Le mouvement politico-militaire CNDP de Laurent Nkunda récuse la loi d’amnistie pour les Kivu adoptée le week-end dernier à l’Assemblée nationale pour n’avoir pas été associé à son élaboration. Le CNDP avait tenu à y apporter aussi sa contribution.

Le Congrès pour la défense du peuple (Cndp) de Laurent Nkundabatware se dit indigné du vote samedi par l’Assemble nationale de la loi sur l’amnistie des faits de guerre et insurrectionnels commis dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Le porte-parole de ce mouvement politico-militaire René Abandi l’a déclaré sur les ondes de radio Okapi captée dans la capitale. René Abandi déplore surtout le fait que « (...) le gouvernement (...) ne l’a pas associé », avant de souligner le mobile de cette intégration dans l’élaboration de ce projet de loi recommandé par la conférence de Goma en janvier dernier. Le Cndp estime qu’il avait aussi sa contribution a offrir dans ce travail qui n’a pas encore franchi l’étape du Sénat pour prétendre à sa promulgation par le chef de l’Etat. Autant que ce mouvement politico-militaire accuse le gouvernement d’avoir agi dans la précipitation, autant la réaction instantanée du Cndp est suspicieuse. D’après son porte-parole, René Abandi rejette apparemment toute la faute sur le gouvernement qui aurait déposé sa mouture « (...) en cascade, avant la fin de la session » en cours au paiement.
Loin d’une quelconque attaque que le Cndp peut porter sur telle institution ou telle autre, c’est plutôt le texte en 501 qui fâche le mouvement de Laurent Nkundabatware.
Si le Cndp est certes d’accord avec le principe à la base de cette loi édictée par la Conférence de Goma qui veut « (...) mettre fin à la guerre, à l’insécurité et de sceller la réconciliation des fils et filles de ces deux provinces » son champ d’application ne laisse pas des fidèles de Laurent Nkundabatware tranquilles. Le projet de loi vote à la chambre basse du parlement dit clairement qu’il « exclut de son champ d’application le crime de génocide, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité », et implicitement d’autres éventuels faits de guerre et insurrectionnels commis pendant toute autre période que celle « (...) allant du mois de juin 2003 à la date de la promulgation de cette loi ».
Sans tenir compte des autres « (...) réparations et restitutions consécutives aux faits infractionnels amnistiés » qui seraient à la charge des auteurs, cette loi est en soi une épée de Damoclès sur la tête des responsables du Cndp. Ce mouvement est soupçonné de commettre nombre de crimes qui ne sont pas blanchis par cette loi. Des crimes contre l’humanité, de génocide et ceux de guerre qu’aurait commis le Cndp justifient d’ailleurs des enquêtes ouvertes par la Cour pénale internationale (Cpi) dans les zones où opère ou avait opéré ce mouvement. Et un peu plus tôt que 2003, son leader Laurent Nkundabatware avait été cité en mal dans un rapport du rapporteur spécial des Nations unies pour les droits de l’homme en République démocratique du Congo. Il lui était reproché des faits commis dans la ville de Kisangani en Province orientale.
Ces différents ingrédients mis ensemble, le projet de loi qui va encore de chambre en chambre au parlement est naturellement loin de contenter aujourd’hui le Cndp qui reste intimement lié à la personne de son chef. Tant qu’il y aura des crimes dits imprescriptibles en matière de droit, il sera difficile d’obtenir une collaboration complète et parfaite du Cndp qui semble avoir la conscience chargée, et pas de moindres. Du numéro un (politico) militaire, Laurent Nkundabatware à son second Bosco Ntaganda qui est le chef d’Etat major général de son armée, tous deux ne présentent pas pattes blanches.
(Milor)
P.M.L/L’avenir
Last edited: 15/07/2008 16:19:54