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Le principal prévenu au procès des présumés assassins du député provincial de la ville de Kinshasa Daniel Botethi a surpris l’assistance en déclarant que le gouverneur de la capitale congolaise, en l’occurrence M. André Kimbuta serait le commanditaire de l’assassinat. “ Le commanditaire du meurtre, je le cite : c’est le gouverneur de la ville de Kinshasa ”. Soldat de deuxième classe, le pré­venu Patrick Mwewa - l’homme qui a jeté le pavé dans la marre a été blessé par balles au moment du meurtre du député provincial Daniel Botethi Loleke. Sa révé­lation a glacé toute l’assistance à l’audience vendredi 18 juillet, faisant du coup rebondir le procès.

Souffrant, mais lucide, le prévenu Mwewa, alias Kabutshungu (NDRL : manioc amer), a dit au tribunal qu’il y a aussi d’autres “ vérités ” à révéler sur cette personnalité. Aupa­ravant, celle-ci leur aurait confié une première mission qui avait capoté. Toujours dans le but d’éli­miner un adversaire gênant, a-­t-il précisé.

A propos de l’entreprise macabre qui a arraché à la vie le regretté député, le prévenu a déclaré que pour son rôle à jouer, les émissaires du présumé com­manditaire lui avaient remis — à lui Mwewa une prime de 1300 dollars US en date du jeudi 3 juillet 2008.

Après le coup,  il avait été promis à cette bande une vie en rose, sans oublier un voyage en Eu­rope. Selon le prévenu,  cela s’est passé à Mikonga, dans les envi­rons de l’Efobanc, au niveau du camp PM. A part lui,  Kady, Fi­dèle étaient également de la par­tie, ainsi que les trois envoyés du gouverneur venus à bord d’une Mercedes grise. Ensuite,  200 dollars ont été mis en jeu pour arroser l’opération.

A la question du président du tribunal de savoir pour quel motif cet argent lui a été remis, le prévenu a répondu que c’était pour éliminer un député.  Un avo­cat de la partie civile intervient alors pour dire qu’étant en pro­cédure de flagrance, quel que soit le rang du commanditaire, il doit être invité pour y être entendu.  Mais le président Patty Sangwa a trouvé qu’il fallait d’abord vé­rifier.

En vie pour avoir feint le mort

Quant au ministère public, il a trouvé que le lien n’était pas encore établi entre les assaillants et le gouverneur de la ville de Kinshasa. Donc,  la démarche de la partie civile était prématurée. Pour sa part, la défense a évo­qué l’alinéa 2 du Code de procé­dure militaire pour réclamer le huis clos.  Et voici son argumen­tation : “ N’oublions pas que la personne citée est une person­nalité politique, une autorité publique.  J’ai peur que cela puisse avoir d’autres colora­tions ”.  Mais le tribunal a rejeté cette demande, en faisant com­prendre à l’intervenant que cet article s’applique pour l’ordre public militaire.

Quant à l’identité des hommes qui leur avaient donné cet argent,  le prévenu Mwewa a déclaré que c’est Kady qui possédait leurs coordonnées.  Et ces derniers lui dictaient les instruc­tions par téléphone jusqu’au sa­medi 5juillet, à quelques minutes de l’accomplissement du forfait.  Selon le prévenu Mwewa, le té­léphone de Kady était toujours chargé à distance par ces hommes.

Il a ajouté que le député était suivi depuis le lieu de la fête.  Ils ont été avertis  par téléphone dès que sa voiture a démarré du lieu de la réception à laquelle l’in­fortune a été convié avant de regagner Kintambo.

Justifiant sa blessure,  le prévenu a soutenu que ce n’est pas le garde du corps du député qui avait tiré sur lui.  Il a argué qu’après que la voiture ait été criblée de balles, il a reproché cet acte à ses copains.  Mécontent, un membre de la bande a tiré sur lui. L’autre a ordonné de l’ache­ver.  S’il est encore en vie, c’est pour avoir feint le mort.

C’est dans ces conditions que ses copains ont récupéré les 900 dollars qu’il avait encore sur lui.  Il n’avait pas voulu laisser cette somme à la maison de peur d’attirer la curiosité de son épouse.

Une accusation qui suscite le scepticisme

C’est un bruyant pavé dans la mare ! Faire porter au gouverneur de la ville de Kinshasa, André Kimbuta, le chapeau du commanditaire de l’assassinat du député Daniel Botethi revêt les allures d’une bombe à fragmentation sur la classe politique congolaise. Son téméraire accusateur,  le soldat de 2ème classe Patrick Mwewa, se trouve dans le box des prévenus ayant perpétré, de sang froid, la tragédie qui depuis le di­manche 6 juillet 2008, prive irrémédiablement l’As­semblée provinciale de Kinshasa de son vice-prési­dent.

Tiraillés entre scepticisme,  à la suite de la sur­prenante accusation, et inquiétude, pour leur propre sécurité, les Congolais, toutes tendances politiques confondues, en sont encore à se demander si les ré­vélations du soldat Mwewa, impliquant le N°1 de la Ville-province devant le tribunal militaire de la garni­son de Kinshasa, ne sont pas du bluff. Serait-ce un grossier montage destiné à semer les enquêteurs,  quitte à tourner le procès en eau de boudin ?

Quoi qu’il en soit, la personnalité citée comme commanditaire du guet-apens du 6 juillet jouit, jus­qu’à preuve du contraire, de son droit à la présomp­tion de l’innocence.  Légalement, ce statut durera tant que la justice ne se sera pas prononcée sur son cas.  Ça, c’est l’aspect juridique.

Le second aspect est d’ordre sociologique.  En ce sens, le tollé soulevé dans l’opinion publique par l’ac­cusation du soldat Mwewa contre le gouverneur de Kinshasa mérite l’attention des opérateurs politiques et le Pouvoir judiciaire.  Car la collectivité nationale se trouve ébranlée. L’ordre public peut être perturbé.  Pour preuve, les convictions des citoyens sont pêle­-mêle partagées entre doute, émotion, imprécations et indignation.  C’est la conséquence de la “ bombe Mwewa ” qui a explosé à un moment critique.  Cette mauvaise nouvelle s’est aussitôt répandue sur le pays et vers l’extérieur, telle une traînée de poudre, véhi­culée par l’important réseau national de téléphonie cellulaire.

Comment, par rapport à l’événement, faire face aux diverses réactions des masses et, ainsi, circons­crire d’éventuels débordements ? Honnêtement, il se­rait mieux indiqué que le gouverneur de la ville se mette temporairement en congé.  En se rendant ainsi disponible, en justiciable ordinaire, il aiderait la jus­tice à dire le droit sans interférences.  Bien mieux, il aurait le loisir de se consacrer sereinement à sa dé­fense en vue de réhabiliter et son honneur et sa di­gnité d’homme politique ou d’homme tout court.

Le Potentiel

Last edited: 19/07/2008 17:47:39

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