Les informations se multiplient et se recoupent. Pas plus tard qu’au début de cette semaine, le gouverneur du Sud-Kivu a fait part de mouvements d’infiltration dans cette partie de la République, à partir du Rwanda.

Des éléments étrangers ont été arrêtes et ont livré certaines informations précieuses relatives à des préparatifs d’une imminente guerre contre la République démocratique du Congo.
Maintenant, c’est au tour de Mgr Maroy, évêque de Bukavu, d’abonder dans le même sens avec plus de précision. Il l’a fait dans une lettre remise à l’ambassadeur de France en Rdc, en séjour dans cette partie de la République. Il affirme l’effectivité des préparatifs d’une guerre contre la République démocratique du Congo.
Entre les deux faits, une autre source d’information confirmait l’organisation à Kigali, en date du 19 mai, d’une réunion secrète qui aurait regroupé certaines personnalités tant congolaises, rwandaises, burundaises qu’ougandaises. Y compris des responsables militaires des pays voisins. Au cours de cette messe noire, il a été également question de ces préparatifs de guerre contre la Rdc.
En attendant d’en savoir plus, force nous est de publier la lettre de l’Evêque congolais à l’ambassadeur de France en République démocratique du Congo.
Message remis à Son Excellence Bernard Prévost, ambassadeur de France à Kinshasa, de passage à Bukavu
Excellence,
Au nom de toute la population de notre province, nous vous disons très profondément merci pour votre visite en ce moment particulier de l’histoire de notre province. Aujourd’hui nos villages et nos villes sont dominés par une psychose de la guerre. Au constat de notre peuple, les éléments sont apparemment réunis pour une nouvelle guerre au Sud-Kivu.
Il y a un mouvement d’infiltration massive et systématique en provenance du Rwanda par les points frontaliers de la rivière Ruzizi, d’Uvira, de Nyangezi, de Kaza-Roho à Cabi Bukavu. Pour preuve, le gouverneur de la province a montré à la presse, le samedi 26 mai 2007, un sujet burundais fortement engagé dans le recrutement et la finalisation d’une nouvelle guerre.
Le placement militaire reproduit le même schéma que celui qui a prévalu juste avant le déclenchement de la guerre par le RCD en 1998. En effet, la onzième brigade dans la contrée de Walungu où sévissent les massacres de Kaniola, la quatorzième brigade un peu plus au Nord et la troisième brigade dans la ville de Bukavu, sont toutes commandées par les officiers issus de l’ex-mouvement politico-militaire du RCD/Goma. Même le commandant second de la dixième Région militaire, qui est chargé des opérations, est un ancien du RCD/Goma. Par hasard ou réelle stratégie militaire.
De nouveau la campagne médiatique de la prétendue haine ethnique resurgit dans les médias. Le macabre massacre de Kaniola à Walungu dans la nuit du 26 au 27 mai 2007, rappelle bien celui de Lemera dans le territoire d’Uvira avant les attaques décisives de la guerre de l’AFDL. La nature de la cruauté à l’arme blanche est contraire à notre culture et rappelle les massacres de Kasika et de Makobola. Les massacres de Kaniola ont été exécutés en présence pratiquement du major de l’armée régulière proche du commandant de la onzième brigade militaire. Les cris de la population n’ont pas dérange son sommeil alors que les massacres se produisaient non loin de l’endroit où l’était basé.
Comme en 1996, notre armée régulière en pleine restructuration est incapable de défendre la population. Comme en 1996 les Banyamulenge sont instrumentalisés pour provoquer la guerre, ils se retirent, surtout les femmes et les enfants, selon certains témoignages, de nouveau vers les pays voisins et laissent seuls les hommes dans les hauts plateaux du Sud Kivu.
Excellence Monsieur l’Ambassadeur,
Des interrogations demeurent : Que signifie le silence des institutions de la République, à savoir le chef d’Etat, le Parlement, le gouvernement central et le Haut Commandement militaire devant les massacres à répétition à Kaniola. Sous d’autres cieux pour une prise d’otage, même d’une seule personne, l’appareil étatique de son pays le mobilise. Pour le gouvernement de la République démocratique du Congo, devant la menace d’une nouvelle guerre et pendant que sévissent des massacres de population civile, au lieu de s’attaquer au vrai problème qui est d’ordre sécuritaire et militaire, on nous propose la table ronde “ intercommunautaire ”. Complicité ou ignorance ?
(A suivre).
Fait à Bukavu, le 28 mai 2007Mgr François-Xavier MAROY
L’Avenir
Last edited: 12/07/2008 16:13:05