre pour faire le choix d’un livre à acheter. Cette lacune est pérenne, mais la situation s’est empirée car même le Grand Hôtel ou le Memling n’offrent plus les romans Sas qui permettaient de s’évader dans des pays lointains à peu de frais.

 Le livre est donc un orphelin de longue date. Au contraire des autres petits métiers, les bouquinistes ne salissent pas les endroits de la ville où ils étalent leurs vieux ouvrages littéraires.

 Ces livres usagés continuent néanmoins de donner aux amateurs de la lec­ture, Illusion que le Savoir est impérissable en dépit du décalage. Pourquoi alors les chasser comme des galériens ? Il y a là une sorte de complot ourdi contre les Amis du Savoir qui sont trop peu nombreux pour se défendre vala­blement.

On murmure dans ce milieu que celui qui a dit que pour mettre quelque chose à l’abri à la curiosité du Noir, il faut le cacher dans un livre. En République démo­cratique du Congo, cette affirmation dépasse la réalité. Plus de 80% des Congolais n’ont jamais lu un vrai livre pour étoffer instruction reçue à l’école et à l’université et leur ouvrir des horizons.

 Dans ces conditions, on ne peut même pas parler de développement de la Rd. Congo à plus ou moins moyen terme, à moins de le faire en mettant l’éduca­tion à la retraite d’office.

On dit des Congolais qu’ils ne peuvent pas acheter des livres par ce qu’ils sont trop pauvres. Cette assertion est fausse; car sur les 60 millions d’habitants que compte la RDC, il doit y avoir au moins 20 millions qui brûlent d’envie d’acheter un livre. Commencer par mettre des points de vente de livres à la disposition d’éventuels acheteurs serait la meilleure manière d’avoir la preuve par neuf que les Con­golais sont ennemis de la lecture.

Autrement, ce n’est que gesticulations qui cachent mal des intentions inavouées d’abrutir la jeunesse. Combien de Congolais dépensent leur maigre salaire dans la bière sans états d’âmes ? Nous croyons sincèrement que le jour où le gouvernement décidera de promouvoir les livres, il ne sera pas déçu. En attendant, les revendeurs de livres peuvent continuer à offrir leur con­cours aux parents à la veille de la rentrée scolaire ; et aux autres inconditionnels de la nourriture la plus prisée par l’esprit qu’est le livre.

Au moment où l’Internet est encore loin d’atteindre la moitié des intellectuels de la RDC, le livre reste la seule alternative à l’obscurantisme de la jeunesse de ce pays. L’Etat a l’obligation de promouvoir l’édition et la vente des livres, un peu comme il le fait pour les Mines par exemple.

(Ern.)

Bomela tondo Bo-Lisoma Malko/L’Avenir

Last edited: 18/08/2008 18:58:10

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