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Bonjour | 04/07/2009 23:13 | English Make DC Home page | RSS feed

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Le spectacle commençait avec Wendo dans la salle. Un projecteur de poursuite le prend bien là où il est assis. Il montait en chantant et en grattant les cordes de sa guitare jusqu’à s’introduire dans la maison du couple dont on jouera l’histoire. Plusieurs témoignages seront apportés sur cet illustre personnage qui nous a quittés, mais ils seront tous centrés sur sa vie musicale , j’aimerais ici que la mémoire collective retienne aussi que Wendo, avec sa guitare, avait également fait du théâtre.

À mon arrivée à la compagnie du Théâtre national congolais, en tant que metteur en scène, sorti fraîchement de l’Institut National des Arts (INA) en 1979, j’avais proposé à la commission de réalisation un spectacle écrit par le Tchadien, Baba Moustapha, et qui s’intitulait « Le Maitre des Djinns . Quelques-uns de mes condisciples de l’INA, engagés comme moi au théâtre national, jouaient dans ce spectacle : Nzundu Kikanda (décédé), Mujinga Mbuyi, Isango kitonga. D’autres acteurs se sont greffés à eux notamment Tshibola Mutombo (décédée), Ngelemaka Mpilingi et Makele Mwaka qui avaient déjà plusieurs années d’ancienneté.

« Le Maitre des Djinns », qui a connu plusieurs saisons au théâtre national, retrace l’histoire d’un jeune couple qui subit et vit sans discontinuité le problème d’harcèlement. Pas que cela, car la pièce pose aussi le problème du mariage précoce en Afrique. Les jeunes époux, mal préparés ou immatures, subissent les personnalités trop fortes des belles-mères. Pour protéger leur union et par peur des représailles, (malédiction, fétiches, sorcellerie…), ils se laissent conduire perdant ainsi leur indépendance.

En 1995, la pièce revint à l’affiche, à la salle Mongita (ex salle du Parti). Mais le public vint de moins en moins à cause notamment des problèmes économiques. Il fallait d’autres stratégies de marketing et de promotion.

Avec mes comédiens, nous eûmes l’idée d’adapter la pièce aux réalités que vivent les couples congolais. Première étape : traduire entièrement la pièce en lingala pour en accroître l’audience, la plupart des belles-mères étant analphabètes. Deuxième étape, c’est ici que je me souviens de Wendo, introduire ce chanteur pour qu’il interprète sa chanson « Bokilo yo mabe » qui justement évoque le mauvais comportement de certaines belles-mères vis-à-vis de leurs gendres ou brus. Wendo chantait dans le prologue, dans les changements des lieux ainsi qu’à la fin du spectacle. Comme à ses habitudes, le chanteur avait modifié certains passages de la chanson : « Bokilo ooo Bokilo ooo yo nde ozali bokilo mabe…nasombela yo masini ya kotonga ba zipo yo okofinga ngai, nasombela yo avion ya kokende likolo yo okofinga ngai Ah bokilo ngoya ye ooo… »

Cette stratégie axée marcha d’enfer et à chaque spectacle le public venait plus nombreux que d’habitude. Le spectacle commençait avec Wendo dans la salle. Un projecteur de poursuite le prend bien là où il est assis. Il montait en chantant et en grattant les cordes de sa guitare jusqu’à s’introduire dans la maison du couple dont on jouera l’histoire.

Cette pièce avait suscité l’engouement des couples pour le théâtre. Certains allaient jusqu’à y amener leurs belles-mères. Wendo devenait un personnage de plus en plus intéressant. La salle, pour marquer son désappointement sur tout ce qui se jouait sur scène, chantait avec lui. Un vrai coït scénique.

Wendo n’était pas seulement acteur c’est-à-dire participant à l’intrigue, mais il était aussi griot, celui qui réconciliait les couples et qui situait à chacun sa vraie place dans la société. Il était aussi un atout marketing. Rien que sa chanson et sa présence nous amenaient du public. Certains arrivaient pour voir ce monument de la chanson ou pour ressasser le temps passé, d’autres encore pour le message que la pièce charriait.

Metteur en scène, Wendo m’a appris le respect du travail, la ponctualité et l’écoute des autres (les comédiens que j’avais en mains ainsi que les techniciens avec qui je devrais concevoir lumière, plans de décors, costumes et accessoires…) Wendo n’a pas été orgueilleux sur scène. Il avait beaucoup de respect envers moi et suivait à la lettre toutes mes indications scéniques. J’ai senti en lui cette soif de pratiquer un art –le théâtre- auquel il n’était pas habitué même si la musique qui était son violon d’Ingres est, comme le théâtre, un des arts de scène par excellence.

Jean-Pierre Mukoko Kizubanata/AEM/MMC

Last edited: 11/08/2008 13:46:36

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