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Confirmation de la Monuc : la paix est encore lointaine dans les Kivus et en Ituri. Témoin : les affrontements entre différentes factions des rebelles hutus rwandais (FDLR). Les incidents opposant le CNDP de Nkunda soit aux Maï-Maï, soit à l’armée régulière au Nord-Kivu. Recrutements forcés par les Maï-Maï à Kamanyola et à Uvira, au Sud-Kivu. Attaques contre les positions des Forces Armées de la République démocratique du Congo en Ituri. Décidement, le chemin vers la paix est tortueux,  sept mois après la signature de l’Acte d engagement de Goma, le 13 janvier 2008.

Sept mois après sa signature, l’Acte d’engagement de Goma semble réduit à un simple torchon de cuisine. La paix, objectif que s’était fixé la Conférence de Goma en janvier 2008, semble s’éloigner de jour en jour. C’est à cette triste conclusion qu’arrive l’équipe d’évaluation dépêchée à Goma, au Nord-Kivu, le mercredi 6 août, au chevet du Programme Amani.

Conduite par le ministre d’Etat en charge de l’Intérieur, Kalume Numbi, qu’accompagnent plusieurs ministres, la délégation est composée du Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Alan Doss, du commandant de la Monuc, et de représentants de la communauté internationale impliqués dans le soutien du processus de paix (Programme Amani) en cours à l’Est.

Sur le terrain, sept mois après la Conférence de Goma, les résultats sont maigres. Selon la Monuc, des accrochages sont régulièrement signalés entre différentes factions armées. De fois, ils opposent celles-ci aux Forces armées de la République démocratique du Congo.

D’après le dernier rapport de la Monuc, présenté au cours du point de presse de mercredi 6 août, les populations du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, dans la province Orientale, restent encore sous l’emprise des seigneurs de guerre. Avec les conséquences que ces hors- la- loi entraînent.

FDLR : pas le même langage

Au Nord-Kivu, les rebelles hutus des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ne parlent pas le même langage. Une dissidence a vu jour et oppose, depuis, les éléments qui ont formellement accepté de désarmer et les jusqu’au-boutistes. Ces derniers posent des préalables politiques aux autorités de Kigali et à la communauté internationale, avant d’envisager un quelconque retour au Rwanda.

Par contre, en offrant de remettre ses armes, le premier groupe s’est incliné devant la mise en œuvre du volet militaire du Communiqué de Nairobi. Dans celui-ci, la communauté internationale, à laquelle sont liés le Rwanda et la République démocratique du Congo, menace les FDLR de représailles militaires en cas de refus de désarmer volontairement ou de se rapatrier.

Toutefois, les dissensions au sein des FDLR conduisent à des affrontements mettant aux prises les frères d’armes hutus rwandais. C’était récemment le cas à Katembe, au Sud-Ouest de Rutshuru.

Fin juillet à Kasura, toujours au Nord-Kivu, les éléments CNDP de L. Nkunda se sont opposés aux Patriotes résistants congolais (Pareco). En juin, des affrontements avaient eu lieu entre le même CNDP et les Forces armées de la RDC dans ladite zone.

Au Sud-Kivu, la semaine dernière, les Forces armées de la RDC ont été obligées d’intervenir contre le groupe Maï-Maï du colonel Sido. Pendant ce temps, des Maï-Maï procèdent à des recrutements forcés d’enfants : le groupe Zabulunu à Kamanyola et d’autres Maï-Maï à Uvira.

Par ailleurs, selon RadioOkapi, les Forces républicaines fédéralistes (FRF) opérant dans la localité de Minembwe étaient encore absentes des travaux du Programme Amani jusqu’il y a trois jours. Elles conditionnaient leur retour à la table de discussions à l’implication du gouvernement central pour “faire cesser exactions et tracasseries” dont seraient victimes les populations de hauts plateaux de Minembwe, “de la part des Forces armées de la République”.

Paix : pour le moment hypothétique

Après une accalmie de quelques mois en Ituri, dans la province Orientale, les groupes armés semblent reprendre du service. Les éléments du Front de résistance patriotique (FRPI) ont notamment attaqué les positions des Forces armées de la République à Poto Poto. Ils ont pillé le village de Mambesu, dans les environs de Tchey.

La Monuc indique que le même FRPI a tiré de nouveau, le 1er août, sur des positions des Forces armées de la RDC à Khodeza, situé à 16 km au Sud de Marabo. Un sergent des forces régulières a même été tué. Bref, le front de l’Ituri se rallume. Il y a de quoi s’inquiéter pour le retour à la paix durable dans cette région.

Au regard du retard pris dans l’exécution de l’Acte d’engagement de Goma, la délégation officielle descendue, mercredi, dans le chef-lieu du Nord-Kivu pour évaluer le Programme Amani, se devait de transcender les émotions. Et de regarder la vérité en face. Ce qui revient à dire qu’elle devait rechercher les voies et moyens de relancer pour de bon le processus de paix.

L’évidence étant que les affrontements sont réguliers et que l’insécurité est omniprésente, il faut agir. L’OCHA donne des indicateurs pour saisir la gravité de la situation. A cause de l’insécurité et des violences sexuelles à répétition, le nombre de déplacés internes est passé de 1 317 900 en décembre 2007 à 1 454 000 en juin 2008, soit 136,6%. Le Nord-Kivu détient 64% de ce chiffre ; le Sud-Kivu 27%. Les réfugiés congolais à l’extérieur sont au nombre de 177 390 en juin 2008. On les retrouve en Angola (112 680), Rwanda (29 814), Burundi (17 602), Ouganda (13 905), Soudan et RCA (3 389).

En d’autres termes, les délégués devaient tenter de comprendre pourquoi les hostilités n’ont pas cessé, conformément aux engagements souscrits en janvier. Qu’est-ce qui retarde le désengagement des uns et des autres des groupes armés ? Pourquoi le regroupement des miliciens a du plomb dans l’aile ? Quand et comment envisager le brassage, la réinsertion et ou la réintégration.

C’est de ce questionnement, sans complaisance, que devraient sortir les réponses appropriées pour la mise en œuvre du Programme Amani. C’est à partir des réponses trouvées, sans faux-fuyant, que devrait jaillir l’espoir de paix pour les Congolais de l’Est. Une paix, pour le moment, hypothétique. La mission d’évaluation du Programme Amani a-t-elle trouvé des pistes de solutions ? Nul ne le sait tant que ne sont pas encore mises à l’épreuve les mesures énoncées dans l’encadré ci-dessous.

Goma : adoption des résolutions pour accélérer le Programme Amani

A la clôture de la réunion du Comité de pilotage du Programme Amani à Goma le jeudi 7 août 2008, le Comité se réjouit du retour dans le processus de paix du Congrès National pour la Défense du Peuple et des Forces Républicaines Fédéralistes qui avaient suspendu toute participation aux travaux.

Le Comité a adopté des résolutions et recommandations, appelant notamment à l’accélération du processus du Programme Amani ; à la finalisation et l’adoption du plan de désengagement dans le plus bref délai.

Dans un communiqué, le Comité rappelle aux groupes leur obligation de participer aux travaux sans conditions préalables conformément aux Actes d’engagement. Il propose le lancement immédiat du programme de Désarmement, Démobilisation et Réintégration (DDR) et l’intégration des groupes qui se sont regroupés spontanément et pour les forces non en contact.

Le Comité recommande également le rétablissement de l’autorité de l’Etat sur toute l’étendue des provinces du Nord et Sud Kivu ainsi que le démantèlement de toutes les barrières irrégulières et la libre circulation des personnes et des biens. Il a souligné l’importance d’engager des poursuites judiciaires de façon systématique et de renforcer la lutte contre l’impunité, en particulier pour les violences sexuelles.

Le Comité de pilotage recommande la prise en compte et l’examen par la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité de toutes les préoccupations des groupes armés. Enfin, il recommande la tenue d’une réunion hebdomadaire de la plénière de la Commission Technique Mixte Paix et Sécurité, et la tenue d’une réunion mensuelle du Comité de Pilotage alternant entre Bukavu, Goma et Kinshasa.

Dans son intervention à la cérémonie de clôture, Alan Doss, le Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies en RDC, a particulièrement insisté sur le facteur temps en invitant les acteurs politiques du Programme Amani à aller de l’avant.

“Nous devons tous aller de l’avant avec ce qui a été décidé et consenti. Je sais qu’il y a des problèmes ; il y a des difficultés, mais il faut trouver des solutions. Si tout le monde est venu, c’est pour résoudre les problèmes et surtout pour mettre fin définitivement aux conflits qui ont déchiré cette région”. “C’est dans ce sens que nous avons la responsabilité, surtout la Monuc et les Nations unies, devant la communauté internationale de voir comment ensemble nous pouvons accélérer le processus”, a-t-il conclu.

En marge des travaux, les membres du Comité de pilotage du Programme Amani ont rendu visite le jeudi 7 août 2008 aux milliers des déplacés du camp de Kibumba situé à une vingtaine de kilomètres au Nord de Goma, dans le territoire de Rutshuru.

Les déplacés ont à cette occasion exprimé leur désir de rentrer dans leurs milieux d’origine. Mais ils demandent que le gouvernement sécurise au préalable les zones concernées. Les efforts sont en cours pour le rétablissement de l’autorité de l’état, a répondu Denis Kalume, Ministre d’Etat chargé de l’Intérieur, Décentralisation et Sécurité. Le Camp de Kibumba compte à ce jour près de 10 mille ménages, qui ont fui l’insécurité dans les secteurs de Ntamugenga, Rugari, et Gatwa, à environ 50 km de Goma, dans le territoire de Rutshuru.

Le porte-parole des déplacés de Kibumba a signalé au Comité de pilotage que plusieurs autres familles continuent d’arriver depuis la mi-juillet, suite à l’intensification des mouvements des hommes armés dans certains coins de Rutshuru. Pour lui, la situation humanitaire des déplacés reste précaire.

En réponse, l’Abbé Malu Malu, Coordonnateur du Programme Amani, a expliqué l’évolution du programme Amani jusqu’à ce jour. Selon lui, la clé du problème du retour de la paix dans la province se trouve dans le désengagement effectif des groupes armés. Les déplacés, dont certains ont des membres de famille au sein de ces groupes armés, ont aussi un rôle à jouer dans la conscientisation de ces derniers sur l’importance du désengagement, a-t-il conclu.

Monuc/Le Potentiel


Last edited: 09/08/2008 15:32:10

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