La commission économique et financière de l’Assemblée nationale a étalé un criant manque d’objectivité dans son rapport sur le dossier de partenariat entre la Snel et la société canadienne Mag Energy pour la réhabilitation du barrage d’Inga au profit de bradeurs impénitents.

Les Congolais s’attendaient à tout, sauf au discrédit que la Commission Economique et Financière (Ecofin) de l’Assemblée National vient de jeter sur cette institution, dans l’examen du dossier du passeport biométrique et surtout dans celui du contrat controversé entre la Société National d’Electricité (Snel) et la firme canadienne MagEnergy. Pour un scandale, c’en est un vraiment un et il a été vécu en direct par le peuple congolais et les expatriés vivant chez nous grâce à la magie de l’audiovisuel.
Interpellé par le travail bâclé présenté en plénière par une “ commission d’enquête ” désertée par 63 membres sur 86, pour des mobiles faciles à deviner, le président de l’Assemblée Nationale, Vital Kamerhe, ne s’est pas empêché de qualifier d’“ erronées ”, les recommandations formulées à l’arrivée.
En effet, alors qu’ils ne sont pas arrivés à démontrer le tort commis par la ministre du Portefeuille et le Comité de gestion de la Snel, farouchement opposés au bradage de la centrale hydroélectrique d’Inga sur pied d’un contrat léonin puant la magouille, les 23 membres minoritaires de l’Ecofin ont eu le culot de proposer au gouvernement la révocation de l’une et de l’autre. Paradoxalement, a fait remarquer le président de la chambre basse du Parlement, aucune sanction n’a été proposée à l’endroit d’autres acteurs du dossier visiblement coupables de déficit de patriotisme, d’honnêteté et de responsabilité, tels le ministre de l’Energie, le ministre d’Etat à l’Agriculture. Vital Kamerhe s’est inquiété de la notion de “ faux frais ” (commission) de l’ordre de 200.000 dollars Usd que la Snel était appelée à libérer mensuellement en faveur de MagEnergy, sous la pression de certains décideurs politiques.
A l’inverse, l’apport financier de cette firme dans le partenariat est resté des plus flous, aucun compte bancaire n’étant signalé pour la localisation de ses capitaux.
Plusieurs intervenants, conscients de la légèreté avec laquelle avait travaillé leur Commission Economique et Financière, de la haute sensibilité du dossier lié à l’énergie électrique et de gros intérêts qui s’y rattachent ainsi que de sa connexion avec la souveraineté nationale, ont sollicité le renvoi pur et simple du débat à la session de septembre. L’honorable Kiakwama a eu les mots justes en relevant qu’après les contrats léonins touchant les télécommunications, les mines et le pétrole, les gouverneurs congolais ne devraient pas continuer à brader les “ bijoux de famille ”.
Et, désaveu suprême pour l’Ecofin, la plénière s’est tout bonnement appropriée le dossier Snel-MagEnergy. L’affaire Snel-MagEnergy, qui défraie la chronique depuis 2005, à travers une Convention où toutes les obligations financières relatives au projet de réhabilitation de quatre turbines du barrage d’Inga sont laissées à la charge de la trésorerie de la Snel, a installé le doute dans les esprits quant à la moralité et le sérieux des élus du peuple.
Après avoir suivi les péripéties des débats et recommandations ayant sanctionné les affaires Kahemba, crash d’Antonov à Kingasani, spoliation des concessions des écoles et bâtiments publics, Bundu dia Kongo, Francis Kalombo et Gecoco, les Congolais s’interrogent sérieusement sur le sens patriotique de ceux qui prétendent assumer la sentinelle de la Nation.
Si cette surveillance s’exerce à travers la recherche des gains égoïstes et la mise à mort programmée de plusieurs générations présentes et futures des Congolais, il y a de quoi avoir peur, très peur pour l’avenir communautaire. Il y a une certaine manière de gérer les affaires publiques de la République d’autant que le scandale nous a été offert par les élus du peuple membres de la plate-forme politique au pouvoir, en l’absence d’une large frange de l’opposition parlementaire sous l’emprise de la consigne de boycott, conséquence de l’assassinat du député provincial Boteti.
Les velléités affirmées de la liquidation d’Inga à vile prix ne constituent d’ailleurs que le bout de l’iceberg des contrats léonins qui procèdent de la “ vente du pays ” aux plus offrants, ainsi que l’ont dénoncé les évêques dans leur message de jeudi 10 juillet et les députés eux-mêmes dans leurs rapports des vacances parlementaires de juillet 2007 et janvier 2007. Jusque quand la corruption va-t-elle envoyer le peuple congolais à la guillotine de la misère, par la faute de ceux qui devraient être les gardiens de la bonne gouvernance ?
On ose espérer que l’auto-flagellation de Vital Kamerhe ainsi que celle d’autres députés lucides et nationalistes vont constituer les fondements d’une prise pour les députés, de leurs responsabilités devant la nation et peuple, en vue d’une lecture correcte et dépassionnée des dossiers liés aux intérêts vitaux de l’Etat.
Au terme du processus électoral ayant mis un terme à la tradition, les Congolais rêvaient de l’émergence d’une nouvelle société, bâtie sur des valeurs positives. Mais quand les députés refusent de s’assumer comme modèles, l’on est tenté de déchanter du reste.
(Milor)Kimp./Le Phare
Last edited: 16/07/2008 16:52:19