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Le grand public qui a appris avec stupéfaction la découverte d’une filière d’impénitents détourneurs des fonds du trésor croit à une face visible d’un iceberg contenant de réseaux beaucoup plus redoutables qu’il revient au gouvernement de démanteler pour sa crédibilité Près d’un milliard et demi de dollars américains -un peu plus que le budget an­nuel de l’Etat aujourd’hui et le double de ceux d’hier- ont disparu dans les régies fi­nancières et dans certaines entreprises de l’Etat. De nombreux biens immeubles de même Etat sont aliénés par des tiers. Voire ce que, dans sa conférence de presse de mardi dernier, le ministre près le Premier ministre a révélé aux Congolais. Contre certains cadres administratifs, a-t-il ajouté, les ministres du Portefeuille et des Finan­ces ont déjà ouvert des actions disciplinai­res. Tout cela, c’est du déjà entendu et du déjà vu. En effet, ce n’est pas la première fois, dans ce pays, que le voleur cri au voleur et que des mesures de ce genre soient prises- même pompeusement- tout simple­ment pour brouiller les cartes.

A ce sujet, il nous souvient, la Com­mission des Bien mal acquis de la Confé­rence nationale souveraine (Cns) avait fait plus et mieux. Les prévaricateurs et les faux acquéreurs de faux bards défilèrent au Pa­lais du peuple pour s’expliquer et justifier l’origine de leurs fortunes. Les Congolais, Zaïrois à l’époque, attendirent en vain que l’Etat rentrât dans ses droits et que les tê­tes tombassent. Manifestement, ils eurent tort, en hurlant avec les loups du Palais du peuple, de n’avoir pas cherché d’abord à identifier les chefs qui conduisaient la meute. Plaise vraiment au Ciel qu’aujourd’hui encore, ils ne soient pas de nouveau bernés. Toutes les raisons objec­tives de le craindre existent, hélas!

En attendant, il faut féliciter la Com­mission qui a fait le travail dont le ministre Mayobo vient de faire la restitution des ré­sultats partiels. Non sans considérer, en passant, que ce que les Congolais ont en­tendu n’est, ni plus ni moins, que la partie visible de l’iceberg. Et non sans exiger éga­lement, ainsi que l’ont toujours réclamé ces Congolais, que le gouvernement fasse le pas le plus important attendu de lui. Celui justement qui consiste à, cette fois-ci, net­toyer rapidement, fortement et soigneuse­ment les écuries d’Augias. Etant entendu que la première décision à prendre, à ce stade et sans attendre, est celle de publier aussi bien la liste des biens aliénés que celle des personnes qui, à un titre ou à un autre.

Les politiques de la République démocratique du Congo  sem­blent se moquer des Congolais en leur rabattant les oreilles sur la tournure “ Au nom de l’intérêt supérieur de la Nation ”. Un intérêt que personne ne préserve et auquel, d’ailleurs, personne ne croit. L’intérêt égoïste prime sur tout.

Arrière les clameurs de l’intérêt supérieur de la Nation pour flouer le peuple !

Les politiques congolais et les assimilés, dans la plupart des cas, mettent souvent toutes les batteries en marche pour cher­cher, par tous les moyens, même inimaginables, à satisfaire l’inté­rêt personnel. Coups bas, diabolisation, calomnie et autres défenses de l’indéfendable... constituent le lot quotidien de la vie politique en RD Congo. Qu’ils évoluent dans les institutions, dans les entreprises publiques ou dans d’autres structures de l’Etat, ils n’ont aucune considé­ration pour le peuple au nom de qui, ils disent parler,  disent servir. Il n’y a qu’à les voir gesticuler à la télé, à les enten­dre, à lire le fond de leurs pensées ou voir le comportement qu’ils affichent pour comprendre à qui ce peuple a affaire.

Au Parlement par exem­ple, des élus du peuple procèdent à une masturbation intellectuelle pour mettre leurs énergies au ser­vice de ce mal qu’est la non prise en compte de l’intérêt supérieur de la Nation.

Expression qui leur est cher pour endormir leurs élec­teurs et la population congolaise. Les différentes motions, questions orales et autres inter­pellations à l’Assemblée nationale. pour ne prendre que cette institution, montrent à suffisance quel genre d’hommes représen­tent les Congolais. Beaucoup d’élus du peuple roulent pour des intérêts obscurs qui sont loin d’être ceux de leurs bases élec­torales. Lorsque ces intérêts sont menacés, ils sont prêts à embras­ser le diable pour les protéger. Les exemples sont région. No­tamment l’augmentation plantu­reuse de leurs émoluments pas­sés en moins de deux années de 1.400 à 6.000.000 dollars américains par mois. Alors que les fonctionnaires et agents de l’Etat se contentent de moins de 50 dollars Us.

Le secteur privé n’est pas épargné par cette rémunération de misère fixée à 3 dollars US/jour. Un salaire minimum in­terprofessionnel garanti qui n’est même pas encore entré en ap­plication. De qui se moque-t-on ? Au regard de la réalité sur le ter­rain! l’intérêt du peuple constitue le cadet des soucis des politiques congolais. L’enfer, c’et les autres, dirait Jean-Paul Sartre. La plupart des hommes politiques et d’autres larbins ne sont pas en mesure de construire une société basée sur l’intérêt supérieur de la Nation, l’intérêt communau­taire. De mauvaise foi, ils s’éver­tuent à créer la confusion dans le pays, parfois, en violation de la Constitution pour assouvir leurs instincts.

Le flou observé et les écueils relevés dans les contrats passés avec les Chinois, pour l’exploitation du pétrole du lac Albert et de la côte atlanti­que à Muanda, pour ne citer que ces cas, semblent n’avoir pas été négociés en tenant compte de cet intérêt supérieur. Des prébendes autres avantages pécuniaires n’ont pas manqué au finish pour s’octroyer les différents mar­chés.

Par ailleurs, avec l’affaire Kimbuta cité dans le procès Botheti, des voix s’élèvent pour innocenter le gouverneur de la ville de Kinshasa. Il s’agit de celles des acteurs politiques en fonction ou non. Il en est même de ceux qui le condamnent. Alors que la sentence appartient à la justice, dans un camp comme dans l’autre, on observe une certaine agitation dans chef de ces politiques. Pas pour l’intérêt supérieur de la Nation plutôt pour des intérêts personnels afin de continuer à bénéficier des avantages que procure le maintien en poste de l’autorité provinciale pour les uns. Et de se venger de cette dernière qui, selon eux, “ a usurpé ” ce poste devant revenir à l’opposition.

En tout cas, les politiques congolais vivent aux dépens du peuple qui les écoute. Mais celui-ci, qui n’est plus dupe, regard résigné ses représentants vivent dans l’opulence en devenant de nouveaux riches. Qui n’ont pas honte d’être heureux tout seuls, ils ont des comptes à rendre à l’Etat.

Le ministre Mayobo n’a donc pas tout dit. En cette ma­tière, en effet, le mal congolais et le gouffre qui lui est subsé­quent sont autrement plus am­ples et plus profonds. En effet, si nos souvenirs sont bons, le ministre n’a pas abordé le sys­tème sophistiqué de commis­sions qui, jour et nuit, enfle et fait des ravages à tous les ni­veaux. En écornant toute initia­tive de développement lorsqu’il ne l’annihile pas purement et sim­plement. Nous connaissons, à cet égard, dans ce pays, ces chantiers mort-nés dont on pose la première pierre le matin et qui, à midi, passent de vie au trépas. Et ces ouvrages que l’on restaure tous les trois mois tous les six mois dans le meilleur des cas. Tout simplement parce que, en amont, leurs crédits ont été si­phonnés pour se retrouver, en aval, telle une coquille quasiment vide. Ainsi, le travail qui devait être réalisé selon les règles de l’art se fait vaille que vaille, à la va-vite, mieux à vau de route.

On devine très aisément les principaux responsables de ce gâchis : ce sont, naturelle­ment, ceux-là même qui ouvrent des actions disciplinaires contre les cadres pourtant entièrement à leur service, la plupart de fois. Aujourd’hui, comme nous ne ces­sons pas de le dire et de le répéter dans ces mêmes colonnes, les droits s’achètent et coûtent très cher à tous les niveaux. Le cas pragmatique est celui de nos chaînes de dépenses, au niveau central comme au niveau provin­cial. Ici, il faut absolument et im­pérativement être patient et avoir les poches bien pleines lorsqu’on se trouve derrière un dossier d’ar­gent. Car, tout fonctionnaire et tout agent que l’on trouve devant soi tendent ostensiblement la patte pour être graissée. A commencer par ceux des cabinets politiques. Eux-mêmes indi­quent l’autorité, comment et par quoi l’opération doit être effectuée, c’est à prendre ou à laisser.

(Milor)

Xavier Mirindi/L’Observateur

Last edited: 24/07/2008 17:55:48

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