Une réunion conjointe de réévaluation de la coopération belgo-congolaise est attendue pour dénouer une crise que ni le Congo, ni la Belgique ne veut voir déboucher sur une rupture.

La dernière crise diplomatique consécutive aux propos peu courtois du ministre belge des Affaires étrangères, Karel De Gucht soutenant “ l’obligation morale ” qu’avait son pays pour s’intéresser à ce qui se passe au Congo, s’inscrit également dans cette logique d’une idylle s’abreuvant constamment des brouilles pour exister. Mais au finish, on savait que les choses allaient rentrer à la normale. Plusieurs faits peuvent être décryptés dans ce sens à l’image de la lettre que le ministre belge de la Coopération au développement, Charles Michel venait de transmettre en début de Semaine à son homologue congolais, Antipas Mbusa Nyamwisi, ministre des Affaires étrangères.
Le contenu de cette correspondance repose essentiellement sur la normalisation de la coopération bilatérale entre les deux pays. Selon le diplomate belge Johan Swinnen interrogé à ce sujet, la lettre a trait à la fixation de la date par la partie congolaise, pour le réexamen de cette coopération bilatérale entre Kinshasa et Bruxelles conformément à la décision du Conseil des ministres lors de sa réunion tenue dernièrement à Matadi, dans la province du Bas-Congo.
“ La convocation rapide de cette rencontre permettra au comité des partenaires de se pencher sur un certain nombre de questions d’évaluation et de faire un état des lieux des relations de coopération entre les deux pays, a dit l’ambassadeur Johan Swinnen, rappelant les efforts en cours pour rechercher des voies et moyens pour aller vers une normalisation des relations entre les deux pays. Ceci n’est, en fait, que l’aboutissement d’une série d’actions que les deux parties ont eu à poser sur la voie de l’apaisement traduisant par là, leur volonté à sauver les meubles. La diplomatie sécrète a fonctionné en plein régime.
Haro sur l’orgueil néo-colonial
Des officiels congolais ont plus d’une fois effectué le voyage de la Belgique et vice-versa. La présence remarquée de la délégation belge à Kananga lors des festivités des 48 ans d’indépendance de la RD Congo, était perçue par maints analystes comme un signe de dégel. Car, la vérité enfouie dans le subconscient des opérateurs politiques de deux pays, repoussait toute idée de rupture, de césure et de mise à froid d’une coopération qu’on savait mutuellement avantageuse.
Déjà, au plus fort de la crise alors que la tension montait dans la majorité sur l’attitude à tenir envers l’ancienne colonie - le Premier ministre belge Yves Leterme n’avait de cesse jouer la carte de l’apaisement en arborant le costume de sapeur-pompier. “ Je veux rétablir la relation de confiance entre la Belgique et le Congo au cas ou celle-ci était en danger ”, avait-il soutenu au détour d’une interview.
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Aujourd’hui plus qu’hier, la côte d’amour de la Belgique pour son ancienne Métropole s’est accrue, consécutive sans doute aux diverses sollicitations dont la RD Congo est aujourd’hui l’objet de la part des pays asiatiques dont la Chine et l’Inde. La Belgique perçoit aujourd’hui mieux que quiconque le danger de perdre tout encrage au Congo dont le positionnement géostratégique et regorgeant des potentialités énormes constitue un gage à sa propre survie.


Au moment où se profile cette éventualité de réévaluation de la coopération belgo-congolaise, la Belgique veut certainement se racheter en développant une nouvelle approche de coopération économique et militaire centrée sur les besoins de financement auxquels fait réellement face la RD Congo. Une approche consistant à l’accompagnement des efforts déployés par le Congo, tout en demeurant exigeants sur les principes de gouvernance, de corruption et de droits humains sur lesquels la Belgique s’est toujours montrée, à juste titre d’ailleurs, intransigeante.
Il est temps de passer l’éponge
C’est dans ce registre qu’il faut inscrire sans doute la volonté de la Belgique d’accompagner le programme “ Amani ” lancé après l’accord de Goma et portant sur un “ Acte d’engagement ” prévoyant un cessez-le-feu immédiat puis un désengagement progressif des troupes sur le terrain avant leur démobilisation. Pour le chef de la Mission diplomatique belge, son pays a aussi un rôle à jouer, un rôle constructif et d’encouragement des acteurs, y compris des groupes armés, dont certains relancent le recrutement qu’il qualifie de “ signe inquiétant ”.
Il indique que la seule voie pour tout le monde est celle de la reconstruction de cette région, qui est une voie pacifique et de concertation à laquelle la Belgique veut s’impliquer. Cette réévaluation conjointe de la coopération sera peut-être la porte de sortie qui permettrait de dénouer une crise que ni le Congo ni la Belgique francophone ne veut voir déboucher sur une rupture.
A tout prendre, une page de l’histoire effective entre la Belgique et la RD Congo vient d’être tournée à la faveur de cette correspondance du ministre belge de la Coopération au développement, Charles Michel. Les deux pays qui, entre temps, avaient fermé leurs consulats respectifs à Anvers (Belgique) et à Lubumbashi et Bukavu en RD Congo, doivent dorénavant penser à leur réouverture. Comme qui dirait, tout est bien qui finit bien.
(Milor)Alain Diasso/Uhuru
Last edited: 09/08/2008 15:33:00