Le report du débat au Parlement sur le dossier Snel-Mag Energy, le nébuleux projet de construction du barrage Inga III, l’absence même du ministre de tutelle à la concertation de la Sadc à Luanda sur ce projet, autant de faits qui démontrent le traitement anarchique du névralgique secteur.

En septembre prochain, lorsque l’Assemblée nationale en viendra à se pencher, il n’y aurait plus grand-chose sur le contentieux SNEL-Inga/MagEnergy. Des experts soutiennent que la gestion du secteur énergétique r-dcongolais aura déjà changé de mains, à la suite des lois controversées sur le désengagement de l’Etat de ses entreprises. Inga serait alors sous une gestion extra-r-dcongolaise, à en juger par les multiples contrats qui ont lieu désormais dans le dossier.
La CODECO Elysée Dimandja ne se fait plus guère d’illusion. Pour cette députée non inscrite, mais membre de l’opposition, renvoyer le dossier SNEL-Inga-MagEnergy à la session ordinaire de septembre, alors qu’il urge d’agir illico presto, c’est simplement laisser pourrir la situation afin de permettre à la maffia de s’installer dans le secteur énergétique. “ On veut tout brader du patrimoine national ”, fonce-t-elle. “ Hier, c’était les mines, puis le pétrole. Maintenant, c’est l’énergie. La maffia s’installe dans nos entreprises ”, martèle-t-elle. Voilà, sans doute, pourquoi la commission de la Chambre basse qui s’est enquise de l’affaire, a recommandé des sanctions contre la ministre du Portefeuille, Jeannine Mabunda. Ainsi que l’éviction pure et simple du comité de gestion intérimaire de la SNEL.
Nenni. Le chien aboie, la caravane passe, dit un adage. Pour Dimandja, il est des personnalités au “ plus haut niveau de l’Etat ” qui mènent l’arnaque. Ca n’est que façon de voir les choses, propre à l’opposition, dirait d’aucuns après avoir suivi les propos d’Elysée Dimandja. Certes, lors d’un séminaire international sur le devenir d’Inga, tenu à Kinshasa, en mai 2006, le gouvernement avait résolu d’ouvrir le secteur de l’électricité à des capitaux privés. “ Il y a un besoin manifeste de créer une législation appropriée qui favorise les investissements privés ”, a même soutenu, un proche du pouvoir, Buse Falay, longtemps Dircab du chef de l’Etat, puis ministre de l’Energie.
Le cadet des soucis
Seulement, il n’est pas de lisibilité, il n’est point établi une politique au-dessus de tout soupçon dans la désétatisation du secteur du courant. D’ailleurs, un expert de renommée internationale, de surcroît S-g sortant de l’UPDEA (Union des producteurs, transporteurs et distributeurs d’énergie électrique en Afrique), le R-dCongolais Mutima Sakrimi a, quelques jours plus tôt, exhorté le gouvernement r-dcongolais de s’imposer comme leader du processus d’aménagement du site d’Inga. “ Il faut d’ores et déjà qu’une vision claire assortie d’une organisation efficace soit mise en place par le pouvoir exécutif pour que la R-dCongo tire profit de différents contrats sur Inga ”, a clamé l’ex-S-g de l’UPDEA.
Début juillet 2008, à Luanda, capitale angolaise, il s’est tenue une réunion des ministres des Etats SADC ayant en charge l’énergie. Bien présents les ministres de l’Afrique du Sud, du Botswana et de la Namibie, Etats fortement impliqués dans le projet Westcor relatif à l’établissement d’un couloir électrique, le long du flanc occidental de 1’Afrique australe, partant d’Inga jusqu’en Afrique du Sud. “ Malheureusement, notre homologue de la R-dC (Ndlr, Salomon Banamuhere Baliene) était absent. Il s’agit d’une absence remarquable, dont les raisons ont été fournies à peine, alors qu’il avait confirmé sa présence à la réunion ”, a fait savoir le ministre angolais de l’Energie et des Eaux, Boteiho de Vasconcelos.
Pourtant, à Luanda, les experts ont cogité sur l’érection de la troisième centrale hydroélectrique d’Inga devant servir le Westcor. Les experts ont tablé à près de 4 milliards de dollars, le coût de la construction d’une troisième centrale, dans le projet hydroélectrique d’Inga, qui produira 4.320 mégawatts.
Cette puissance est, de l’avis des experts, huit fois supérieure à celle que fournit le barrage hydroélectrique de Capanda, en Angola. Pour Luanda, Inga III est une ressource de base pour le développement économique dans la région de l’Afrique australe, a laissé entendre le ministre angolais de l’Energie. D’après les données de la réunion d’émergence de la Task Force des ministres de l’Energie de la SADC, réalisée en février 2008, la diminution de la capacité de fourniture d’électricité en Afrique australe est la conséquence de la croissance économique de l’ordre de 5% dans presque tous les pays de la Communauté australe.
Inga III urge donc, a fait comprendre Boteiho de Vasconcelos. Le ministre angolais de l’Energie a ainsi justifié la réunion des ministres d’Energie par la nécessité de l’exécution, à court terme, des actions à caractère technique et politique pour accélérer l’exécution du projet de la Westcor. Le ministre angolais a d’ailleurs rappelé que deux accords ont déjà été signés à propos: l’un, entre les gouvernements engagés de l’Angola, de la Namibie, du Botswana, de l’Afrique du Sud et la R-dCongo, l’autre, entre les entreprises des pays respectifs. Il s’agit de 1’Entreprise nationale d’électricité (ENE) d’Angola, de la NamPower (Namibie), du BPC (Botswana) et Peskom (Afrique du Sud) avec la SNEL (R-dCongo). Et il n’est pas que ces conventions-là. Pour la BAD, d’autres autoroutes énergétiques partiraient également d’Inga en 3 axes : le premier vers l’Afrique australe en passant par la Zambie, le Zimbabwe, le Botswana pour l’Afrique du Sud. Le deuxième passera par le Congo d’en face pour le Mali en passant par le Gabon, le Cameroun et le Nigeria.
Le troisième, enfin, sans doute, le plus ambitieux, est la ligne RDC-Egypte, distante de près de 5.300 Km. Elle fournira du courant à la République centrafricaine, le Soudan et le Tchad. Elle pourrait passer par le Kenya avant d’atteindre le pays des Pharaons. Des études de faisabilité de tous ces projets liés à Inga avancent à grands pas ailleurs et non pas à Kinshasa où la gestion du secteur énergétique est plutôt trouble.
Dans l’affaire SNEL-Inga/MagEnergy, les limiers de la Chambre basse ont taxé la ministre du Portefeuille d’insubordination vis-à-vis du premier ministre. Pour autant, nulle sanction. Alors même qu’il est établi que notre réseau électrique ne couvrait guère 20 % du territoire national. Et que la demande extérieure va crescendo et pressant sur Inga dont les potentialités énergétiques estimées à 44.000 MW peuvent assouvir, à près de la moitié, la demande en couvrant de toute l’Afrique que l’on table à quelque WDMOQ MW. La terre appartient à celui qui sait la rendre utile, dit un dicton baoulé. Visiblement, ça n’est qu’à l’étranger, Luanda, Pretoria, Nairobi qu’Inga suscite de l’intérêt. Demain, l’opinion publique parlerait d’Inga comme on dit de la MIBA au Kasaï: la misère des Baluba.
(Milor)Pold Kalombo/Le Soft International
Last edited: 02/08/2008 16:57:20